Avatar - plus de dix millions d’entrées en France !

Vraiment, Cameron a un très bon public, et de très très bons clients !

Invraisemblable, le discours (1) qui a pu être développé autour du film Avatar de James Cameron !

Voici quelques échantillons :

- Avatar est une parabole sur le regard.

- Avatar est une Fable sur le rêve.

- Avatar qui touche tant de monde est forcément une oeuvre d’art.

- Avatar est un objet susceptible de défier notre intelligence et qui est capable de nous ouvrir à des états de conscience que notre quotidien ignore.

Et pour finir avec le meilleur, sinon le pire (le plus sérieusement du monde, et sans rire !) : "Mythe de tous les mythes ! Cantique des Cantiques, Avatar ! "

Ce dernier commentaire a pour auteur un philosophe ; philosophe avec lequel la coupe est pleine jusqu’à déborder car, force est de constater qu’avec un tel commentaire, on n’est pas très loin du fourvoiement et de la forfaiture intellectuels et philosophiques.

Mais… les mots me manquent !

1 - Discours tenus par des adultes de 30 ans et plus, diplômés et cinéphiles.

Fantasy !

Le terme est lâché : il s’agit donc d’un film de genre issu de la littérature fantasy : « … La fantasy, de l’anglais fantasy : imagination, est un genre littéraire présentant un ou plusieurs éléments irrationnels qui relèvent généralement d’un aspect mythique et qui sont souvent incarnés par l’irruption ou l’utilisation de la magie. »

Littérature destinée principalement à des ados et à des jeunes adultes (parfois moins jeunes - 35 ans et plus -, comme les commentaires sur ce film ont pu nous le révéler) ; et ça tombe plutôt bien puisque ce sont eux qui fréquentent les salles de cinéma.

Littérature … celle d’une génération a-politique et hédoniste qui n’a connu qu’une seule réalité : une réalité marchande de l’abondance et de la technique.

Cinéma générationnel !

Pour sûr !

Génération de la saturation centrifuge-du-vide ; génération atomisée dans un isolement autocentré – informatique, écrans, images et sons, consoles, jeux de rôles -, dans un environnement qui n’a pas, pour autant, su priver "cette génération du manque et du dénuement" (2) d’un besoin de ce que d’autres générations ont appelé - un supplément d’âme : transcendance, engagement et communion.

2 - Manques affectif et relationnel ; manque physique - contact avec les éléments, la matière, le corps, le danger du réel - contraintes et contingences -, au sein d’une offre pourtant pléthorique (offre - et non demande -, qui n’en a jamais assez), fruit d’une injonction mercantile a-morale et irresponsable.

Et si, au cinéma, et pour un James Cameron qui n’a pas droit à l’erreur ni à l’échec commercial (film au budget de 300 millions de dollars), le meilleur sujet qui soit était le spectateur ?!

Avec ce cinéma-là, n’est-ce pas bien plutôt le spectateur qui fait le film ?

Car, en aucun cas, ce film ne peut sérieusement prétendre hisser le cinéma à un niveau supérieur à quoi que ce soit qui ne nous ait pas déjà été proposé depuis 20 ans par le cinéma... qu’il soit de synthèse, d’animation, ou bien... cinéma tout court.

Un cinéma éculé (scénarii, musique, dialogues, sons - et la 3D ne sauvera rien en ce qui concerne Avatar) tant dans la forme que dans le fond, cinéma creux, démonstratif et pédant (de ridicule ?), aux "thèses" le plus souvent infantiles, manichéennes et démagogiques, auprès d’une génération qui souffre de l’absence de transmission d’un héritage (3) destiné à vous guider dans un monde, certes, pour le meilleur et pour le pire, qui côtoie le génie, la bassesse, le talent, l’héroïsme, les contraintes, et une liberté toujours à re-conquérir, mais un monde dans lequel il est pourtant encore permis d’espérer quelque chose pour soi et les autres, et sans James Cameron et ses millions.

3 - Et ce depuis le refus de la responsabilité qui incombe à chacun de nous, adultes que nous sommes, d’assumer le monde tel qu’il est - responsabilité sans laquelle l’éducation et la transmission des savoirs sont impossibles.

Décidément...

On ne pourra pas s’empêcher de garder à l’esprit le fait suivant : privé de poésie, d’espace, de silence et d’air, le cinéma fantasy (cinéma du merveilleux - se reporter à l’œuvre cinématographique de Cocteau), écolo-humaniste ou pas, ne peut être qu’une épaisse, qu’une grosse et grande et lourde tarte à la crème indigeste.

Alors…

Avatar ? Vous avez dit avatar ?

On pensera à un pis aller ; et au pluriel, à un synonyme de mésaventures ou de malheurs… cinématographiques pour l’occasion.


 
 
 
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