BDS contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine

Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par le loi exclusivement en vue d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique."
Déclaration universelle des droits de l’homme, Article 29-2

Cela n’est plus supportable. Les accords d’Oslo n’étaient qu’un paravent pour intensifier la colonisation, la mort de Rabin un marchepied pour que Sharon puisse déclencher la seconde Intifada en profanant l’esplanade des mosquées après que Shimon Pérès se soit lancé dans les assassinats ciblés malgré les avertissements des services de renseignements, puis vinrent les massacres de Jénine, les actes de guerre sur Gaza et l’incroyable déroute au Liban en 2006. Cela n’est plus supportable de voir cette clique politique xénophobe entraîner Israël et toute la région vers les abysses de l’humanité. Il convient donc de les arrêter. Il faut détruire l’implacable machine politique qui conduit à l’horreur quotidienne. Il faut boycotter Israël, totalement !

Pour cela il faut soutenir la campagne BDS. L’Appel au Boycott, au Désinvestissement et aux Sanctions, lancé en juillet 2005, s’ancre dans une longue tradition de résistance populaire non-violente en Palestine et largement inspiré de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud. Il se fonde sur le principe des droits de l’homme universels, comme le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis. Il rejette fermement toute forme de racisme, et notamment l’antisémitisme et l’islamophobie.
BDS définit sans ambiguïté les trois droits fondamentaux des Palestiniens qui constituent les conditions minimales indispensables à une paix juste et durable : fin de l’occupation militaire de Gaza et de la Cisjordanie (Jérusalem-est comprise) et des autres territoires arabes au Liban et en Syrie ; droits des réfugiés palestiniens (tel qu’ils sont garantis par l’ONU), en particulier droit au retour dans leur foyer et aux compensations ; fin de la discrimination raciale systématique à l’encontre des citoyens palestiniens d’Israël, ce que les observateurs décrivent comme un "régime d’apartheid".
Pourquoi cette action se mit-elle en branle seulement en juillet 2005 ? Car la Cour internationale de justice (ICJ) a émis, le 9 juillet, une condamnation de la construction du mur de séparation ainsi que de l’ensemble du régime d’occupation les plaçant comme contraires aux lois internationales. Se basant sur les réaction internationales qui avaient suivi l’avis de la ICJ en 1971, déclarant illégale l’occupation de la Namibie par l’Afrique du Sud, les ONG palestiniennes pensaient alors que l’ONU allaient prendre les mesures punitives appropriées contre Israël. Comme il n’en fut rien car les USA et l’EU sont les complices de l’état sioniste ("l’alliance fatale du capitalisme sauvage et du racisme-colonialisme israélien", ils décidèrent de déclencher le mouvement BDS qui "représente une forme progressiste, antiraciste, morale et efficace de résistance civile non violente.
") BDS prit son essor, seul...

