Virtualité et Vérité de l’Humanité.

La nuit, il y a ceux qui s’y engouffrent et ceux qui y marchent vers le soleil. CLM

La métaphore du miroir traverse l’histoire de l’humanité à travers toutes les cultures. Selon la légende, Adam fut le premier à s’être miré dans la rivière du paradis. Ce rapport à soi par la quête du visage se butte néanmoins à la virtualité de l’image où achoppe la vérité de l’homme. L’homme ne se voit que dans le reflet spéculaire, la forme virtuelle de sa réalité inatteignable à distance. Il n’y a pas de distanciation complète de soi par soi. Et l’empirico- transcendantal demeure une fiction des sciences humaines et de la philosophie en route vers le connaissable en la nature humaine. Ainsi donc, le non savoir orchestre la ténèbre humaine dans le concert de nos connaissances de nous-mêmes. L’homme ne se connaît que par la méditation imprescriptible de sa nature profonde par un regard tant phénoménal que nouménal excédant de loin les balises épistémiques des schèmes du savoir objectif-objectivant et rationnel.

Toutefois, une puissance nous est donnée dans notre route vers la conquête de ce qui est en puissance en nous : la manifestation de notre humanité dans nos rapports à nous-mêmes et à autrui. La relation à Dieu, à l’univers et à autrui est le déploiement plural de l’humanité qui, sans elle, périrait.

La triste vérité des relations humaines dans le monde est celle de la violence ou, à tout le moins, de l’usage de la force dominant la civilisation. La seule communication équitable et respectueuse - entre états, classes, groupes voire, très souvent, individus - ne prend forme que dans l’équilibre des forces. L’on comprend alors, en politique internationale, que les pires violents qui ont tout accaparé par la violence, s’efforcent d’en avoir le monopole ! D’où, nos grands Pangloss politiciens de la paix et de la sécurité planétaire ne sont que des manipulateurs de l’opinion qui veulent jalousement garder pour les systèmes qui les délèguent, le pouvoir de détruire et de se faire obéir par la violence. Ainsi, d’ailleurs, à l’intérieur des sociétés où l’État et le système de justice grimacent à l’individu au nom du droit, pendant qu’ils le dévorent et l’amenuisent jusqu’à l’égrugement.

S’il est une chose que l’idéologie et le nombre l’appuyant qui, l’un et l’autre, font de la démocratie et de la société, une meute anthropophage d’un autre genre avec leur dictature dénaturante du sens ne peuvent guère, c’est de changer la vérité en soi, c’est à dire l’essence des étants et des choses. Dans un monde où la propagande plurielle crée des mondes parallèles tissés dans les mailles d’un discours construit de toutes pièces dans les rudiments du mode économique à travers le virtuel des repères vides et surfaits d’apparence, la vérité est souvent une vision fragmentée et faussée que les servants de l’ordre social donnent en pâture aux membres de la société, seuls les esprits très éveillés et avertis ont une chance d’échapper à cet Hypnos systémique qui trône au-dessus des consciences. La démocratie en devient une nique pour la masse des manipulés dont l’être même est hanté et volé au profit de quelques surhommes des structures de l’ordre politico-économique ou religieux. L’illusion ne règne néanmoins que par la lâcheté des hommes.

L’homme, en effet, est centre de vérité s’il le veut, s’il a le courage de s’assumer avec force de caractère au-dessus des intérêts de chapelle ou des curées de meute que sont les contingences existentielles et, en société, les privilèges de groupe et de classe...

Raison et référentiels idéologiques

On peut raisonner logiquement à l’intérieur d’un référent indécemment illogique et irrationnel. Ainsi pris dans un corpus de mensonges et d’incohérences, n’importe quel importun de la théorie peut s’aventurer à dire vrai. Quand la vérité est lapalissade au service du mensonge comme le font les tenants des rudiments de l’idéologie, c’est l’esprit des victimes idéologisés qui se liquéfie, s’écoule et se perd comme fistule dans les abîmes engloutissants de manipulation. L’on comprend aussi le mensonge de la dialectique Riches-Pauvres dans les relations internationales. Les soi disant riches ayant pillé éhontés et crapuleusement les pauvres pour ensuite se moquer d’eux et les humilier. L’État, ce Mangeur d’homme, cet Anthropophage systémique, ce destructeur de la Nation au profit des prédateurs de l’économie, se charge de garantir par la force publique, les ignominies du mensonge admis et imposé, rendu valeur morale dominante.

