Haïti : Rapport Debray 2003 sur Haïti, débrayage éhonté du sens !

Avec tous les remous médiatiques et politiques auxquels la terrible situation d’Haïti donne lieu et vu la circulation sur le web d’une intéressante et pertinente pétition pour la restitution de la dette de l’indépendance par la France à Haïti, je présente à mes lecteurs d’ici la réponse à l’ignoble document officiel dit "Rapport Debray" écrit par Régis Debray en 2003 pour l’État français sous instigation de Chirac, que j’ai rédigée et qui a été publiée dans les journaux haïtiens en 2004, année du 200ème de l’Indépendance d’Haïti.

En feuilletant le fameux rapport de Régis Debray sur Haïti au gouvernement français, un seul constat m’a frappé l’esprit au sujet de certains pays dits du nord ou du centre : le maintien systémique et systématique de leur grossière arrogance de coupables inassumés de la dénaturation des pays de la périphérie ! Ah ! Monde sublime et humanité « accomplie » des sociétés du centre quand le criminel d’hier est juge qui choisit les lois qui le régissent et les termes des dédommagements dus aux victimes de ce passé-présent qu’est le faix des paupérisations et déviances colonialo-esclavagistes ! Dans ce dit rapport, par un inattendu élan de munificence Debray trouve une insoupçonnée source jaillissante d’amitié et de communauté de destin dans le passé le plus abject jamais façonné par la France soi disant civilisée : le colonialisme esclavagiste. Debray a fignolé tout au long de son rapport une discursivité attrayante qui n’est toutefois pas sans arrogance ni mépris du paupérisé quand on y voit que le colon d’hier demeure le seul juge suprême, décideur de ce qui doit être fait pour « réparer » ce qui est irréparable, car l’intrusion du colon et de la métropole vénale dans la construction mentale de l’esclavagisé n’est guère réversible. D’où le terme de restitution qui doit être le maître mot maintenu dans toute demande de comptes d’une ancienne colonie d’esclaves aux esclavagistes.

La France a altéré la généalogie originaire de l’africain déporté devenu l’afro-caraïbéen qu’est l’haïtien. Aujourd’hui, elle voudrait nous écrire une fatale eschatologie qui est celle de la dépendance permanente ! Néanmoins un peu de dignité française devrait - pour faire oublier la barbarie inqualifiable de l’ignominieuse oeuvre de destruction et d’exploitation négrophobe multiple de l’esclave de Saint-Domingue - accepter une restitution financière substantielle pour les préjudices subis par l’haïtien de sa part après l’indépendance sans évoquer par manière de couverture le bouclier juridico-légal des mornes dispositions du droit international et la pseudojustice qui en découle. Car quand je lis Debray parlant de non rétroactivité juridique « un pays ne peut être jugé par des lois qui n’existaient pas au moment où il posait des actes qu’on lui reproche », pour affirmer non sans une pointe cynique de satisfaction que la France n’a rien à craindre si l’État haïtien s’avisait de la citer en justice devant des tribunaux internationaux tels la Haye, le tribunal pénal international ou autres, je me sens révolté jusques en le médullaire de mon intelligence. « La révolution de Saint Domingue, (celle même qui a fondé l’identité nationale haïtienne) fait partie de la France », dit a peu près Debray à qui veut le lire ! Oui, mais c’est de l’histoire du prédateur et de la proie qu’il s’agit, prédateur qui n’a jamais cessé son anthropophagie goulue contre Haïti et son ethnie.

Maintenant que les dénaturateurs de l’histoire, ces minotaures de la déshumanisation évoquent le droit international pour proposer leur justice de pacotille à leurs victimes, je comprend que le nouvel acquis que doivent faire les nations de la périphérie est celle diplomatique de la décence des chartes au nom desquelles les institutions téléguidées, soudoyées par l’occident mènent juridiquement le monde. Quand les voleurs criminels d’hier se font des lois qui garantissent leur droit sur les fruits de leur pillage, il y a de quoi mobiliser la conscience des pays des différents suds face aux « états voyous » arrogants d’un certain nord qui gardent chez eux les biens des affamés. Les bobards parahistoriques, francocentristes de Debray sont un véritable débrayage du sens, une déviance de la signifiance. Cela est pourtant si facile à comprendre quand on sait que la monstruosité coloniale de la France barbare, vampire et anthropophage a réalisé le miracle de bloquer durablement le développement matériel et surtout humain des peuples empoignés, piégés dans le moule mortifère de la colonisation française. Hormis le Québec qui est d’ailleurs une province canadienne et non un pays, aucune ancienne proie de la rétrograde France n’est sortie de l’abysse du mental viscéralement inhumain et effaceur de la métropole. Le venin du serpent français n’a point encore trouvé d’antidote ! Ce mépris de l’homme non blanc a d’ailleurs marqué l’histoire assez récente de la France. Il suffit de se rappeler toutes les idéologies racistes qui ont eu cours pendant le vingtième siècle et cela de manière patente jusqu’à la fin du nazisme lequel, ayant vu les nazis traiter les blancs comme ceux-ci ont toujours traité les autres ethnies, a déterminé la prohibition officielle des thèses racistes et racialistes. Mais cela dans l’officialité seulement, le dernier succès de Le Pen au premier tour des présidentielles françaises de 2003 nous laissent comprendre que le racisme est loin d’être un vestige chez un assez fort pourcentage du peuple français. D’ailleurs, nous avons vu combien ce genre de tératome politique peut servir de panacée à une présidence qui baignait dans le scandale et qui se retrouve blanchie par la thaumaturgie messianiste du salut de la France vis-à-vis de l’extrême droite. Nous pouvons citer quelques-unes de ces idéologies appelées racialismes vu leur prétention scientifique par P.A.Taguieff et qui sont bien plus récentes que le pessimisme historiciste de Gobineau au 19ème siècle : La psychologie de Gustave le Bon sans oublier Vacher de Lapouge, Montandon et une nuée d’autres usant de philosophie de l’histoire, d’eugénisme ou de darwinisme social avec des variantes rencontrées parmi des millions de disciples ! Personne ne nous dira qu’elles ne sont plus de mise. Elle font désormais partie de l’imbécillité cachée des idéologues politiques de tous ressorts dès que survient le rapport au sud, ces autres à qui cette sorte de nord des vieilles métropoles a attribué le sort de traînards de l’histoire, eux qui n’ont fait l’histoire qu’en la subissant. Oui, cette weltanschauung coloriste, péjorative et condescendante de la périphérie bien vivante au niveau liminal ou subliminal de l’imaginaire du centre blanc dans le rapport aux anciennes colonies de jadis sévit encore diaboliquement quoique fermée dans une latence, une inhibition imposée par l’interdiction légale et le rejet de la scientificité des racialismes acceptée assez récemment par nombre d’authentiques savants d’Europe.

Démagogie et arrogance éhontée de Debray

Dans son cynique rapport qui reflète les sempiternelles manières françaises de maître qui fait la leçon, Debray a le toupet de dire que notre révolution a rendu la leur vraiment « universelle ». Pardon ! ô ! prodige d’impudence ridicule ! La France est donc dispensatrice exclusive de l’idée de liberté ! Le cacique caraïbe caonabo, le taïno Henry, tous ces nègres marons de notre terre combative, maquisards bien avant 1789 ont dû lire dans l’âme de Robespierre alors que celui-ci était dans les limbes de sa préincarnation ! Merci de votre magistrale et aveuglante lumière monsieur Debray ! Debray ajoute en évoquant les rapports nord-sud (je prends mes distances par rapport à ses mots mais c’est ici l’idée qu’il a émise) que « le pays d’accueil d’aujourd’hui est vite décrié demain par le réfugié qui a lui-même sollicité la demande de refuge », vu le contexte, notre rapporteur évoque les réfugiés venant du sud bien qu’il y en ait venant de la Russie et d’autres pays de l’est, mais là, c’est passé sous silence l’invivabilité de nombre de pays du sud à cause de la pauvreté engendrée par le nord tant dans le passé de phagocytation directe parce que coloniale mais aussi dans le présent d’ingérence confinant plusieurs états au stade de figuration existentielle sans réellement de pouvoir sur leur destin propre. Encore une fois, je n’absous pas les monstres de nos propres faunes politiques, mais il est indélicat, indécent et historiquement insensé et occultant de ne pas tenir compte des contextes socio-historiques préfabriqués par les anciennes métropoles et les actuels impérialistes. D’ailleurs, jusqu’à très récemment les pires despotes obscurantistes étaient directement portés au pouvoir et soutenus par les néocolonialistes et impérialistes contre les mouvements populaires soupçonnés de communisme.

Le même camouflet de l’impuissance des suds sévit devant le puissant quarteron d’États voyous responsables de la pauvreté et de la faim dans le monde. Quand Debray me dit que mon histoire fait partie de la sienne dans sa lorgnette discursive phagocytante, a-t-il conscience que la mienne, l’histoire haïtienne, est la mauvaise conscience de la sienne. Mon histoire de peuple est le cri de refus d’une « civilisation française » haineuse opérant par sociodicée c’est-à-dire propulsant la société française comme modèle suprême et mélioratif qui quand bien même elle admet ses indéniables et indéfendables culpabilités, finit par se poser voire s’imposer en bien parfait se permettant de blâmer les formes justes de revendications, s’octroyant le privilège de désigner de quelle manière infantilisante elle doit intervenir pour aider le retardé qu’est l’ancien colonisé. « La mauvaise gestion des nombreuses aides reçues » motive les recommandations debrayennes sur la manière ultérieure d’aider ce « peuple frère » qu’est l’haïtien ! Mais en quoi cela autorise-t-il un débiteur comme la France où la corruption est courante et dont la plus actuelle est l’affaire Juppé de s’ériger en parangon de vertu ? L’haïtien doit et peut, si les corrupteurs du nord n’interviennent, arriver à organiser des structures de vérification des dépenses publiques et tout usage des fonds publics par l’exécutif. Ce serait à la structuration de telles institutions que la France tellement amie devrait nous aider tout en nous restituant ce qu’elle nous doit pécuniairement. Debray nous envoie l’image burlesque et ubuesque du français galéjeur par impudence colonialiste et qui jette ses turlupins souriants avec la même prétention d’une supériorité sociocentriste et ethnocentriste qui doit être exorcisé en tant qu’il porte le masque de l’ouverture pour dissimuler le sempiternel démon colonial.

Le droit international que vous évoquez, Debray, est l’alibi éhonté de quelques maffieux pour garder sans partage substantiel les fruits du travail des esclaves et colonisés de jadis. Ces mêmes États impeccables dans le bien faire le mal, États protéiformes, un peu comme le proposait l’idéologie fasciste de Mussolini, qui ont profité de l’anomie d’un monde sans lois où ils étaient décideurs pour bâtir avec le sang des nations et des ethnies non blanches leur himalaya de fortune et de structures ! États abominablement cupides qui, dans un monde d’injustices économiques violentes, mortelles et inavouables, se parent des apparats, s’accoutrent de leur conquête de modernité : économie forte, idées généreuses rarement appliquées, science, technologie ; pour mystifier la vérité principielle de l’effacement ou tout au moins des graves difficultés et bouleversement des pays du sud.

Le sens est en crise car les pièces causales du triste puzzle politico-économique du monde sont éludées ou niées à la guise des dénaturateurs ! Toutefois, la léthargie connaît de nombreux soubresauts qui rappellent que l’homme réduit en son contraire c’est-à-dire abêti ou réifié, n’est jamais totalement bête ou chose. L’espoir des suds passera par un nouvel ordre « sudiste » international avec des hommes désaliénés exigeant le partage en influençant positivement pour eux l’équité dans la rédaction des chartes et codes qui agencent le droit international dans la mondialisation post moderne. La nouvelle guerre mondiale doit être à ce compte juridique et menée par les suds contre l’indécence d’un certain nord. Cette utopie, du reste, est eutopique en fait, car possible à l’échelle des nations exclues et simples figurantes dans l’ordre du monde. Le dernier terrorisme des États-voyous voleurs qui maintiennent les capitaux des paupérisés et leur font la nique de leur inculquer leur alterhumanité (humanités distinctes) qui est surtout leur infériorité d’états inaptes et enfants qu’on doit assister et qui doivent se soumettre aux humanités aptes qui ont bâti les états ayant réussi. En rejoignant cette piste tautologique, stéréotypée du nord colonialiste car d’autres nords ont une prestance bien plus digne, je cite par exemple les pays nordiques, le rapport Debray est l’irruption d’un spectre d’insignifiance quasi fatale du cheptel blanc, français en l’occurrence qui a méconnu l’humanité des ethnies non blanches et transformé les autres humanités en bétail voire en chose. Cela prouve la pathologie infectieuse du colon français (bien actuel) dans son rapport à soi et qui a projeté sa laideur par la contagion qu’elle a infligée aux peuples victimes. Rapport Debray, débrayage démagogique du sens et honte de la France ! Comme dirait un ami à moi dans notre créole tant imagé : « Blan franse = blan ranse » dès qu’il s’agit de restituer l’argent volé aux anciennes colonies. Debray et la France préfèrent se référer aux laideurs du pouvoir haïtien pour éluder ce qui est pure justice ! Vraiment, ce rapport est un amas de canulars manipulateurs et désinformants sans dignité pour la France, sans respect pour Haïti.

Je termine cet article avec un arrière-goût amer car le rapport vertical des immoraux avec leur victime répugne à mon entendement d’homme du sud et d’homme tout court. L’aliénation, (je préfère parler d’entraliénation) c’est-à-dire ce pacte obscur, miroir aux alouettes de la victime consentante avec le victimaire froid qui l’efface, empoigne encore tant de consciences parmi les suds ! Pourtant pour l’homme et pour l’équité, les rapports nord-sud actuels doivent faire place à une horizontalisation juridique des relations internationales, mais entretemps, il faut que la posture des négociateurs revendicateurs soit verticale (donc digne et libre) contre la verticalité négative et d’autorité (rapport de maître à esclave) des relations actuelles. Des cris impudents masquant la honte par l’arrogance s’élèveront peut-être ! Mais qu’importe les chacals hurleurs et les vautours au vol lourd, sinistre qui croassent de cannibalisme ! Humanité glorieuse et supérieure du nord colonialiste, impérialiste, votre excellence et votre règne sentent la putréfaction de vos origines de vampires !

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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