Le stress au travail : « une maladie professionnelle ?

Qu’est ce que le stress ? (1)

Une transaction particulière entre la personne et l’environnement dans laquelle la situation a été évaluée par l’individu comme excédant ses ressources et pouvant menacer son bien-être (Lazarus et Folkman).

Il intervient lorsque se manifeste un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face, écrit Elisabeth Grebot, psychologue clinicienne et chercheure en psychologie clinique à l’université Paris-Descartes, dans son dernier ouvrage qui traite du stress professionnel, de ses conséquences sur la santé physique et psychologique des salarié(e)s et des traitements adéquats pour gérer voire traiter ce phénomène considéré comme le troisième enjeu de santé au travail.

Dans cette étude documentée et détaillée de 127 pages illustrée par des études de cas, des enquêtes nationales, européennes et mondiales, l’auteure distingue trois notions définies par l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (O.S.H.A) : les facteurs stressants, c’est-à-dire les situations contraignantes qui favorisent l’apparition du stress. Les réactions physiques et psychiques aux facteurs de stress. Et les effets « observables » sur les comportements et/ou sur la santé.

Le stress, une « maladie des temps modernes ? »

Selon E. Grebot, le stress n’est pas un phénomène nouveau. En 1823, le britannique Swan a parlé « d’ulcères de stress ». En 1946. le « père du stress », Hans Selve (1907-1982) a utilisé ce terme lors d’une conférence au Collège de France (Paris). En 1950, il établit une distinction entre « l’agent stressant » (« stressor ») et « la réaction d’adaptation » (stress), d’une part. Et d’autre part, entre « l’eustress » (le bon stress) et le distress » ( mauvais stress).

L’idée de bon et de mauvais stress prônée par Hans Steve qui propose une approche biologique du stress a fait l’objet d’une remise en question. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité, ((l’I.N.R.S.), scientifiquement, « il n’y a ni « bon » ni « mauvais » stress mais un phénomène d’adaptation du corps rendu nécessaire par l’environnement ». Et à l’auteure de distinguer deux états de stress : « l’état de stress aigu qui renvoie aux réponses du corps humain à des situations ponctuelles et « l’état de stress chronique » qui correspond aux réactions de l’organisme face à des situations qui s’inscrivent dans la durée.

Le stress, « une nouvelle maladie professionnelle ? »

De nos jours, il semble y avoir une confusion entre maladie et stress, phénomène qui touche de plus en plus de personnes notamment dans les sociétés industrielles. D’une manière générale, le travail est considéré comme un facteur générateur de stress. Le nombre des « fracassés du travail » (Marie Pézé, psychologue) a augmenté et les « patho-logies aiguës, psychiques et somatiques » ont multiplié. Ainsi, pour beaucoup de salarié(e)s, cadres et non cadres, le travail est synonyme de pénibilité devenant ainsi un « instrument de torture », définition qui fait référence à l’étymologie latine du mot travail (« trepalium »).

La pénibilité au travail n’est pas que d’ordre physique. Elle est également mentale, psychologique et émotionnelle. Cette nouvelle donne est la conséquence de la modification de la nature des facteurs de stress. En effet, la surcharge et l’accélération du rythme du travail, la suppression d’emplois avec les nouvelles technologies de l’information, la pression du temps et les nouvelles formes d’organisation du travail impliquent une « responsabilisation » plus importante des salarié(e)s et intensifient la charge mentale du travail engendrant ainsi une « idéologie plus individualiste, une désolidarisation des liens sociaux -et- une solitude accrue » au sein de l’entreprise (pathologie de la solitude). Cependant, il semble important de noter que le travail ne revêt pas systématiquement une connotation négative. Pour certain(e)s, l’entreprise n’est pas synonyme de stress, de souffrance et d’insatisfaction.

« Les raisons de stresser... »

Le management par le stress et la peur : une méthode stimulante ?

Dans beaucoup d’entreprises, pour des raisons d’augmentation de la productivité, les salarié(e)s se retrouvent soumis à des sollicitations de plus en plus croissantes au delà de leurs limites. Le management par le stress et la peur a des effets négatifs sur le bien-être des salarié(e)s et l’ambiance au travail et sur la productivité. Cette méthode managériale engendre une dégradation des conditions de travail, crée de la violence sur le lieu de travail, détériore les relations entre les salariés conduisant peu à peu à un épuisement notamment psychologique.

Certain(e)s sont plus sensibles au stress que d’autres ?

Certains traits de personnalité comme le pessimisme, l’anxiété et l’affectivité négative, c’est-à-dire la prédisposition à être sujet aux émotions négatives telles que la honte, la colère, l’agressivité ont tendance à accentuer la fragilité émotionnelle et le désarroi psychologique. D’autre part, l’optimisme et l’affectivité positive, c’est-à-dire l’aptitude à faire face aux situations difficiles avec vitalité en ayant recours à des stratégies qui s’appuient sur des ressources internes jouent un rôle important dans la prévention et la gestion du stress professionnel.

Selon E. Grebot, le stress, c’est dans la tête. Dit autrement, c’est l’idée que chaque individu se fait d’une situation qui crée le stress ou pas. A la lumière de cette définition, elle distingue, d’une part, « le stress perçu » qui renvoie à l’évaluation subjective d’une situation et ainsi la signification que chaque individu se fait d’un événement donné. Et d’autre part, « le contrôle perçu », c’est-à-dire la certitude qu’un individu contrôle le cours de l’événement qui se présente à lui.

Un sentiment de contrôle élevé est un facteur aidant dans la perception positive d’une situation et la consolidation du sentiment de compétence. Lorsque le sentiment de « soutien perçu » est élevé, il contribue à la diminution du sentiment de stress et de fatigue professionnelle et consolide le sentiment d’appartenance à un groupe solidaire.

