Marianne, une bonne gagneuse

Le gouvernement, pour faire de la pub à sa résolution de lancer un grand emprunt, annexe Marianne et la met enceinte, pour un visuel qui achètera sa présence dans la presse quotidienne nationale, régionale et gratuite, ainsi que dans les magazines d’actualité.
Une immédiate question se pose. Le gouvernement peut-il dépenser des centaines de milliers d’euros pour valoriser une de ses mesures, comme il le fait systématiquement ?..
Une deuxième peu évitable question. Faut-il dépenser autant d’argent pour une pub, alors qu’on passe tout le monde à la moulinette cruelle des restrictions, sauf, naturellement, les politiques et les patrons ?..
La réponse repose peut-être dans l’image de synthèse née au sein du service de com gouvernemental, au budget en progression exponentielle.
Un brin de sémiologie nous dira peut-être si Marianne en cloque se sent aussi mal dans sa peau que les français.

L’extrême-droite au pouvoir a pris la désagréable habitude de nous vanter très onéreusement ses mesures à venir, par voix de pub. Mesures qui vont toujours dans le même sens : drastiquement amputer nos libertés, nos acquis ou nos revenus.

Une forme de « rupture » à l’évidence inédite. Sans doute que l’électeur UMP moyen, retraité, peu qualifié, non raccordé à internet et politiquement briefé par « la ferme célébrité » s’y retrouvera. L’argent n’est pas pour lui un problème, contrairement aux étrangers, aux fonctionnaires et aux athés qu’il confond dans une même détestation.

Mais à côté des incultes politiques, génétiquement égocentriques et xénophobes, une grande majorité de la population au profil ordinaire, dont j’ai la faiblesse de faire partie continue à exister, à faire tourner ce pays et faire preuve de solidarité.

Cette majorité voit ses revenus décliner de jour en jour, par le fait de salaires gelés, de prestations sociales bloquées, de frais d’assurances toujours à la hausse, de remboursements de médicaments et autres superflus, tels que lunettes et prothèses dentaires, eux aussi diminués, quand il ne sont pas carrément supprimés...J’oubliais les prix qui explosent grâce à l’inaction résolue d’une ministre de l’Économie préférant jouer les Mme Tessier ou placer de microcosmiques pansements sur des fractures ouvertes.

Dernier avatar de cette débandade voulue par des aveugles confits dans l’argent, shootés au Pernaud et mis en ordre de pensée par Bouvard, on nous vend un emprunt avec une Marianne photochopée.

Marianne est convoquée pour attirer le chaland sur des affiches et des images pas vraiment bon marché. 15 000 euros pour la photo, 975 000 pour l’achat des espaces publicitaires. [1] Contexte : les SDF crèvent tranquillement dans les rues et Woerth n’a toujours pas réussi à sortir de sa profonde poche un seul ordre de garde-vue pour les milliardaires planqués dans les paradis fiscaux.

Marianne, bon an mal an, toujours égale à elle-même n’est pas assez bien pour les caciques de la pub et de la politique au taquet vers la droite. Eh bien, qu’à cela ne tienne, on va la relifter bien profond, la gamine !

Pour mobiliser et maquiller impunément l’un des signes les plus chargés d’histoire, de sang et de valeurs, le gouvernement convoque tout simplement la bonne méthode commerciale pour survivre en milieu hostile.

Vous connaissez la méthode commerciale ?..Non ?...La voici. Je la tiens d’un moyen chef de centre de traitement des eaux usées à grande échelle, il y a quelques années de ça.

Ce pauvre centre empuantissait comme pas permis la commune, qui le supportait pour la taxe professionnelle et autres douceurs sous la table du maire. Les habitants toussaient et hurlaient, pétitionnaient à qui mieux-mieux régulièrement. Ça faisait tache, quoi.

Hors, le centre en question n’eut jamais de véritable ennui, de contrôle poussé ou de transformations approfondies à réaliser. Il continue à polluer dans une sereine et constante impunité.

