Les Guillon ont une histoire et elle est nôtre

Stéphane Guillon, caricaturiste connu, se voit critiqué par le destinataire d’un de ses billets récents. En l’occurrence, Éric Besson, ministre du gouvernement Sarkozy. Le directeur de la radio sur laquelle il s’exprime vient s’excuser à sa place. Faut-il donc que la caricature, si elle s’exprime vivement, ce qui est dans sa nature, ne doive plus trouver aujourd’hui en France, une place que l’histoire lui a donné ?...Ce serait sans doute faire bon marché de l’Histoire du peuple français et de ses combats toujours renouvelé contre les puissants.

Alors Guillon et autres frondeurs se verraient bons à jeter dans la poubelle de l’histoire au prétexte que le puissant est trop grand, trop important, finalement trop imposant pour qu’on le critique, le moque, le fasse redescendre du pinacle où il trône, distribuant les caresses et les coups comme bon lui semble ?...Alors, c’est faire bon marché du râleur français, c’est faire bon marché de notre révolution qui abattit la puissance des puissances, la royauté.

Elle gouvernait par supplément d’âme revendiqué et un espèce de droit divin dont nul humain n’a jamais encore vu le suprême porteur. Elle fut brisée et nous sommes les enfants des iconoclastes.

Nous n’avons jamais oublié la leçon que nous donnèrent les révolutionnaires. Il faut sans cesse éroder symboliquement la compulsion intime du pouvoir à écraser ceux qui l’ont nourri, sous peine de devoir un jour le briser totalement pour qu’il cesse enfin de s’abstraire de l’humanité commune.

Guillon fait oeuvre de caricature, il moque ce pouvoir que tient Besson. Il faut salutairement le remercier de sa verve. Je suis étonné que la raison du ministre et sa mémoire ne s’en rendent pas compte. Je ne suis pas étonné que le puissant qu’il est devenu ne se résolve pas à reconnaître, malgré ce qu’il sait assurément de l’histoire du peuple français, qu’il doit être être moqué.

Un peu d’analyse pour M. Besson, si la mémoire de notre parcours ne suffit pas. « La caricature est une variété du portrait, qui se distingue par l’intention qui préside à son énonciation. Alors que le portrait est fait par un "esprit inoffensif", la caricature se fait dans un "esprit tendancieux" (Freud) visant à discréditer un personnage-cible et à faire de son destinataire le complice de la dépréciation. C’est un discours persuasif spectaculaire et fortement marqué énonciativement. Le locuteur combat à visage découvert ; il ne dissimule pas sa subjectivité. La caricature mobilise les marques de la subjectivité affective et axiologique négative : termes et connotations péjoratifs, suffixes dépréciatifs, adjectifs et syntagmes qualifiants dévalorisants, injures, etc... ». ». [1]

La caricature est un genre affirmé qui a une histoire bien plus longue que la vie de M. Besson et de son gouvernement. Ceux qui s’y adonnèrent coupablement ont parfois eu l’inexplicable chance de traverser les époques. Ainsi Voltaire dans l’écrit, et Grandville dans le dessin, pour n’en citer que deux. Il semble malheureusement nécessaire de le rappeler au puissant, et de le rappeler à ceux qui devant lui baissent froc pour prévenir le malheur de ne point lui plaire, en lieu et place de celui qui est sommé de le faire.

On objectera le matériel radiophonique, le salaire consistant de Guillon. N’envoie-t-il que de la chantilly au travers de la machine ? Il me semble, à moi, que ce sont encore des mots, dans cette même langue que Voltaire utilisa pour signifier un devoir qu’Eric Besson, ministre de la République Française se grandirait d’adopter :

" Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire."


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Forum lié à cet article

4 commentaires
  • Les Guillon ont une histoire et elle est nôtre 24 mars 2010 03:09, par larbi chelabi

    Elle est quand même drôle cette presse si pleine de suffisance qui revendique bruyamment la liberté d’expression quand elle sert des desseins inavoués et se désavoue, de façon obséquieuse, lorsque les puissants du moment lui traçent les lignes rouges à ne pas franchir sous peine de représailles. Ainsi, n’importe quel quidam, journaliste ou caricaturiste, peut cracher sur l’Islam, caricaturer son prophète en convoquant ce droit régalien de tout dire sur n’importe quoi et, le contexte changeant, ravaler sa bave lorsqu’un obscur ministre d’un gouvernement, pas plus éclairé, monte aux barricades pour signifier son courroux feint ou avéré. Les caricaturistes et les journalistes de France et de Navarre doivent s’inspirer de Philippe Val, obscur musicien devenu par la grâce de Sarkozy directeur de France Inter. Il a su mieux que quiconque développer le concept de la liberté d’expression à géométrie variable : taper sur les arabes et les musulmans et caresser les juifs dans le sens du poil jusqu’à ce que le sésame se soit ouvert. Quand on rentre dans la bonne grâce de Bernard Henry Levy, on est presque sûr d’accéder au temple de la renommée Sarkozienne. C’est peut être bon pour ces Rastignac sans grâce, ni culture, qui plus est n’ont jamais roulé carosse mais c’est un peu triste pour la liberté tout court. Mr Guillon, ne mangez pas de ce pain. Il est indigeste !