Oui, vous avez bien lu, complice, le mot est écrit à dessein et il s’avère qu’il est exact, et surtout justifié ! En 2007, déjà, Richard Falk, juriste international renommé, enseignant à Princeton, qualifiait le blocus de Gaza, lorsqu’il était Rapporteur spécial de l’ONU pour les droits de l’homme dans les territoires occupés, de prélude à un génocide et un peu plus tard d’holocauste en préparation ("Holocaust in the making"). Falk, expliquait que le siège de Gaza était particulièrement préoccupant car il exprimait clairement "une intention délibérée de la part d’Israël et de ses alliés de soumettre toute une communauté humaine à des conditions d’une extrême cruauté mettant des vies en danger"
Prévisions qui se sont révélées exactes depuis le dernier raid de décembre 2008/janvier 2009 et les coupures d’eau et d’électricité. Aujourd’hui, "les crimes israéliens à Gaza peuvent réellement être définis comme des actes de génocide, un génocide lent mais un génocide." Car, selon l’Article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée par l’ONU, en 1948, le terme s’entend comme : l’un des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
a) meurtre de membres de groupe ;
b) atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle
[...]
L’analyse du siège de Gaza et ses répercussions sur la population civile montrent l’apparition de maladies chroniques, de malformations, sans parler de la pollution du sol et des effets secondaires dus à l’utilisation d’armes non conventionnelles. Le commissaire général de l’UNWRA, Karen Abou Zayd, écrivit cette mise en garde : "Gaza est sur le point de devenir le premier territoire à être intentionnellement réduit à un état d’effroyable misère avec l’accord - certains diraient même les encouragements - de la communauté internationale. L’action humanitaire ne saurait fonctionner dans un cadre où aucun effort n’est fait pour résoudre le conflit ni pour en traiter les causes sous-jacentes."
Les derniers témoignages recueillis auprès des snipers israéliens qui ont servi dans la dernière offensive sur Gaza sont extraordinaires : ils reconnaissent avoir délibérément abattus une vieille dame qui marchait sur le bord de la route, ou une jeune femme et ses deux enfants, etc. avec l’assentiment de leur hiérarchie qui leur inculque le fait que la vie d’un palestinien ne vaut rien, ne compte pas. Sans parler des derniers rapports des ONG qui font état de pillage, d’actes de vandalismes, de propos racistes et d’inscriptions obscènes sur des habitations civiles. Avec en point d’orgue les bombardements planifiés par l’état-major sur des cites civils : pompes à eau, électricité, usines, hôpitaux, habitations, etc.
Que faut-il de plus à l’Occident pour voir qu’il s’agit d’une campagne d’extermination ?

C’est cet aspect du siège, ce processus qui mène à une mort lente des masses des êtres humains et qui met en danger le développement de toute une génération d’enfants, qui a incité Falk à parler d’actes de génocide.
Shulami Aloni, ancienne ministre de l’Education du gouvernement Rabin, avait déjà tiré la sonnette d’alarme en 2003 : "Certes, il ne s’agit pas encore d’un génocide comme celui, unique et terrible, dont nous avons été les victimes dans le passé. Et comme me l’a dit l’un de nos intelligents généraux, nous n’avons pas de chambres à gaz ni de fours crématoires. Existe-t-il quelque chose de plus éloigné de notre éthique que cette remarque ? N’a-t-il jamais entendu parler d’un peuple entier prétendant qu’il n’avait pas su ce qui se faisait en son nom ?"
Pour le dire d’une autre manière, pourquoi la société civile européenne, qui a combattu l’apartheid sud-africain, considère-t-elle l’apartheid israélien comme normal, tolérable, au-dessus de toute discussion ?
"La culpabilité de l’Europe vis-à-vis du génocide des Juifs ne peut pas justifier moralement sa complicité dans la prolongation des souffrances, du sang versé, de toutes injustices imposées depuis des dizaines d’années par Israël aux Palestiniens et aux Arabes en général, en prenant le génocide comme prétexte. Ce paradigme doit être combattu et non pas accepté comme un fait acquis."
Donc, boycott !