Les effets du stress sur la santé physique et psychologique...

Dans cette partie de l’ouvrage, l’auteure souligne l’existence d’un lien entre le stress professionnel et les risques d’accidents cardio-vasculaires. En effet, l’état de stress permanent est susceptible de générer des déréglements métaboliques qui sont autant de risques pour le système cardio-vasculaire.

Les symptômes somatiques et psychologiques liés au travail se manifestent sous diverses formes : maux de tête, migraines, crispations, découragement, douleurs de dos et des membres … Et selon le Ministère du travail, les maladies diffèrent selon l’activité professionnelle. Les agriculteurs, les ouvriers et les artisans ont plus souvent des problèmes musculo-squelletiques. Pour les cadres, le stress professionnel engendre des troubles psychologiques comme la dépression.. Selon l’Organisation de la Santé, la France occupe la troisième place mondiale pour les dépressions liées au travail.

Le « burnout » ou l’épuisement professionnel est définie comme une « pathologie d’allure dépressive qui se manifeste sous forme de lassitude émotionnelle » qui se caractérise par un désinvestissement dans le travail, une perte d’enthousiasme, une fatigue au travail, une perte de confiance en soi, une diminution de l’estime de soi et une hantise du sentiment d’échec. Le lien entre le burnout et le suicide est très étroit. Selon E. Grebot, « c’est le stade final d’une rupture d’adaptation qui résulte d’un déséquilibre à long terme entre les exigences professionnelles et les ressources de l’individu ».

Comment prévenir et traiter le stress professionnel...

Selon le Code du travail (art. L. 230-2), les employeurs ont obligation d’assurer la sécurité physique et mentale des travailleurs de l’établissement. Par ailleurs, les Accords européens sur le stress, le harcèlement et la violence au travail mettent l’accent sur l’obligation de l’employeur de prévoir des mesures préventives sur le lieu de travail. Cependant, ces dispositions réglementaires ne sont pas toujours suivies d’effet. L’auteure note l’existence d’un écart entre l’« intention » et l’« application ».

Afin d’agir efficacement au sein d’une entreprise, E. Grebot préconise l’intervention des professionnels en gestion du stress ayant des compétences en psychologie et en psychologie des organisations. Cette action comprend des mesures préventives qui consistent à faire un diagnostic du stress en procédant à une identification, évaluation et analyse des facteurs stressants. Cette phase de l’intervention organisationnelle doit aboutir à l’élaboration d’un plan d’action. Cette action doit favoriser la participation des salariés. La présence d’un intervenant extérieur est vivement recommandée.

Le second type de mesures d’ordre essentiellement individuel consistent à faire intervenir des psychologues sur le lieu de travail notamment en cas de passages à l’acte suicidaire. Elles visent à prévenir l’apparition des symptômes post traumatiques par des soins « immédiats » « defusing » ou « décrochage » prenant la forme de rencontres proposée aux salariés soit en groupe soit en individuel. Par ailleurs, des actions de prévention primaires « simples » peuvent être organisées. L’objectif étant d’informer sur les signes précurseurs du suicide, privilégier la parole, renforcer le système de solidarité entre collègues et les liens sociaux dans l’entreprise.

Le recours à des techniques de restructuration cognitive permet d’apprendre à s’affirmer, à s’opposer et d’avoir cette « capacité d’exister, de défendre son point de vue sans l’imposer de manière autoritaire… ».

Pour conclure, il semble important de souligner que le travail a tendance a devenir un lieu de souffrance physique et psychologique pour beaucoup. Nous assistons à une multiplication et une diversification des facteurs de stress professionnel : hausse de la pression, augmentation du rythme de travail, diminution des délais, de l’autonomie, gestion par la peur, La somme de ces facteurs ont des répercussions négatives sur la santé physique et mentale des salarié(e)s, sur la productivité, la qualité du travail…

Le stress professionnel touche le secteur privé et le secteur public, les salarié(e)s, les étudian(e), les jeunes, les adultes. Il est cependant plus élevé pour les femmes, les ouvriers et les employés. Pour prévenir le stress, il est important d’ améliorer les conditions de travail, de la communication et de favoriser l’accompagnement individuel par des psychologues. Cette tâche incombe aux employeurs et aux partenaires qui ont la responsabilité d’assurer le bien-être sur le lieu professionnel.

Et si le travail a tendance à être la source majeure du stress dans les sociétés contemporaines, il n’en demeure pas moins que la perte d’emploi, un licenciement et la recherche d’un empoi constituent autant de facteurs générateurs de stress.

A lire cet ouvrage qui intéressera les salarié(e)s, les employeurs et toute personne intéressée par la question du stress professionnel, et d’une manière plus large, par la psychologie sociale et la psychologie de la santé.

Notes

1) Le terme stress est le diminutif du mot « distress » (détresse). En langue latine, le mot « stringere » signifie « mettre en tension », « serrer », « étreindre ».

Elisabeth Grebot, Le stress, éditions Le Cavalier Bleu, Collections « Idées reçues », Novembre 2009, 128 pages, 9,50 €


 
 
 
Forum lié à cet article

1 commentaire
  • Le grand drame du stress au travail, c’est qu’une victime de harcèlement moral peut difficilement obtenir réparation tant la chose est difficile à prouver et les témoins à trouver. J’ai pour ma part travailler dans une entreprise où tout le monde subissait une pression psychologique permanente ( délais intenables, humiliation devant les autres salariés, toute la panoplie ) mais nombreux étaient ceux qui admiraient ces bourreaux sans se rendre compte du mauvais traitement qu’ils subissaient.
    sodomie

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes