LE PORTUGAL QUEL AVENIR ?

Après une révolution enjolivée par les couleurs des œillets (1974), et sa participation (1985) dans le concert cacophonique de cette Union européenne, véritable auber-espagnole dans laquelle chacune des nations apporte son égoïsme et sa faim démesurée d´avantages, le Portugal s´enfonce dans une lamentable banqueroute de la crédibilité politique et économique. Même sans la crise actuelle du capitalisme, le Portugal continuerait sa descente vers les abysses tel un Titanic emballé par le ronron musical de ses insuffisances structurelles.

De Gaulle disait que les peuples ont les gouvernements qu´ils méritent ! Rien de plus vrai. Au Portugal, depuis ce fameux 25 Avril, les gouvernements se suivent et se ressemblent comme des gouttes d´eau, porteurs d´une tare congénitale appelée Médiocrité. Les Portugais engendrent, certes, de mauvais politiciens, mais dans un accouchement ô combien douloureux et pitoyable ils continuent d´accoucher aussi des élites capitalistes décevantes, des masses laborieuses sans une formation adéquate aux nouveaux défis de la mondialisation et des générations qui ont du mal à atteindre de véritables horizons intellectuels et culturels.

Le gouvernement socialiste de José Socrate, affronte sa deuxième législature sans majorité absolue, devenant ainsi l´otage d´une opposition qui profite du moindre fait-divers pour le faire tomber. Déjà l´année dernière, à la fin de la première législature, les méandres d´une affaire de corruption, le mettant en cause et largement diffusés sur une chaîne de télévision, avaient levé contre lui tous les partis de l´opposition ainsi que les médias. Pendant des semaines ce cas fit la une de la presse écrite et des journaux télévisés. Cette fois-ci c´est une étrange affaire de contrôle des médias par le gouvernement qui lui est imputée (Berlusconi, lui, contrôle presque tout ce qui ressemble à un média, sous le ciel d´Italie !). De ce fait tout le monde crie au voleur, pardon au dictateur ! À la tête de cette croisade dont le seul but est de précipiter la chute du Premier-Ministre, nous trouvons le principal parti de l´opposition, le PSD, et les médias qui lui sont proches. Dans les journaux d´une presse sensationnaliste, des articles rancis, la publication de transcriptions d´écoutes téléphoniques concernant le chef du gouvernement, des interviews d´hommes politiques, de juristes, d´experts de tous bords, voilà un raz-de-marée de l´hypocrisie qui agite les eaux peu claires où baigne toute la classe politique et l´ensemble de médias portugais ! Des situations de gigantesque corruption se sont toujours produites, dans une totale impunité, sous tous les gouvernements. Le PSD, parti de la social-démocratie, au Pouvoir pendant les dix ans de règne de Cavaco Silva, fut la première des formations politiques à créer des mécanismes qui permirent à des gens sans scrupules de faire main-basse sur les appuis financiers de la Communauté européenne. On appela ce modus operandi le Cavaquistão, territoire des Cavaquistes !

Or cette levée de boucliers contre un gouvernement à peine sorti des élections montre l´aventurisme et l´irresponsabilité des forces de l´opposition, car tout le monde sait qu´aucune des formations politiques qui siègent au Parlement n´est en mesure de proposer une alternative crédible et courageuse au gouvernement en place. C´est un remue-ménage gratuit et risible qui finit par faire oublier les véritables problèmes du pays, sous-développement économique et médiocrité des élites. En ce qui concerne ce cas de contrôle de la presse par les socialistes, et qu´à cor et à cri le PSD classifie de violation de la liberté d´expression, disons simplement ceci : les dirigeants de ce parti oublient, candidement, de dénoncer un des plus grands scandales de despotisme (à l´intérieur de l´Union européenne !), commis par une haute personnalité du PSD, Alberto João Jardim. Sous le couvert du démocratiquement correct, ce monsieur, Président de la Région Autonome de Madère, exerça toujours sur la presse qui critique sa gestion catastrophique, une véritable pression, avec des attitudes qui relèvent de la pure et dure autocratie ! Il finance, avec l´argent des contribuables, tous les médias en Madère qui acceptent de glorifier sa personne et le régime qu´il mit en place depuis qu´il fut élu Président, en 1978, Hypocritement, ces messieurs dames du PSD, si vétilleux sur la liberté d´expression, baissent les yeux, se taisent, de peur de perdre les votes que Messire de Madère fait déposer, sur leur compte, lors des élections nationales.

Si « certains » peuples ont les gouvernements qui méritent, ils ont aussi les oppositions politiques qui vont avec.
Le Portugal est gravement malade, et beaucoup de voix, depuis longtemps déjà, s´élèvent contre cette tradition politique du parti-gang qui fait main basse sur le pays et qui ne se soucie guère de son développement économique et culturel. Si l´on sait reconnaître la gangrène qui dévaste une nation, pourquoi alors il est si difficile de trouver la parade qui pourra la sauver d´une mort annoncée ? Dans le principal parti de l´opposition sévit la loi de l´intérêt personnel, de la complicité dans l´intrigue, de la conquête des positions dominantes. C´est, hélas ! un héritage du défunt cavaquisme, dont la nouvelle génération social-démocrate n´arrive toujours pas à s´en débarrasser.

Les élus socialistes, un peu partout en Europe, sont devenus les fossoyeurs du plus beau des idéaux, celui qui est fait de justice, d´honnêteté, de solidarité. Ils partent à la dérive car ils ont perdu le courage de s´opposer à tout ce qui ronge l´humain. Ils se sont adaptés aux règles de la prédation capitaliste, en sont même devenus des complices décomplexés. Au Portugal, seul un grand chambardement, un revirement de toutes les règles, pourra faire face au chaos économique et social qui s´avoisine, et, malheureusement, on ne trouve pas dans aucune des élites (capital, connaissance, travail) les hommes, l´honnêteté et le courage indispensables pour faire face à la maladie presque chronique de ce pays


 
 
Portfolio


 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes