Ecologie UMP : poubelle jaune ou bleue ?

Chantal Jouanno, secrétaire d’État à l’écologie-UMP s’est vue reprise de la manière la plus sèche par le chef de l’État, pour avoir clairement incriminé le Medef dans un attentat écologique d’envergure. Le groupuscule aurait tailladé le canot pneumatique de la taxe carbone, déjà abimée par les flots. Après la disparition du Grenelle et la volte-face de Sarkozy de Nagy-Bocsa sur l’écologie, face aux paysans, il faut peut-être s’inquiéter du sort de l’écologie UMP, comme de la crédibilité d’un chef qui prive trop souvent les mots de poids et les promesses de valeur.

Le système Fox News français a trouvé sa formule « petit chef », bien à l’image des larves qui s’y trainent pour beugler en chœur dans les micros la gloire de l’économie de marché à hochets tricolores.

Une économie qui a marché sur la délicate figure de Chantal Jouanno, sous-ministre de l’écologie-UMP, par chef d’état-UMP interposé. L’homme de l’Elysée à donc « recadré » de quelques mots cinglants celle qui a désigné un coupable pour le sabordage de la taxe carbone.

25 mars 2010. Jouanno lâche dans Libération, « C’est clair, c’est le Medef qui a planté la taxe carbone. Au nom de la compétitivité. Est-ce que le Medef s’est ému des 2 milliards de bonus distribués aux banquiers ?". Ajoutant pour cadrer tous les responsables, que les "céréaliers intensifs" n’y sont pas pour rien non plus. Pour faire bonne mesure, elle s’avoue « désespérée » de l’abandon de la taxe carbone.

A quoi ça sert d’avoir un papa patron, d’avoir été amenée au développement durable par Guéant, puis installée directrice de cabinet et de com du Chef, dans son highland des Hauts de Seine, jusqu’en 2006 ? A quoi bon avoir exercé la haute fonction de conseillère en développement durable, en 2007, à l’Elysée cette fois, où Jouanno pilote le Grenelle de l’environnement, avant de se voir bombardée, au début 2009, secrétaire d’état en charge de l’Écologie, en remplacement de Nathalie Kosciusko-Morizet ?...

Ben...A rien. Le 26 mars 2010, soit 14 mois après être devenue ministre, elle est électrocutée par son Président. Le propos sarkozien est simple et sans appel. « Les ministres n’ont pas à être désespérés, ils ont à faire leur travail  ».. « Je n’ai pas apprécié ses propos  » appuie le maître. « Il y a une stratégie, elle a été fixée par François Fillon et par moi-même, que chacun s’y tienne.  ». Non mais !...

Avant de suivre la cohorte des Calvi, Etienne, Muhlmann, Drucker, Arnaud, Pulvar et autres préposés à la parole divine du jour, « Recadrée ! Recadrée ! Aaaaamen !... », quelques éléments piqués dans la petite tirelire de bon sens posée sur le meuble-télé de chaque foyer français. Cochonnet en plastique peut-être, ou en neurones, allez savoir.

Présence réconfortante, en tous cas, les jours où la com obscurcit tout et où le n’importe quoi est présenté comme le sublime sceau du dieu horloger.

Piécette de bon sens 1.
Qui a lancé le Grenelle de l’environnement, en invitant tous les partenaires possibles et pensables, par affiches, mails, télés, bref avec un arsenal com qui a coûté à la collectivité une somme rondelette ? Qui a affirmé ainsi l’écologie comme principe et objectif, à la fois, pour la droite au pouvoir ? Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa lui-même. « Je veux que le Grenelle soit l’acte fondateur d’une nouvelle politique, d’un New Deal écologique en France, en Europe et dans le monde  », [disait-il.]

Bien malin qui pourrait citer même une mesurette fondamentale issue du Grenelle de l’Environnement et perceptible par tous les français. Une décision, un acte simple, concret et important qui aurait mis l’écologie au cœur de l’activité socio-économique. Le Grenelle s’est perdu dans la rumeur médiatique permanente. On attend toujours ses grandes mesures pour encadrer la culture commerciale des OGM, on espère encore la concrète réduction de moitié de l’usage des pesticides agricoles, on patiente pour le développement des énergies renouvelables, on imagine les investissements étatiques « verts » dans la recherche, les logements et les transports propres qui auraient pu créer, par exemple, les 600 000 emplois « écolos » que des responsables verts ont dit possibles...Si l’État mettait réellement sa volonté et ses moyens au service du virage écologique.

Piécette de bon sens 2.
Qui a propulsé la taxe carbone, après le pschitt du mirage Grenelle, comme une vraie réponse, certes tardive, laborieuse et contestée par les productivistes et pollueurs de tous territoires ? Qui a déclenché ce feu d’artifice censé draper de vert l’ensemble d’une droite notoirement acquise à la croissance et hostile à tous ces lois qui empêchent de brûler les ressources, l’air et les sols pour une croissance infinie dans un monde qui ne l’est pas ?
Au hasard, on va dire Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, discours d’Artemare, 10 septembre 2009.

« ...Comme cela, c’est clair. On crée la taxe carbone. »...« La taxe carbone est une innovation considérable »... « il en va de la fiscalité écologique comme de tant d’autres choses : il y a ceux qui en parlent, et il y a ceux qui la font. C’est pour moi, profondément, une question de responsabilité. Une question de responsabilité vis-à-vis de nos enfants et des générations à venir, car cette mesure contribuera à dessiner un monde meilleur pour eux. ».

Contre toute attente, le 6 mars 2010, au salon de l’Agriculture, virage conceptuel à 180%. L’environnement, « ça commence à bien faire », lâche le locataire de l’Élysée.

Ces derniers jours la taxe carbone a été reportée par Fillon, à l’Assemblée, « sine die » comme on dit avant de fermer le sac-poubelle.

Hier, le Président s’en prend à sa secrétaire d’État, lui signifiant qu’elle a commis une faute et qu’elle a eu tort de lui déplaire.

Changement total de direction au sommet de l’Etat, donc. On re-signe avec la croissance. La succession des demi-tours paraît trop rapprochée pour être hasardeuse, d’autant que les médias se sont empressés de rapporter le contentement des députés UMP après l’enterrement de la taxe carbone. Ce qui signifie qu’on veut nous faire savoir que toute la majorité est concernée par ce dévoilement des hardes crasseuses de la croissance sous le body vert pomme. On devrait s’y habituer, pourtant, aux changements de direction et aux mensonges tellement avérés que même la presse embarquée parfois les relève...

Accentuation de la dérive monarchique. Ce que les appointés au fin de mois UMP appellent « recadrage » n’est assorti d’aucune explication quant au cœur de l’affaire. Car, enfin, c’est bien le lobby patronal qui est pointé du doigt, et de quelle façon ! Le Medef a fait ni plus ni moins que capoter la dernière mesure écologique significative lancée par l’Etat-UMP a révélé Chantal Jouanno, ajoutant qu’elle en était « désespérée  », ce qui en dit long sur la main-mise du Medef et la perspective de changement possible. Pourquoi ce constat serait faux, Sarkozy de Nagy-Bocsa n’en souffle mot. Il ne tente pas du tout non plus de démontrer combien la France est guidée par l’intérêt général et non par un groupuscule privé dont le caractère anti-social ne cesse de s’affirmer.

En lieu et place, il expulse ce qui n’est pas autre chose qu’un mouvement d’humeur. « J’ai pas aimé », voilà le cœur de la réaction du garant de l’intérêt général. Chantal Jouanno, en tant que personne, ne méritait pas ça, et nous non plus. On est bien obligé de voir là un trouble et terrible écho aux « kleenex » que les patrons-voyous jettent à la rue sans vergogne.

Le crime suprême dans la cour d’extrême-droite qui tient le pouvoir et les médias n’est pas aujourd’hui de mentir, mais de dire la vérité.

La faute impardonnable, c’est de dévoiler et critiquer ceux qui poussent sans cesse à une économie managériale inhumaine profitant aux seuls portefeuilles déjà obèses de quelques-uns, les mercenaires du Medef.

Le désastre annoncé c’est, enfin, le déni total d’une fraction de décideurs archaïques et corrompus qui choisissent de suivre la voie détruisant de plus en plus rapidement l’écologie de la planète et nous avec.

Comment les français, assez intelligents, quoi qu’en pense le pouvoir, pour saisir la farine et les mains qui les roulent, auraient-il pu ne pas s’abstenir massivement pour les Régionales ? Comment n’auraient-ils pas signifié qu’ils ont bien compris qu’on les fait évoluer dans des décors truqués ne menant nulle part ? Comment ne seraient-ils pas en droit de dire que l’élection régionale est une farce, aujourd’hui, comme les autres, puisqu’elle reconduit les mêmes qui ont planté le pays depuis vingt ans ? Comment les français ne se détourneraient-ils pas en masse d’un responsable majeur qui change d’avis comme de chemise et sert toujours les intérêts d’un quarteron bien ciblé aujourd’hui : ceux qui traitent comme du bétail à produire les salariés, sans oublier de saloper tout ce qu’ils touchent.

Comment, enfin, les français n’auraient-ils pas dû se détourner devant une entreprise permanente de manipulation rhétorique qui renvoie la politique encore plus en zone rouge ?...

Dans le 4X4 du « développement durable », autre nom de la croissance, le patronat et ses représentants on décidé de foncer de nouveau à tombeau ouvert. Allons, français, pressons !


 
 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes