Les oliveraies de la résistance

La semaine dernière j’ai assisté au discours d’une jeune fille de 19 ans qui demandait avec force que l’on se mobilise pour la cause palestinienne. Aux questions de la salle -quasi pleine mais pas tout à fait-, j’avais envie de hurler ma déception face à notre nonchalance. Mais la réalité implacable m’a rattrapée et bousculée dans les tréfonds de mon être et de mon âme : j’étais un membre à part entière de cette incapacité collective à résister : quels résultats disait l’un, quelles informations lançait l’autre ? Un peu comme si les soixante dernières années étaient passées sans laisser trace de la souffrance in quantifiable d’une Nation coupable d’exister. Un peu comme si la banalité qui faisait notre quotidien composait le leur aussi. Mais comment pouvons-nous ? Comment pouvons-nous penser que ce qu’ils vivent est banal ? Ce qu’ils vivent est l’expression la plus insidieuse de la sauvagerie de l’oppresseur. C’est aussi l’expression la plus vive de notre soumission totale à l’oppresseur. Qu’on se le dise non pas en chuchotant mais à voix haute et distincte : notre silence assourdissant est complice. Mes mots ne sont que des mots, leur intensité ne peut en rien traduire, encore moins, égaler la réalité que connaissent ceux dont la vie est remplie des débris de Gaza, de Jenine, et du reste, de la Palestine entière et indivisible.

Et pourtant quelque soit le degré de cruauté que ces autorités -que je ne reconnais pas- ont atteint, quelque soit le pourcentage de terres que ces colons -que je ne reconnais pas- se soient approprié, les lois humaines ne sont pas et ne seront jamais immuables. Les collaborateurs de la Honte peuvent continuer à bétonner, à construire des murs sous terre, sous l’eau, sur terre, si cela leur chante. Le mur de Berlin est tombé, les tours de Big Apple sont tombées, l’Apartheid est tombé, l’URSS est tombée. Les leurs tomberont aussi. Alors que sont soixante ans d’occupation comparée à des siècles de partage de terres, de guerres perdues et regagnées, d’Etats volés et rendus (Hong Kong en 1997), de peuples à leur apogée qui se sont écroulés ? Le monde pense que l’entité éphémère Israël peut violer en toute liberté. Et ce, parce qu’ils ont un bout de papier onusien qui approuve à mi mot la déshumanité ; les bourreaux israéliens pensent que leurs droits à disposer d’une terre qui n’est pas la leur est inaliénable. Or, la seule chose inaliénable est la capacité de l’Homme à résister. Le reste n’est que fumisterie. Fumisterie qui, tôt ou tard, ne pèsera plus face à la persévérance de nos frères et sœurs palestiniens, face à leurs armes les plus tangibles : leur foi, leur honneur et leur soif de justice.

1948. Victoire. Partage. Importation. Expropriation. Défaite. Trahison. Humiliation. Résistance. Destruction. Résistance. Massacres. Résistance. Embargo. Résistance. Check points. Résistance.

La Résistance jusqu’à la victoire, parce que c’est la seule stratégie, la seule réponse à la boucherie aveugle. La Lassitude qui envahit nos cœurs n’est que le reflet de notre faiblesse et de notre propension à l’oubli parce qu’ainsi est faite la nature humaine. Mais nous n’avons pas le droit d’oublier. Oublier, se lasser, c’est trahir soixante ans d’inlassable combat pour la justice et l’honneur d’une Nation. Eux n’oublient pas, nos frères et sœurs palestiniens n’oublient pas leur morts, n’oublient pas leurs enfants, n’oublient pas leurs clés rouillées qui n’ouvrent plus les maisons qu’on leur a arrachées. De quel droit peut-on se lasser et écrire qu’être sujet vaut mieux qu’être prisonniers d’un droit volé * ?

La Palestine vivra et vaincra peut on lire parfois sur certaines pancartes, mais quelle Palestine ? Certains pensent que les Palestiniens dépouillés de leurs droits élémentaires ne peuvent prétendre qu’à une nation atrophiée sans autonomie, sans délimitation territoriale décente pour se connaitre et se reconnaitre, sans armée pour se défendre, somme toute pas avec grand-chose…

Mais toi accepterais-tu aujourd’hui d’avoir une maison coupée en deux par une autoroute goudronnée que tu ne pourrais utiliser et qui permettrait à ton grand voisin de se rendre de sa maison principale à sa maison d’amis construite de surcroit sur ton terrain, et ce alors même que toi tu ne peux recevoir tes cousins ? Accepterai-tu d’être un sous-propriétaire pour que ton grand voisin puisse jouir pleinement des choses aux quelles toi tu ne pourrais prétendre ?

Envers et contre tout, j’ai confiance en la Justice Divine. J’ai confiance en ce que cette barbarie communément admise, célébrée même avec les soixante ans de l’Infamie se terminera. Il n’y’a pas d’histoire sans fin. Et l’Histoire nous a montré maintes et maintes fois que l’impunité ne reste pas indéfiniment impunie. La Palestine, dans toute sa digne souveraineté aura son 30 Juin ou son 4 juillet.

Sur ce les pioupious, nous pouvons retourner à nos textos, nos LOL, et autres MDR ou nous pouvons faire du soutien à la Palestine une priorité ne serait ce qu’une demi journée par mois. La persévérance dans l’action est la seule réponse qui compte, l’apitoiement devant l’image choc du zapping est comme cette image… Au bout de quelques secondes on zappe.


 
 
 
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