Écrivain, une non-profession, un métier atypique…

Être écrivain est, à n’en pas douter, un métier atypique, heureusement non essentiellement une profession !

Écrire, dans la fonction intellectuelle et créatrice de l’écrivain, est avant tout, une manière d’exprimer son être en tant qu’être, tout en partageant son humanité avec le lecteur, fonction qui, dans ses fondements ontologiques, se moque des émoluments ! Là, le mérite est rarement ou si peu monnayé. Pour vous en convaincre, il suffit de voir ce qu’on donne à un escogriffe de boxeur même mineur ou à une catin dite légalement "escorte" professionnelle dans l’euphémisme hypocrite de notre société soi disant interdisant la prostitution. Je dis que l’écriture sérieuse forcément esthétique, et ce qui la détermine, la pensée profonde, est comparable à ces choses si précieuses, si essentielles que l’on ne saurait les payer !

C’est un peu comme l’air, cet élément le plus essentiel à la vie, que néanmoins, nous respirons gratuitement, polluons indécemment, sans nous rendre compte de sa valeur vitale, non monnayable. Naturellement, il y a aussi les clowns de l’écriture, les baveurs de service que l’on appelle à la télé pour assouvir en mots flatteurs et vides, les bas instincts du populo, ceux-là sont très bien payés dans leur fonction de star people et de metteurs à mort de l’intellectualité, cette perle de toute écriture véritable.

Dans une société si peu humaine où tout est question de gain, d’idéologie dominante, difficile pour celui qui écrit et ne se pose en nègre de service ou en instrument de loisir public, d’être payé pour ce qu’il fait.

Ainsi, l’homme de la plume féconde l’esprit et la parole sans être prospère de la prospérité malsaine du social carnassier ! Et, aujourd’hui plus qu’hier, où l’on débilite les intelligences par toute sorte de fausses visions par les drogues du loisir et de la consommation, l’écriture non immédiatement consommable et absorbable reste marginale, marginalisée à volonté et sciemment honnie de la page de la vie sociale par les patrons des grands médias et leurs vedettes d’émission de grande écoute.

À l’heure où tout est avant tout loisir primaire et consommation et où les maladies de civilisation remplacent l’équilibre psychosomatique dans nos systèmes de santé (qui sont en fait des structures d’assurance-maladies), il est sans doute excentrique et exagéré de la part de l’écrivain, que d’oser exiger la réflexion et la construction de soi aux gens en leur proposant des balises qui leur suggèrent le dépassement des choses, l’ascension au-dessus de leur condition, le refus d’essentialiser leur contingence sociale jusqu’à la transcendance de soi. Oui, dans un monde où tout est fonctionnalité et quête de s’assimiler aux vils principes du marché et du profit, tout en se laissant croire que l’on s’intègre et grandit dans son humanité, que l’écrivain authentique et digne de l’esprit, ose, par l’écriture, bousculer l’aisance de la fosse systémique qui enterre quasiment tous, il est normal qu’il soit rejeté impitoyablement dans la marge à défaut d’être physiquement occis !

Que les vrais écrivains authentiques dans leur réponse à l’intellect noble et enflammé qui est le leur - de leur mise en route singulière de l’esprit dans la pensée et le verbe, de leur grandeur de phare, en réverbères de ces cités souterraines si souvent enténébrées que sont les consciences - continuent leur œuvre de lanterne au cœur de l’obscurité effarante, agressante du vasouillard populisme culturel ambiant de ce temps !

De toute façon, le métier atypique d’écrivain est trop noble pour s’abaisser aux prostitutions courantes qui s’arriment au professionnalisme dans ce domaine que, malheureusement trop souvent, seul le sceau infâme des rois et des tyrans, a la prérogative d’établir !!!

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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5 commentaires
  • Écrivain, une non-profession, un métier atypique… 24 mars 2010 09:52, par Serge ULESKI

    Ecrire... c’est ordonner le monde et son chaos pour tenter de mieux y vivre car, sans cette écriture, pour certains d’entre nous, tout devient très vite illisible et vertigineux jusqu’à la chute et la déchéance.

  • Écrivain, une non-profession, un métier atypique… 22 juillet 2010 11:35, par bainurbe

    Vous avez du vous faire "plaisir" en écrivant votre définition de : Ecrivain,une non-profession,un métier atypique" ? Mais pourquoi vous faire mal,vous mettre en révolte ? Vous couper un peu de nous tous,simples pêcheurs,pardon,simples lecteurs ? Les "balises" que vous nous proposez sont respectables mais nous savons déjà nager un peu ?...juste assez pour vous écrire ceci.Sans plaisir et en vous exprimant toute notre,ma, sympathie signé Un vieux "con" de 75 ans
    Urbain

  • Je voudrais savoir plus exactement pourquoi vous pensez qu’être écrivain ce n’est pas un métier, beaucoup de personne vive de sa, elle ne vivront pas de beaucoup certes, mais elle auront assez de bien pour être heureuse. Prenons un exemple : Stephanie Meyer, elle vit de ses livres, certes avant elle avait un autre métier un "vrai", donc cela veut dire que celui la est "faux". Je ne suis pas d’accord, elle à certes eu le succès avant de pouvoir en vivre, mais si on en fait pas du métier d’auteur son métier, comment parvenir au succès ?

  • Ben oui, on peut dire ça, que n’étant pas payé, l’écrivain vaut plus que ça, c’est-à- dire pas une clopinette. Sauf que je vois pas pourquoi dès qu’un livre se vend à partir du premier exemplaire vendu, l’écrivain ne devrait pas toucher un fifrelin alors que l’éditeur, si ? Désolé, mais ne pas payer l’écrivain, de la part de l’éditeur et de la librairie, c’est de l’escroquerie. La beauté du geste, ok, mais dans le monde marchand ???

 
 
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