Aide financière ? Non merci !

« Haïti n’existe pas » ! Le titre du livre de l’historien Christophe Wargny est paradoxal. De même, le récent tremblement de terre impose une prise de conscience de l’existence de ce pays au moment de sa destruction partielle. Ce n’est évidemment pas l’unique paradoxe d’Haïti. Son intérêt à refuser les aides financières occidentales pour la reconstruction à venir en constitue sans doute l’exemple le plus frappant.

Cette affirmation mérite une explication.

1) Contrairement aux apparences, l’aide occidentale a beaucoup tardé. Pendant des décennies, les grandes puissances ont abandonné les pauvres Haïtiens à leur triste sort. Quel est aujourd’hui le pari de ces carabiniers soudainement généreux ? Que leur bonne action se transforme en parts de marché dans la reconstruction à venir ?

2) Comme l’économiste Angel Saldomando l’a très bien montré dans son étude sur le cyclone Mitch (1998), les surenchères d’aides financières dépassent toujours largement les fonds qui sont finalement versés en réalité. Il en ira vraisemblablement de même pour Haïti.

3) « Les leçons tirées d’autres catastrophes montrent que la phase d’urgence et de reconstruction dure entre six et vingt-quatre mois », notait encore Saldomando dans le même article. Un délai aussi court empêcherait toute entreprise de reconstruction digne de ce nom et, a fortiori, toute tentative d’éradication de la pauvreté à Haïti.

4) Lorsqu’elle évoque l’aide au développement, l’Agence canadienne de développement international reconnaît franchement que « beaucoup de projets aident à créer de nouveaux marchés pour les produits et services canadiens » et qu’« il en coûterait beaucoup plus de ne pas avoir de programme d’aide ». S’il s’agit d’une aide au sous-développement, Haïti peut s’en passer aisément.

5) Enfin, comme le craint le Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), les aides financières promises par les États créanciers risquent fort de servir principalement au remboursement de la dette extérieure publique haïtienne.

Aussi, pour ces raisons et pour d’autres expliquées par le CADTM, ne serait-il pas paradoxalement plus avantageux pour Haïti de refuser les aides financières occidentales pour la reconstruction du pays et d’exiger plutôt l’annulation totale, inconditionnelle et immédiate de leur dette ?


 
 
 
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1 commentaire
  • Aide financière ? Non merci ! 14 février 2010 23:13, par Le Rouget de l’Isle

    Résident une île prôche de Haïti depuis une vingtaine d’années, je dois que je n’épprouve aucune sympathie envers cette nation... et encore, le terme est bien inapproprié !

    J’ai pourtant donné de l’argent, malgré ma situation modeste, du temps aux ONG locales qui ont largement contribuer et continuent de le faire. Soutenue notre curée, originaire de là-bas (a-t-il ses papiers ?)...

    Bref, en proie au vaudou, un encadrement sous formé malgré une diaspora parfois élitiste, un rejet de ses propres responsabilités sur le dos de toutes puissances (et surtout la France...)qui leur viennent en aide, je dois dire que, comme lors d’une certaine élection présidentielle, j’ai glissé mes billets avec des pincettes.

    Evidemment, l’humain prime ! On ne peut rester indiférent à un tel drame. Surtout lorsque vous avec des voisins et des connaissances qui en sont victimes. Mais de quoi demain sera-t-il fait ? Y aura-t-il des fers à béton entre les coffrage, le ciment sera-t-il toujours délayé avec du sable, un plan d’urbanisation (à la Haussmann) sera-til établi et réalisé ?
    Non, bien sûr ! Parce des caciques, des chefs de bandes, des citoyens ordinaires attendent leur pourcentage du pactole pour commencer à entreprendre quelque chose de sensé. Leurs voisins (St-Domingue la prospère, est pourtant un bon exemple de ce qu’il est possible de réaliser sur ce confettis non dépourvu d’attraits !

    Depuis des années, avec un club caritatif, nous aidons une vielles soeur (83 ans) à entretenir une école pour instruire des enfants loin de tout. Nous envoyons, cahiers, stylos, tables, chaise, matériaux de construction, les conteneurs sont récupéré pour être transformé en salles de classe...

    Pour que le matériel soit libéré du port (clearance), il nous faut également prévoir des milliers d’Euros, à chaque fois en progressions pour satisfaire les appétits de petits chef et de mafieux, voir d’officiels. Autrement dit, il faut payer pour pouvoir les aider.

    Je doute qu’il en soit autrement dans les mois qui vont venir et que le système va s’alimenter de cette pratique répugnante établie sur le dos de leur compatriote. Il n’existe pas de sentiments national en ce territoire, et un véritable forum sur la nationalité, comme nous le serrine un "fameux" ministre, y serait fort utile !

    Avec l’ex Président Aristide, les Haïtiens ont loupé le virage qui pouvaient les ramener vers la civilisation.

    En les regroupant avec la Guadeloupe (le bon "coup" budgétaire), il n’y a plus qu’à en faire le 51ème état américain... s’ils veulent bien s’en chargé !

 
 
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