La méthode et la philosophie de cette indéniable réussite tiennent en une phrase que me lâcha un jour le moyen chef, en veine de confidences. « Vous savez, après quelques semaines d’agitation, de critiques et de manifs, il suffit de trois jours de pub bien ciblée et bien intensive dans la presse locale et régionale pour que tout rentre dans l’ordre et que les malveillants soient oubliés pour un bon moment ».

Voilà la méthode reprise par UMP. On casse et puis on pube. La pub c’est fait pour attirer et marquer. Pour attirer les regards et marquer les esprits, il faut y aller franco. Marianne on la fout en cloque, avec un grand sourire.

D’un point de vue sémiologique, que voyons-nous, mis à part des masses de fric foutues en l’air par des gens qui sont censés avoir le souci des finances publiques et de l’intérêt général ?

Une Marianne engrossée.

Le français qui voit des centaines de milliards distribués à des incendiaires accessoirement banquiers, des hypers se goinfrer impunément en haussant les prix sans cesse, des traders surprimés comme avant la crise et des actionnaires gavés tandis qu’on jette les salariés dehors sans même les prévenir, qu’on expulse des familles dans la neige, tandis qu’on nomme un type grand patron d’une entreprise publique et d’une entreprise privée en même temps, pour un salaire faramineux, tandis qu’on va dépenser des dizaines de milliards sur des radars alors que ce pauvre lambda arrive à peine à mettre de l’essence dans sa voiture, le français qui voit tout ça va sans doute se dire que non seulement on le pressure par tous les bouts et toutes les malversations possibles, mais qu’en plus on se moque de lui grassement, ouvertement, en lui présentant l’image même de ce qu’on est en train de faire, là-haut : rouler Marianne dans le ruisseau comme une putain.

Une Marianne dont la vie présente et à venir est faite d’argent.

Ce gros ventre qu’elle a, il ferait une sale tronche à l’échographie. Ce sont juste des billets qui prolifèrent sous la peau de Marianne. L’argent ici , ô miracle, grossit comme les bébés. Une Marianne de chair et de sang fait, par la magie de l’ADN, lentement infuser sa chair, son sang pour les transformer en un nouvel être à venir qui n’aura strictement rien d’humain, même pas un atome d’odeur, même pas un cri. En revanche il ne nous coûtera rien en biberons. Marianne-UMP, c’est juste de l’argent, faut dire.

A l’intérieur de la République, on fait de l’argent. Voilà l’essentiel de la République, le nec plus ultra ce qu’elle est et ce qu’elle peut réaliser. Certains fous croyaient qu’elle faisait une société, un vivre-ensemble, un esprit partagé, une liberté dans la solidarité...Les politiques UMP remettent les pendules à l’heure à grand coups de photochop. Vous qui entrez ici, ce sera pour faire du pognon. Pour nous. Compris !?

D’ailleurs qui l’a dit mieux que le locataire de l’Élysée ?..Interrogé sur son avenir, il déclarait, tranquille, "J’ai d’autres choses à faire dans la vie. Après, en tout cas, je ferai de l’argent : du gros argent." [2]

Résumons l’affaire.

Un gros coup de pub qui va encore nous coûter for cher, pour vendre une mesure légitimée, normalement, par le fait d’être prise par une instance centrale de la République, en l’occurrence le gouvernement.

Une pub qui va creuser la zone des déficits créé par l’ultra-libéralisme incandescent de l’extrême-droite au pouvoir, qui lui-même prolongeait le libéralisme honteux de Chirac et Jospin.

Un symbole bafoué par des publicitaires et des politiques pour lesquels, manifestement, la République est à prendre, à piller et à transformer en bonne gagneuse. Une belle gueuse, que voilà !


Notes

[1] France Info : http://www.france-info.com/france-p....

[2] « Abus de pouvoir », de François Bayrou


 
 
 
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1 commentaire
  • Marianne, une bonne gagneuse 27 février 2010 11:30, par Pierre

    On remarque encore des dépenses inutiles, mais aussi un changement de couleur qui n’est pas anodin !
    On passe du rouge de la révolution au blanc de la royauté...
    poker

 
 
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