Dis-moi ce que tu portes...

Dans le Monde du 29 mai 2003, monsieur Eisenberg, rabbin, écrivait dans un article intitulé, Dis-moi ce que tu portes, « Je suis opposé au port du foulard. Non seulement à l’école publique, mais même dans la vie courante. Il s’agit là d’une forme agressive de séparatisme. La foi n’a pas besoin d’exhibitionnisme et la rue est un lieu de socialité. Il ajoutait : « Dans les trois religions monothéistes, pour une femme, se couvrir la tête revêt des significations différentes. Il serait trop long de se livrer à une étude comparative (...) des rôles respectifs attribués à la perruque (sic), à la kippa, au foulard ou à la burqa. S’ils ressortent souvent d’un compréhensible souci de pudeur, ils connotent aussi des formes de machisme choquantes dans un monde en quête de parité. » Il concluait malicieusement en disant : « En hébreu le mot vêtement signifie aussi trahison ».

On y arrive doucement. A quoi ? A la folie. Tandis que le monde s’effondre au pays d’Athéna Niké, s’échangent chez nous des horions à propos de niqab ou burqa selon qu’on est pro-arabo-abasourdi, talibano-fan, Figh ou Tabligh de papier... Eh taré, c’est une question de dignité le visage, dit l’une ; mais Où est la liberté, dit l’autre. Et qu’est-ce que vous faites de la loi révolutionnaire apprise à l’école « ma liberté s’arrête ou commence celle des autres », dit le troisième, avec un air inspiré. Le quatrième, plus intello (il a fait Science-Po), nous balance : Trop de lois, tue la loi, formule forte du grand Duguesclin connétable de Bourbon. Une journaliste diplômée spécialiste en « antisémitisme habillé de gôche » nous rappelle que les islamistes veulent mettre la France à genoux, se servent de la burqa pour s’immiscer dans nos mœurs, pénétrer notre inconscient collectif afin, dans un ou deux siècles, de nous imposer mami Charia. La féministe bon teint qui a la soixantaine et que Nicouli Demeuré interroge en ce matin frisquet, nous rappelle le long et douloureux combat que les femmes menèrent et mènent encore pour leur « libération ». Ça a été, rappelle-t-elle, la voix nouée, le tampax pour lever la malédiction règlementaire, l’avortement légalisé et remboursé par la sécu. Puis, pour contrebalancer ce qui s’apparentait pour les âmes fragiles à un crime, la fivete obligatoire pour stériles et handicapées et jusqu’à la consommation post-mortem du sperme surgelé d’un amant mort du cancer. Le progrès suivant son cours, les revues d’avant-garde Postomilotan ou Clarimère vantèrent aux femmes la sodomie comme contraception ultime, soulignant dans la même inspiration, que le plaisir par derrière surpassait celui de devant et que dans le gouffre du rectum se dissiperaient nos angoisses contemporaines. Ça tombait bien pour ces dames toujours à l’affut de l’introuvable point G qui fut pour le coup, et sans discussion, remplacé par le magnifique point Q. Takalire Tellim, réfugiée basque de sixième génération, dans un livre inoubliable paru au Seuil en avril 2001, rappela à toute donzelle en mal de sensation forte que la bouche était aussi un lieu de plaisir et que, je cite : « la connaissance [du sexe masculin] que l’on acquiert à travers l’exploration menée simultanément du bout des doigts et de la langue, des moindres détails de son relief comme de ses plus infimes réactions, et peut-être supérieure à la connaissance de son propriétaire même » (page 175). Ce fut pour la gent féminine l’acmé de la connaissance accompagnée d’un flot de jouissance. Une vague de folie s’empara du bas de la France ! La femme était sur le point de connaître l’homme et son impitoyable instrument mieux que lui-même, Inch Allah ! Comme par ailleurs dans un livre sulfureux, un autre génie de la littérature avait révélé à des millions de lectrices qu’un papa ça pouvait être sucé dans une église, les 52% de notre population se sentit rassurée et n’accorda plus qu’une attention distraite aux minarets qui poussaient partout comme des champignons. L’inceste pouvait s’il le voulait, défrayer la chronique, ces dames l’attendaient de pied ferme sans plus aucun sentiment coupable. D’autant plus que dans le même temps, un pédiatre connu au prénom italien soulignait à longueur de livres la toute puissance des mères dotées selon lui d’un "utérus invisible" extensible à sa progéniture sa vie durant. La preuve était donc faite de l’infinie supériorité de la femme sur le monde, qui, telle la Vénus de Willendorf trônait désormais sur la Suisse moderne comme elle l’avait fait autrefois sur la Suisse de la pierre polie.

