Clint Eastwood... ou quand la critique baisse sa garde...

Et les bras, face au réalisateur-acteur.

Nous voilà tous manchots !

***

Clint Eastwood Jr, dit « Clint », né le 31 mai 1930 à San Francisco.

Acteur de séries télé à ses débuts, avant de poursuivre sa carrière dans le Western Spaghetti – genre cinématographique maniéré et creux qui n’a, soit dit en passant, de Western que les costumes et de Spaghetti que l’absence d’anti-pasti ; films aux sarcasmes lourds comme une souche, et qui sont à l’humour ce que les sabots de bois sont à la danse classique -, sans oublier quelques « Inspecteur Harry » d’un niveau guère supérieur aux productions de Michael Winner « Un justicier dans la ville » avec Charles Bronson pour tenir le rôle et la lanterne d’un cinéma obscurantiste comme jamais…

Face aux trois films que sont Million Dollar Baby, Invectus et Gran Torino (en ce qui concerne ce dernier, on a eu très peur : imaginez un film qui aurait pour titre "Opel Kadett" !) de Clint Eastwood, héros de la critique cinématographique française, et pour la nommer :

- Jean-Marc Lalanne, des Inrockuptibles : le "Attendez j’veux direeeeee !" de la critique que toutes les mères aimeraient avoir pour gendre (et les pères aussi ; et surtout ?)

- Michel Ciment, de la revue Positif et son grand âge : beaucoup lui sera donc pardonné ; même si on pourra toujours regretter qu’il n’ait pas su se retirer à temps pour éviter tout ridicule…

- Sans oublier les dilettantes, tâcherons et pantouflards du « masque et la plume » venus cachetonner sur France Inter au frais du contribuable...

Confronté à ces trois films, entre autres films du réalisateur Eastwood, comment ne pas voir dans ce cinéma... un cinéma Oncle Sam, un cinéma box office, un cinéma manichéen, cinéma kleenex aux ressorts et aux enjeux mille fois assénés, aux scénarii éculés – en effet : pas un seul personnage, pas une seule situation qui ne nous aient pas déjà été présentés et servis par Hollywood depuis 1945…

Comment qualifier le cinéma de ce réalisateur dont les productions sont invariablement encensées par une critique hypnotisée face à cette figure omniprésente ?

Cinéma apolitique ?

Cinéma… pathétiquement réactionnaire ?

Pas même ! Car le cinéma d’Eastwood n’offre aucune perception critique de notre époque et aucune analyse prospective.

Figé dans le passé le cinéma d’Eastwood ?

Soyons clairs : dans la forme mais plus encore dans le fond, Eastwood est tout simplement passé à côté de son époque car, force est de constater que le temps, pour ce réalisateur, s’est arrêté dans les années 50 ! Tout dans son cinéma nous renvoie à ces années-là et à tout ce que le cinéma d’Hollywood était bien incapable de s’autoriser à produire et à penser, pour peu qu’il ait été un jour question pour ses producteurs d’accoucher d’une pensée autre que conformiste, une pensée qui ne soit pas destinée à un public bien incapable d’envisager une alternative pour cet Art privé d’artistes, année après année.


Godard, Truffaut and Co…

Quand les rebelles ne sont jamais que des domestiques en mal de nouveaux maîtres à servir !

Une nouvelle vague au vague à l’âme approximatif et au cinéma de terrain… du même nom - terrain vague donc.

Godard découvre Eastwood ; Truffaut Hitchcock.

Conspuer le cinéma des années 30,40 et 50, cinéma dit de « papa » comme a pu le faire la « nouvelle vague » pour mieux s’empresser quelques années plus tard de célébrer Eastwood…

Comble du ridicule, sinon de bêtise, c’est Godard, fan inconditionnel qui, en 1998, tête baissée, plein d’humilité, remettra intimidé un César d’honneur à son idole : un Eastwood condescendant comme ce n’est pas permis puisque ce dernier se croira obligé de nous expliquer combien les inventions de Godard ont influencé le cinéma mondial... le sien excepté.