Je considère tous ces murs de séparation ajoutés aux murs imaginaires de "races" et de classes, comme autant de marques de la frilosité identitaire toujours clivante qui tend à faire de l’homme un îlot, une tour inatteignable pour son semblable non ressemblant. C’est en fait l’artificielle fatalité d’incommunication planifiée selon les artifices structurels des ennemis de l’homme, qui se prétendent humains tout en faisant tout pour nous faire oublier que l’humanité, c’est l’appel à l’autre et donc, ouverture à l’ipséité-altérité qu’est le sujet humain !

L’une des caractéristiques de l’humanité, est l’amour de l’autre dans une quête d’élévation réciproque. Amour malheureusement brimé dans la société de l’horreur souriante où nous vivons. Pourtant l’un des traits de l’humanité assumée, c’est aussi la joie irrépressible et toute vraie de la rencontre, cette voie de l’enrichissement réciproque, du partage de soi avec l’autrui, cet élu naturel de nos sentiments humains lorsqu’ils transcendent les hideurs des complexes et s’élèvent au-dessus des haines fabriquées par la civilisation et le social.

Les murs ne prolifèrent que parce que les hommes sont si peu mûrs à se respecter et à fraterniser tout s’améliorant mutuellement, cloîtrés qu’ils sont dans la bête limite de leur endogénéité sociocentriste fictive, idéologique !

La déviance de l’humanité ne cessera que lorsque les hommes, ayant grandi, comprendront que l’avantage ou la position haute en quelque domaine que ce soit vis à vis du semblable, est vouée à l’élévation commune de toute la famille humaine et non aux privilèges indécents ou à la domination amenuisante d’autrui, toujours plus avilissante du bourreau que de la victime. La violence prendra fin quand la gloire de l’homme sera enfin d’élever la spiritualité et l’intellectualité, pour améliorer l’homme par la consécration de l’humanité. Mais en attendant, à vivre un monde si sale, si infect, si pathogène que le nôtre, l’évoquer par des mots, finit par donner une impression de coprolalie du conteur fulminant contre la toxicité de l’homme réifié produit en monstre par la société.

Tout est à refaire pour initialiser un temps soi peu l’humanité sur terre. L’humanité est une conquête que seule une Révolution intégrale peut rétablir et restituer à cet organisme anthropomorphe appelé pompeusement et pédantesquement homme aujourd’hui.

L’humanité de soi est une construction permanente du statut de personne chez l’individu qui se dépasse vers le meilleur, loin de son individuation naturelle et animale. C’est donc la réponse positive à l’élan divin en nous par la mise en route consciente des valeurs spirituelles, intellectuelles et morales qui interpellent chacun comme vocation d’amélioration de soi grâce à l’estime ontologique de soi, la grandeur d’être, l’amour de notre essence humaine...

Il n’y a pas d’homme sans un travail global de croissance ontologique dans le rapport à soi. Il n’y a pas d’humanité sans un effort permanent sur soi contre les forces sombres, haïssables qui absorbent l’individu, le figent dans l’individualité et la bassesse. Et pour dire court, je tiens à rappeler que la réalité humaine est métaphysique avant d’être sociale, et qu’intervertir cet ordre, est une faille ouverte à toutes sortes de monstruosités. Mystique chrétien, je dis que c’est dans la construction de soi et la réponse au sens transcendant de soi que l’homme peut trouver le goût de la justice en méprisant les breloques malsaines de l’intérêt plat qui le sollicite, annihile son humanité, violente son semblable et tue la planète.

L’humanité est une acquisition qui ne se paie que par le soi, c’est au prix de soi s’édifiant sur les ruines de l’égotisme primitif que la virtualité de l’humanité se fera la Vérité de l’Homme.

Tout cela n’est peut-être qu’utopie, mais je reprends ma définition du concept d’utopie évoqué dans mon précédent article sur la Révolution Populaire.

L’Utopie est le paradigme de la création projetée et à venir.

Il reste désormais aux braves qui aiment leur humanité et croient à sa dignité, d’être les démiurges du devenir !

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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