  • Les Guillon ont une histoire et elle est nôtre 25 mars 2010 23:00, par Delcuse

    J’ai pas été très loin dans la lecture de votre post. Ce qui m’a arrêté, c’est la référence au "peuple français". Mais, bon sang, c’est quoi, "le peuple français" ? C’est quoi, cet animal ? Le "peuple français" n’a jamais rien combattu ; c’est une chimère pétainiste, rien d’autre. Quant à la référence à Voltaire, on peut s’en passer, parce que la question n’est même pas de savoir si Guillon a tord ou raison, mais que cette histoire n’en est pas une ; tout juste un amuse-gueule qui gène l’andouille Besson, rien d’autre.

    • Les Guillon ont une histoire et elle est nôtre 31 mars 2010 02:15, par Erick

      La question n’est pas là. Guillon est un artiste, un homme de scène et de cinéma (on l’oublie souvent) à l’humour acerbe et engagé, et ses chroniques ont l’irrévérence des saltimbanques qui refusent le pouvoir des puissants.
      Mais voilà, qui dit artiste dit culture, et cela, les ministres autoritaires, hors-la-loi, qui se roule dans la fange de leur immonde débat sur l’identité nationale, faisant remonter le F.N., ne le tolèrent pas. Avec le ministère de l’identité nationale, Sarkozy a mis en place ce dont Le Pen avait rêvé. Alors oui, l’art et la culture sont en danger avec ce gouvernement.

      "Quand j’entends le mot "culture", je sors mon révolver". Goebbels.

      Que Guillon se fasse traiter de raciste par un fachiste, et j’insiste, un fachiste, comme Besson, cela montre combien ce gouvernement a perdu toute notion morale et considération humaine. J’invite tout le monde à écouter la chronique qui a réellement causé la haine de Besson contre Guillon : celle du mariage gris, cette honte concoctée par le nostalgique de Laval.

      Avez-vous remarquer comment les médias ont établi un parallèle entre la déclaration réellement raciste de Zemmour (tous les délinquants sont arabes ou noirs) et la chronique de Guillon ? Comme s’il y avait un rapport entre un humoriste, un artiste, et un journalste éditorialiste au Figaro ! Notez le soutien général de la profession à Zemmour qui aime tant Besson. Notez l’acharnement sur Guillon.

      Ecrivez à France-Inter pour dire qu’il est inadmissible qu’un directeur d’antenne comme Jean-Luc Hess fasse ses excuses à un ministre ! La presse, et les humoristes qu’elle accueille, est indépendante ou ne l’est pas !

  • Les Guillon ont une histoire et elle est nôtre 1er avril 2010 11:04, par Dominique

    OK, Eric Besson, je suis pas fan, mais je suis pas fan de Guillon non plus !
    C’est quoi cet humour à base d’insultes, menaces, mépris. On ne se grandit pas à utiliser les armes de son enemi quand celle-ci sont basses.
    En vous écoutant j’ai pensé, tiens "délit de faciès"...
    Ah... il faut tout prendre au 2nd degré... ah !...
    Mais elle est ou l’intelligence (voire l’argumentation) des humouristes qui pourrait mettre les hommes politiques face à leurs contradictions politiques, leurs décisions anti-démocratiques ?
    Monsieur Guillon, pourquoi n’utilisez-vous pas votre pouvoir de persuasion et votre talent pour jouer avec les idées à votre tour et nous en faire rire. Pourquoi ne pas mettre les idées en avant pour mieux en rire ?
    Ca serait certainement plus efficace et plus amusant pour la France (mot dont vous vous gargarisez facilement) que tout ce discours qui n’arrive quà un résultat ... faire parler de vous ! Et tout cela dans un climat d’agressivité incroyable...
    Besson m’inquiète et vous, vous ne me faites pas rire... he bé...
    Ah le parisianisme... c’est pas nouveau après tout !
    Dominique

 
 
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