Imperméable le cinéma d’Eastwood !

Pas touche donc !

***

Avec un film tel que "Le mépris", Godard nous montrera avec brio à quel point sa génération n’a pas les outils intellectuels ni culturels pour penser un auteur grec de la stature de Homère, indépendamment de cet autre auteur qu’est Moravia, Godard réduisant l’Odyssée à une histoire de crise du couple ; et la présence de Fritz Lang ne sauvera rien et pas davantage le pastiche musical de Delerue venu tout droit de Mahler !...

Autant pour cette soi-disant avant-garde cinématographique qui s’appuie sur le top 50 de la musique romantique pour faire « son cinéma », et alors qu’un réalisateur comme Kubrick, qui n’a jamais eu à cracher sur la tombe de quiconque pour exister, tout occupé qu’il était à servir et à parfaire, film après film, son métier et son Art, sera bien plus avisé : en 1969, il ne se contentera pas seulement des Strauss - Richard et Johann ; il nous présentera dans 2001, l’Odyssée de l’espace, un compositeur contemporain majeur : György Ligeti, roumain/hongrois naturalisé autrichien, né en1923 et mort en 2006.

Après Godard et Eastwood...

C’est au tour de Truffaut ; un Truffaut qui découvre Hitchcock et son cinéma cocktail Martini–dry avec cerise et nœud pap, ce qui convenait très bien à la tenue vestimentaire de ce même Truffaut - costume, chemise, cravate en cadre moyen d’une entreprise très moyenne ; un Truffaut qui aura le mauvais goût de nous proposer une "... nuit américaine" dans un terrain vague situé à la périphérie de la ville de Nice...

"Nuit américaine" façon « Friches industrielles » ?

D’une laideur photographique et scénique sans nom ce film… quand on pense à ce que l’association « nuit et Amérique » est capable de faire surgir dans l’imaginaire de tout cinéphile qui se respecte...

Cette bourde, sinon cette bavure artistique, résume à merveille tout le cinéma de la vaguelette qu’aura été ce mouvement, son amateurisme, son absence de maîtrise technique, son cinéma sans souffle qui ne dira jamais rien d’autre que ce qu’il nous donnera à voir et à entendre ; cinéma « … que c’est pas la peine » comme disait Piala…

Nouvelle vague dont les films, à de très rares exceptions près, n’arriveront jamais à la cheville du meilleur du cinéma français des années 30, 40 et 50 ; sinon chez Cassavetes mais… à dix mille kilomètres de là ; ou bien, longtemps, longtemps après : pensez donc ! Il nous faudra attendre 20 ans "Les fantômes du chapelier " et "La cérémonie" de Chabrol.

***

Mais… revenons à Eastwood.

Comment expliquer un tel engouement de la part de la critique française ?

Et bien c’est simple : soyez grand et mince, mesurez 1m95, soyez de nationalité américaine de préférence, âgé de plus de 75 ans, réalisez un film tous les ans pendant un demi siècle et c’est gagné !

Positif et les Cahiers feront de vous… un maître chez les maîtres (et leurs esclaves ?!) avec l’Everest pour piédestal.

Et gare à ceux qui contestent ce choix !

La critique cinématographique en est donc là aujourd’hui ; tout comme le cinéma français pris en otage par des « fils et filles de », acteurs, actrices et réalisateurs confondus - fils et filles à papa sans histoire, sans bagage existentiel ou culturel -, et par des petites frappes ou flics repentis, nourris de télé et de pseudo-cinéma (celui des années 70 et 80, avec Delon comme acteur-producteur... le pire du cinéma français, assurément !), pour lesquels notre 7è Art n’est que… son et images (bruit et cauchemar : beaucoup de son, beaucoup d’images, désincarnées de surcroît et sans culture parce que… sans Histoire) pour une production sans transcendance (Olivier Marchal, Josée Dayan, Richet que l’on rêverait d’interdire de cinéma !)...

