Panique à bord.

Le journal Le Monde du 9-10 mai 2010 titre sur cinq colonnes à la Une : « mobilisation générale contre le risque de contagion mondiale ».

Un nouveau virus serait-il apparu sous les microscopes des gardiens de la santé publique ? Une nouvelle maladie sexuellement transmissible ? Un air de folie porté par les nuages de poussières volcaniques ? Mais non, le titre le précise, il s’agit de la « crise grecque ».

Qui a peur de la contagion ? Depuis quand les problèmes d’argent nécessitent-ils des mesures prophylactiques ? En fait, de quelle « crise » s’agit-il ?

On avait parlé de « crise financière » à propos des mouvements de spéculation sur les crédits faits aux pauvres, aux Etats Unis, pour acheter des maisons qu’on saisissait ensuite aux mauvais payeurs - qu’ils étaient forcément - afin de les revendre plus cher. Mais trop de pauvres, plus assez d’argent, les prix des maisons ont dégringolé et les titres ont perdu leur valeur. Apparemment, grâce aux crédits insufflés par les États, les créditeurs ont de nouveau rempli leurs caisses. Comme d’habitude. Les crises financières ne sont pas contagieuses.

Que se passe-t-il donc en Grèce qui incite les aboyeurs à décréter la mobilisation générale ? Des riches, dit-on, y ont fait des dettes que les pauvres vont devoir éponger. Rien que de très habituel. D’accord, le trou est grand, mais on en a vu d’autres. Le risque n’est pas là.

Depuis quelques années, le thème de la contagion mondiale est devenu récurrent. Il y a eu les différentes grippes, aviaires ou porcines. Il y a le virus islamique, soigneusement entretenu à coups de communiqués authentifiés par la CIA. Les nouveaux flics chargés de contrôler les troupeaux humains portent désormais des blouses blanches et sont armés de seringues hypodermiques. Mais en Grèce ?

La majeure partie du peuple grec, paraît-il, ne s’en laisse plus compter. Ce doit être cela. Ils refuseraient de se laisser tondre pour habiller les ploutocrates. Les balivernes de la propagande européenne ne passeraient plus. Il faudra les vacciner de force ? Contre quoi ? QUOI ? La révolution ? Vous voulez rire. C’est quoi, ça ? ... Et si les bureaucrates européens devenaient incapables de garder leurs peuples pour l’avantage des maîtres de l’économie ? ... La révolte, sans doute, est contagieuse. Voilà certainement ce contre quoi les pisseurs d’encre appellent les petits épargnants à se mobiliser.

Or voici que le ventre de la terre s’en mêle. Un volcan crache des fumées qui empêchent les compagnies aériennes de prévoir les vols de leurs avions. On devrait vérifier là-dedans qu’il n’y a pas des fauteurs de troubles déguisés en coulées de lave.


 
 
 
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