Pourquoi boycotter également le culturel en le mettant sur le même plan que les autres disciplines ?
Car l’art ne peut pas être continuellement exonéré et se considérer au-dessus des divisions politiques pour n’être censé agir qu’à l’unité des gens dans leur humanité commune. Maîtres et esclaves ont-ils en commun une même idée d’humanité ? Certes non. Ainsi l’on reprendra la réponse d’Enuga S. Reddy, directeur du Centre contre l’apartheid des Nations unies qui, quand on lui disait que le boycott culturel contre l’Afrique du Sud était contraire au principe de liberté d’expression, se contentait de mettre les points sur les i : "Je trouve assez étrange, et c’est un euphémisme, que le régime sud-africain qui prive la majorité africaine de toutes les libertés [...] se transforme ainsi en défenseur de la liberté des artistes et des sportifs du monde entier.
"
Remplacez le terme "sud-africain" par "israélien" et vous verrez alors toute l’utilité de boycotter les artistes israéliens au même titre que les sportifs... et les universités.
Le monde universitaire ne doit pas être en retrait, et le double langage des universitaires israéliens est à dénoncer ! Cela suffit qu’ils se soient réservés le "rôle de cautions autoproclamées des formes que doit prendre la lutte contre l’occupation", tous ces penseurs dits de gauche mais néanmoins sionistes, tout en se disant opposés à l’occupation mais qui cautionnent de fait l’apartheid et s’opposent fermement aux droits des réfugiés palestiniens. Il n’est plus tolérable qu’eux seuls puissent se positionner comme les arbitres exclusifs de toutes les questions qui concernent les Palestiniens.
"Tout se passe, souligne Barghouti, "comme s’ils avaient en eux cette représentation statique et inconsciemment raciste des intellectuels indigènes, selon laquelle [ils ne peuvent] être que des partisans ou des disciples serviles, voire des humains relatifs, pas vraiment doués de raison ou en touts cas, pas capables de l’utiliser pour [leur] bien." Car, disons-le une bonne fois, le boycott universitaire et culturel n’étouffera jamais le libre-échange des idées, n’entravera pas le dialogue culturel et ne violera point les libertés académiques : derrière l’hypocrisie de ceux qui soutenaient autrefois le boycott total de l’Afrique du Sud - et se permettent aujourd’hui de faire la morale sur les dangers "intrinsèques" du boycott d’Israël - apparaît au grand jour le préjugé des universitaires israéliens qui démontrent ainsi que seule leur liberté académique semble digne d’être prise en compte...
Quand on sait que dans les universités israéliennes le "racisme contre les Palestiniens et les Arabes est ancré dans les discours et les pratiques quotidiennes, le concept de libertés académiques est si élastique qu’on y est parfaitement libre d’exposer des théories racistes et d’inciter à la haine raciale, au nettoyage ethnique ou pire encore."
Pire encore : les universités israéliennes sont financés par l’Etat (donc aucune autonomie de penser et de s’opposer à la politique étatique) ET sont toutes dans un partenariat étroit avec l’appareil militaro-sécuritaire, "si bien que la plupart des armes crées par l’armée israélienne sont développées dans les universités, que la plupart des travaux de recherche justifiant la répression et le déni des droits des Palestiniens sont le fait d’universitaires encadrés par des programmes de recherche, que les principaux projets de colonisation qui sont considérés comme des crimes de guerre par les institutions internationales ont été mis au point dans les universités."
Boycottons alors, à l’exemple de la FSU, premier syndicat d’enseignant qui compte plus de 165 000 adhérents, et qui s’est engagé dans le BDS ! Et je dirai même plus : ces institutions devraient être traînées devant les tribunaux de La Haye...

"Je pense qu’il faut construire le tramway de Jérusalem. En tout cas, tout ce qui peut rendre Jérusalem plus puissante, tout ce qui peut la dynamiser et l’agrandir pour en faire la capitale éternelle du peuple juif et la capitale unifiée de l’Etat d’Israël, doit être entrepris."
Ariel Sharon, août 2005.

Pour venir renforcer la campagne BDS, et s’inscrivant dans sa thématique, l’initiative de Bilbao, lancée en novembre 2008, a mis au jour l’opération Faire dérailler Veolia et Alstom qui a pour objectif de dénoncer la complicité de ces deux compagnies dans la colonisation des territoires palestiniens occupés. Ce fut un succès sans précédent puisque cela a conduit Veolia à se retirer du projet et à fait perdre des milliards de dollars aux deux compagnies dans plusieurs pays...
3,5 milliards à Stockholm quand Veolia a perdu le renouvellement prévu pour huit ans de la gestion du métro (dont elle avait la charge depuis plus de dix ans), plus d’un milliard perdu par Veolia quand les Midlands de l’ouest du Royaume-Uni l’ont retirée du projet d’amélioration du plan de traitement des déchets (un contrat de vingt ans !), un autre milliard offert à un concurrent de Veolia par la communauté urbaine de Bordeaux pour réaliser le plus grand réseau urbain de France, l’exclusion d’Alstom du Fonds national de retraite suédois qui gère quinze milliards de dollars, etc.
Tout cela n’a pu être possible qu’avec l’appui des populations civiles qui ont massivement apporté leur soutien, ont manifesté, ont fait pression. De Melbourne à Stockholm, de Bordeaux aux Midlands, mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan d’hypocrisie et de lâcheté dans lequel nous vivons. Citoyens, ayez une âme, réveillez la conscience qui dort en vous : surveillez les étiquettes, prenez des initiatives, parlez-en autour de vous, agissez avant qu’il ne soit trop tard !

Car Israël vient de voter une nouvelle loi militaire qui va permettre l’expulsion en masse des Palestiniens de Cisjordanie (en commettant une nouvelle fois un crime de guerre : le 49ème article de la 4ème convention de Genève interdit l’expulsion des gens qui vivent sous l’occupation). Avec comme version officielle d’empêcher "l’infiltration", mais cela va surtout permettre la déportation de milliers de Palestiniens de Cisjordanie, ou leur poursuite pour des délits passibles de peines d’emprisonnement qui peuvent aller jusqu’à sept ans.
Selon Amira Hass, "Si l’on en juge par l’action du Haut Commandement à la Sécurité au cours des dix dernières années, les premiers Palestiniens qui seront visés par les nouvelles règles sont ceux dont la carte d’identité porte une adresse dans la bande de Gaza - c’est à dire les gens qui sont née à Gaza et leurs enfants nés en Cisjordanie - ou ceux qui sont nés en Cisjordanie ou à l’étranger et qui pour différentes raisons ont perdu leur statut de résident. Seront visées aussi les conjoints (de Palestiniens) nés à l’étranger.
Cette nouvelle loi est le dernier pas du gouvernement israélien dans un processus visant à imposer aux Palestiniens le port d’un permis qui réduira la liberté de mouvement et de résidence que les cartes d’identité palestiniennes actuelles leur donnaient encore. La nouvelle réglementation est particulièrement dévastatrice car elle autorise des actes criminels et l’expulsion massive des Palestiniens de leurs maisons.
"
Encore une raison pour agir et boycotter.

Vous ne pourrez plus dire que vous ne savez pas, comme certains osèrent en avancer l’idée pour justifier leur non intervention face à la Shoah. Ou d’autre qui trouve intelligent et opportun de donner le nom de Ben Gourion à une esplanade en plein Paris à la fin avril 2010, Ben Gourion l’un des ordonnateurs des vagues de déportation de centaines de milliers de Palestiniens en 1948...
Vous êtes donc complices si vous continuez à acheter des fruits au marché en provenance d’Israël, si vous achetez des logiciels fabriqués en Israël, si vous lisez des livres publiés en Israël et/ou d’auteurs israéliens, si vous détenez des actions de sociétés ayant investis en Israël, etc.
Je m’associe à BDS au nom de l’universalité des droits humains et j’applique donc le boycott de tout produit israélien depuis des années déjà - et vous invite à faire de même - cela jusqu’à la fin totale de l’occupation israélienne sur les terres de Palestine, Jérusalem-est compris.


 
P.S.

Omar Barghouti, Boycott Désinvestissement Sanctions - BDS contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine, traduit par Etienne Dobenesque et Catherine Neuve-Eglise, La fabrique éditions, mars 2010, 188 p. - 14,00 €

 
 
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1 commentaire
  • BDS : le livre ! 6 mai 2010 09:10, par François Xavier

    A lire donc absolument :
    Omar Barghouti, Boycott Désinvestissement Sanctions - BDS contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine, traduit par Etienne Dobenesque et Catherine Neuve-Eglise, La fabrique éditions, mars 2010, 188 p. - 14,00 €