Cinéma rase-mottes, privé d’immanence et de transcendance, incapable de donner à voir et à entendre autre chose que ce qui nous est donné, là, sur l’écran…

Car, même dans un registre populaire, l’Art cinématographique doit rester une métaphysique ; ou pour le dire autrement : ce qui est donné à voir et à entendre doit toujours être plus grand, bien plus grand que moi... réalisateur, ou bien moi… spectateur.


 
 
 
Forum lié à cet article

4 commentaires
  • Que je sache, ce Bois d’Est n’a jamais prétendu être révolutionnaire, mais bien franchement réactionnaire. Son cinema est divertissant, mais quand même moins boeuf que celui d’un Bronson. Cela dit, le cinéma peut n’être que du divertissement. Qu’est-ce que ça fou ? En fait, il faut cesser d’aller au cinéma, comme il faut cesser de regarder la télé. Le cinema est une marchandise comme une autre, et à ce titre, qui ne mérite que du mépris. Et aujourd’hui beaucoup plus visiblement que au temps d’un Chabrol. Oui, vous avez vu, entre des flics et des fils-de ... C’est ça, le cinéma, véhiculer de l’idéologie et de la bonne moraline bien graisseuse, avec Canne comme point d’orgue nauséeuse.

  • Clint Eastwood... ou quand la critique baisse sa garde... 3 avril 2010 16:11, par Djamel Dabeldi

    J’allais écrire pour partie ce que Delcuse a posté. Le cinéma c’est aussi et peut-être surtout, un divertissement. On peut regarder un film comme on peut lire un roman, plus ou moins bon, sur le plan de l’écriture, du scénario, de l’intrigue, de la poésie des mots, etc ... Dans ce registre là, je ne partage pas la charge, euphémisme, de Serge. Clint Eastwood est un cinéaste-romancier qui surfe un peu sur les sujets de société, très légèrement, en quasi-connivence avec un zeste de critique pré-acceptable et déjà politiquement correcte. Il fait du cinéma comme un musicien de jazz peut jouer les standard avec qualité. Certes sans plus, mais pour du divertissement, c’est déjà pas si mal. Il y a de l’application dans son cinéma et une signature qui lui ressemble : des temps de silence et au final un cinéma esthétique sans révolution qui se laisse assez bien regarder - comme on écoute un bon air de jazz connu. Un bon divertissement, sans plus, mais tout de même : cqfd. Et nous ajouterons, surtout, que Clint Eastwood n’a jamais prétendu être autre chose ...
    Dans l’AUTRE registre, celui du cinéma d’auteur, il faut chercher là une comparaison avec des livres d’essais, de réflexions et/ou d’opinions engagées et/ou de déconstructions de stéréotypes, de préjugés : c’est tout autre chose ! par rapport à des romans/divertissements ... et c’est d’ailleurs, aussi, très nettement ma voie habituelle et le clair de mon temps, à titre personnel, comme la plupart des lecteurs d’oulala. Pour autant, une telle charge contre Eastwood, donc, est assez malvenue et déplacée, donc.