C’était sans compter avec ces petites vicieuses du Coran qui avaient la nostalgie d’un âge d’or où la femme soumise régnait sur l’homme. Prenant prétexte d’une pornographie généralisée et de plus en plus agressive, elles se mirent en tête de se « voiler la face ». Non seulement de se voiler mais encore de laisser entendre que cette voilure était le souhait le plus pressant de leurs époux et que, curieusement, ce souhait rencontrait le leur. Je me dévoile pour mon mari disaient-elles, et me dissimule aux yeux de tout concupiscent (ou -piscente). En ces temps de mépris où le corps féminin est utilisé pour vendre du fromage, ces filles étaient l’honneur de la République, la fierté des mères pudiques, le fer de lance de la réaction thermidorienne qui devait balayer les abus jacobins désormais insupportables à tout citoyen. Toutefois, pour ne pas effaroucher le bobo du 6e arrondissement et les éléphants du socialist party, un ministre, hélas atteint des écrouelles, fit semblant de trouver la chose scandaleuse et, par une directive habilement diligentée à la police nantaise, s’arrangea pour pincer une niqabée au volant d’une luxueuse conduite intérieure, laquelle, pas dégonflée pour un dessous, contesta la sanction et fit savoir par d’intempestives déclarations publiques que sa pudeur était outragée. Nicodème Bosson, le sous ministre inféodé de l’intérieur, fit semblant de se cacher derrière son petit doigt et suggéra qu’une loi (encore une) fût proposée pour déchoir de sa citoyenneté française l’infâme porc islamo-rabbinique nantais qui avait soutenu en sous-main les déclarations de la niqabite et fraudé à la qaf. Fureur dans Landerneau ! Cris, pleurs, grincements de dents à Rama, hurlements à Elbeuf et à Issoire, trépignements à Saint-Jean Pied-de-Port et à Monaco, tous les pays du Pays des Droits de l’Homme (et de sa femme) sortirent les fourches. Charles Baiscul parla de terroriser les terroristes terrorisant leurs femmes, Delphine Brossolette de Labrunie, transsexuel de Vénissieux, monta sur ses grands chevaux et rugit du fond de sa cité berbère menacée par le vert virus islamo-fasciste… Tandis que notre Badinguet, serein au dessus du brouhaha médiatique, s’envolait néanmoins pour la Cimmérie dans le biréacteur républicain équipé d’une douche et d’un bidet afin que règne une indiscutable parité même à dix mille mètres. Tout semblait prêt pour que la machine législative se mette enfin en route. Ce qu’elle fit en nous régalant d’un projet qui, d’après notre confrère du Figaro aurait cette forme :

* L’article premier disposerait que nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage, sous peine d’une amende de deuxième classe (150 euros maximum). Que la peine complémentaire du stage de citoyenneté (Art.131-16, 8°) serait prévue pour cette contravention.

* L’article 2 punirait celui qui impose le port d’un tel vêtement par la « violence, la menace, l’abus de pouvoir ou d’autorité », d’une peine de prison jusqu’à un an et 15 000 euros d’amende.

Que les meufs toutes de noir vêtues et leurs beaufs hirsutement barbus se le tiennent pour dit ! Notre beau pays de France ne sera plus ravagé par le mal Niké et ses acolytes de Riad ! Vive la République, vive la France ! Vive l’empereur et vive la victoire !

Cosette


 
 
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