Histoire-Politique, la lâche adaptation humaine aux forces du mal.

L’Histoire est, entre autres définitions, ce qui est censé incarner le champ de l’idéal collectif. Et l’idéal, s’il se situe en deçà de l’utopie, constitue néanmoins, ce qui porte l’homme collectif, la société, hors de la grisaille de l’immédiat et des contingences du quotidien, en propulsant les collectivités humaines vers une certaine forme d’accomplissement. D’où l’absence d’idéal enfante la déchéance sociale. Sans être eschatologique, l’Histoire est le tremplin téléologique de l’humanité, l’archer géo-temporel par où l’espèce se transforme en flèche lancée vers ses possibles, mais qui, malheureusement, si souvent oublie et rate ses points de mire, les valeurs spirituelles et morales de son entéléchie.

Qui ne s’adapte est condamné à disparaître, c’est un truisme constaté et admis à l’unisson. Pourtant, l’adaptation, telle une médaille comporte le revers qu’en aucun cas ne doive nous faire oublier l’avers. L’adaptation est une adhésion à la vie mais aussi une conciliation si consensuelle qu’elle peut devenir un échouage dans le « suicide » inconscient par le renoncement des hommes à la liberté et la dignité dans le contexte sociétal.

Pour l’homme, l’adaptation multiple aux évolutions socio-historiques, après celle phylétique de son être biologique à la nature, aura été d’un côté ce qu’est toute adaptation de vivant pour demeurer, mais aussi malencontreusement, un instinct de soumission aux modes d’existence sociale qui le porte à quasiment tout accepter par réflexe de fonctionnalité. Impulsion et attraction, l’idéal est le moteur de l’Histoire et la clé de la motilité des sociétés humaines supposées évoluant en s’humanisant et en s’améliorant sans cesse. Pourtant cette poussée vers le meilleur est constamment harponnée par la platitude de l’immédiat et de la quotidienneté à expédier et traverser. Ni projet divin ainsi que la voit une certaine théologie, ni évolution morphologique de l’humanité comme l’entend par exemple Herder, l’Histoire humaine se décante dans la pensée et le comportement des hommes d’influence appuyés selon l’intelligence ou l’instinct de horde de leur société. Et c’est aussi là tout le pari du politique. L’homme politique de proue doit-il exciter les instincts populaires ou au contraire parler à l’intelligence de son peuple ? La réponse est loin d’être aisée. Car nous sommes à d’énormes distances du rêve rationaliste hégélien de la « raison qui gouverne l’histoire » ! Normand O’brown problématisait dans son livre Éros et Thanatos, le point de vue de Hegel en supputant que l’Histoire était plus souvent mue par les passions voire la pulsion de mort que la raison. Nous croyons, quant à nous, que même les passions et sentiments destructeurs de l’Histoire transpirent la rationalité monstrueuse et meurtrière des hommes dans leur folie de règne, de vengeance, leur crise phobique, leur haine, leur délire de pouvoir, leur complexe d’infériorité ou de supériorité et surtout, ce qui est l’impulsion de toute violence, l’enrichissement aux dépens des vaincus ou des soumis.

C’est là que se situe toute la vérité de l’Histoire qui est en fait surtout le dévoilement des laideurs humaines, car l’Histoire n’étant aucunement sui générée, elle n’est ni autopropulsion, ni hypostase vivante, elle est l’émanation de nos horreurs et de nos petites lumières à travers le temps et l’espace. C’est nous qui la faisons par action ou par omission-soumission, par proactivité ou par retrait complice, par avant-gardisme ou par abandon au sort. Les peuples sont tous plus ou moins coupables de l’état de putréfaction du monde. Et les sociétés sont toutes sales de la même saleté de leurs élites qu’elles propulsent au sommet et soutiennent par bas instincts identitaires.

En dehors de la face eschatologique, de la fin divine de ce microcosme qui se pose littéralement sur l’Éternité, c’est-à-dire l’atemporalité et l’anhistoricité, l’histoire nous est donnée par le Créateur qui nous laisse montrer ce que nous sommes et comment nous l’assumons. Voilà pourquoi, je refuse tout surenchérissement des théologiens de l’Histoire qui veulent nous laisser croire à la fatalité. C’est aussi pourquoi je dis que toute adaptation au courant fort d’un moment de l’histoire, est lâcheté et indignité. Car c’est précisément le réflexe d’adaptation pour la survie et la subsistance qui amollit le mental collectif, assujettit le comportement humain en déterminant chez les hommes la reddition sociale aux ogres de l’État et de l’économie par transposition de la nécessité adaptative pour la survie ontogénétique, phylogénétique et tout simplement géographique à la vie en société. Transposition haïssable que les peuples acceptent et font inconsciemment à leurs propres dépens pour la plus grande joie des tyrans.

Que l’Histoire soit faite par et pour le peuple !

Nul peuple n’est tenu de laisser à de soi disant « élites » économiques ou politiques, le soin de faire l’Histoire à sa place. Jusque-là, une infime minorité a fait l’Histoire et écrit son compte rendu affabulé aux majorités, aujourd’hui, que tous les amis de la liberté exigent l’avènement du temps des majorités faisant l’Histoire !

L’une des formes de l’adaptabilité est la venue des systèmes politico-économiques avec leurs lois qui sévissent par les institutions de l’État contre la société. Ainsi le systémique devient systématique de la vie collective pour ceux qui observent les lois scélérates de l’économie et de la morale du droit de propriété sans limite dans la société individualiste à l’extrême. La loi est l’acte final suprême du démiurge ou du conquérant d’un monde, affirmant son autorité sur sa création ou sa conquête. Dans une société où quelques-uns monopolisent toutes les richesses comme une pègre officielle autorisée, la loi constitue la garantie d’extorsion du bien commun détourné par le droit qui consacre et convertit la malversation en privilège légal pour l’engeance maîtresse des structures et qui par elles, contrôle le système social asservissant tous.

L’Histoire des servitudes ne peut s’estomper par le réveil des peuples. La face enfin manifestée d’une humanité dessillée, dégourdie, prenant en main ses possibles de justice sociale et de parts de bonheur terrestres au dédain des mufles dominants des structures d’aujourd’hui.

Ceux qui font l’Histoire aujourd’hui sont les ploutocrates et leurs alliés au qui nous bernent par une démocratie formelle ne changeant rien au fil des élections simiesques et cycliques quant à la détention du pouvoir entre les mains de l’oligarchie de droit divin. Les peuples, eux, pris dans l’ornière du système actuel ne font que subir l’Histoire, seule une révolution permettra aux majorités ignorées, si elles se lèvent de faire l’Histoire en la ravissant aux imposteurs prétendant agir en leur nom.

C’est donc la prise du pouvoir politique et la refondation structurelle du monde selon un système n’ayant d’autres buts que l’humain en lieu et place du système actuel dont l’unique quête est le profit, qui réhabilitera l’humanité des peuples réifiés par la politique des oligarques.

Aujourd’hui, les peuples doivent se fonder un nouvel idéal d’équité et d’établissement d’une véritable société de justice collective en nouvel étant de l’Histoire sur la ruine de la jungle ploutocratique où presque tous sont dévorés par l’avarice d’une immonde minorité.

Faire l’Histoire et cesser de la subir, est une responsabilité civile et civique, une mission citoyenne, un destin temporel des nations et non une dévolution politicienne ni un privilège de parti.

La seule vocation politico-sociale des peuples et des citoyens, est de faire l’Histoire en souverains, ayant renversé les tyrans et conquis pour eux-mêmes les structures, enfin mûrs pour la libération, matures pour la liberté.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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