    Car il existe un troisième REGISTRE, le plus pernicieux et le CLAIR de la production hollywoodienne : celui de la propagande pure et dure qui ne dit pas ce qu’elle est : l’IMPOSTURE. Celle qui consiste à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Rendons grâce à Eastwood d’échapper à cette troisième catégorie. Laquelle consiste en un cinéma de COMMANDE en général de l’US army et/ou de l’US navy ou encore, le plus souvent, du lobby pro-sioniste US qui semble être le véritable propriétaire des studios et des productions hollywoodiennes. Deux exemples parmi une pléiade. Un ancien : j’ai visionné le Roi des Rois - un espèce de péplum dédié à la vie de Jésus et dans lequel, la voix off dès les premières images nous apprend que Hérode, le roi légendaire des juifs dans leur période de décadence toujours ininterrompue depuis sur le plan sacré (après David et Salomon)n’était pas JUIF ! C’était un ARABE avec tous les attributs-messages à faire passer : fourbe, sanguinaire, usurpateur, sans scrupules etc ... on est assez loin - euphémisme - de la version de la Passion d’un Mel Gibson. Un autre exemple plus récent : un film (dont j’ai oublié le titre) mais qui m’avait intrigué au premier abord : Denzel Washington y joue le rôle d’un officier psychiatre de l’US Navy : à travers son patient, un jeune marin black à l’enfance difficile et au caractère sujet à rebellion, c’est en fait sa propre thérapie de couple qu’il effectue, sans s’en rendre compte. Voilà pour le scénario-intrigue, bien distribué et assez plaisant à suivre. Quid de mon étonnement ? le cadre support. C’est celui d’une US Navy, idéale et idéalisée : image impeccable, ordre rassurant, carrière assurée, uniformes immaculés, psychologie fine et respect des hommes et des femmes d’une éthique à toute épreuve, etc ... : en fait, une COMMANDE de l’US Navy. Je parie que les demandes de candidature à l’US Navy ont du faire un tabac suite au lancement de ce film ...

    Donc au final, regardons les réalisations de Clint comme ses interprétations personnelles d’acteurs, pour ce qu’elles sont : de bons divertissements, mesurés et plaisants, comme un bon standard de jazz bien respecté.

    Salutations, Djamel Dabeldi.

  • Clint Eastwood... ou quand la critique baisse sa garde... 7 avril 2010 22:49, par Christian Goubert

    Je ne partage pas votre point de vue : certes, le cinéma d’Eastwood n’est pas du cinéma d’auteur, mais il a le mérite de traiter certains faits de société.(surtout ses derniers films). Malgré la caricature du héro solitaire et hollywoodien, les personnages d’Eastwood révèlent des parts infimes mais bien réelles de l’être humain. Un peu comme des ridules qui apparaissent avec le temps, mais que le "bien penser" essaie d’aténuer.
    Par ailleurs, la "vaguelette" des années soixante a tout de même eu le mérite de revéler des réalisateurs dont les oeuvres, ne sont certainement pas aussi denses que celles d’un Carné ou d’un Renoir, mais qui ont marqué une époque et sa génération. Et cette nouvelle vague a fait office de transition. Je citerai l’exemple de Truffaut, chez qui, il y a du Rosselini (La femme d’à coté, Le dernier métro...). Jusqu’ à Lelouch, qui, malgré son mysticisme, a introduit une forme épurée d’un cinéma parfois trop académique. Et c’était là, le r^ve réalisé d’André Bazin, un des mentors de Truffaut.
    Le pluralisme est le seul environnement dans lequel chacun(ne) peut se forger une conscience, et donc, des préférences.
    C’est pourquoi, Truffaut a passé sa vie entière à se poser cette question :
    "Le cinéma est-il plus important que la vie, ou la vie est-elle plus importante que le cinéma ?"

  • Clint Eastwood... ou quand la critique baisse sa garde... 9 avril 2010 20:13, par Serge ULESKI

    Merci d’avoir pris le temps de poster un commentaire.

    ***

    Eastwood aurait tort de ne pas être "Clint Eastwood" - argent, célébrité, honneur, médailles, prix...

    Mon billet concerne et s’adresse en priorité une critique cinématographique qui depuis 20ans n’a de cesse de nous présenter le cinéma d’Eastwood comme un cinéma différent, un cinéma d’auteur...

    Et c’est bien cette critique-là que je mets en cause : la perte de repères, la paresse, le manque de courage ; une critique de moins en moins critique.

    Voyez France Culture le mercredi ; tout est bon : le dernier télé-film de Josée Dayan comme le premier (et dernier ?!) film de Judith Godrèche en tant que réalisatrice ; une critique vieillissante aussi, une critique blasée qui, encore une fois, a baissé les bras.

    Et cette critique-là, il faut aussi la dénoncer dans l’espoir peut-être, qu’un jour... d’autres... relèveront le défi parce que... aujourd’hui, la critique c’est un vrai défi !

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes