Pas d’obsèques nationales en vue pour le populisme

Une policière municipale est morte durant une confrontation avec des malfaiteurs armés, le 20 mai 2010. En 2009, 7 autres policiers sont morts dans l’exercice de leur fonction, 3 pompiers en service commandé et 4 militaires, en Afghanistan seulement. Des centaines d’individus courageux sont également décédés dans l’exercice de leur travail, pour produire des services et des biens, malgré les management de la terreur, les salaires minables et les docteurs Folamour qui viennent secouer les malades pour qu’ils continuent, encore.

La mort de cette policière méritait donc des funérailles carrément nationales, et c’est ce qu’il arriva.

Le chef de l’état UMP en personne a délivré l’éloge funèbre, sous les caméras. Après avoir cité la victime à l’Ordre de la Nation et l’avoir nommée, par décret et pour faire bonne mesure, Chevalier de la Légion d’Honneur.

Dans le souci sans doute d’être au plus près de la douleur des françaises et des français, il a également rencontré sa famille avant de certifier, avec sa coutumière manière de se placer au-dessus de la mêlée pour laisser la justice déterminer et les faits et les sanctions, dans le strict et dépassionné respect de la loi, que la police a ce qu’il faut pour pour embastiller « tous les membres de cette bande de lâches assassins, tous."

Encore un grand moment de la France d’après le début de la catastrophe, que toutes les chaînes étrangères ne manqueront d’acquérir à prix d’or.

D’après notre expérience, les funérailles nationales sont dévolues aux victimes d’un malheur frappant le peuple français tout entier, ou à celles et ceux qui ont sauvé au jour le jour un nombre, élevé d’existences, comme le font les pompiers, les médecins, les humanitaires, ou ces héros tués sur un front que nous propose parfois la nature, à moins que ce ne soit l’ennemi. Aujourd’hui ellles sont accordées à un membre d’une police municipale tuée par des gangsters. On ne voit évidemment pas le lien avec la raison nécessaire et nationale qui motive des funérailles de cette envergure.

Mais on saisit mieux le calcul, quand on jette un œil au traitement télé-zitroné, tout en postures affligées-mais-dignes-néanmoins, componctions et quasi-larmes du cureton versées par la bande d’animateur requis et repus. Ce pur moment de mailing hertzien restera, supposons-le, dans les cœurs de la droite extrême de gouvernement et dans les franges partisanes d’une extrême-droite fortement dotée en souvenirs d’extrême-droite.

Ceux-ci étant d’autant plus vifs que ces franges, minuscules mais d’une souplesse vertébrale peu commune, sont bien intégrées dans les réseaux de l’argent et du pouvoir, tout en ayant pignon sur rue dans pas mal de niches à gotha type Saint-Germain en Laye, Nice, ou Bordeaux hors communauté urbaine.

Quand à toucher le français moyen, il y a encore du boulot.

Sauf peut-être avec le pistolet à impulsion de la firme Taser, et autres commerçants si affinités. Un décret a en effet été publié le 27, une semaine, pile, après la mort de la policière. Il autorise les "locaux" de la police, les "cow-boys", comme les appellent leurs collègues nationaux, à le porter. Un gentil joujou qui a causé pas mal de morts et de séquelles de par le monde, au point d’avoir été tout à fait refusé par un grand nombre de personnes, ce qui amena le Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’homme (RAIDH), à poser un recours contre cet engin devant le Conseil d’État en 2009. Recours à la suite duquel l’arme était interdite, jusqu’à aujourd’hui.

Ainsi, des caisses vides, Sarkozy et son Fillon de premier ministre pourront sortir des millions d’euros pour équiper encore mieux les policiers locaux qui le souhaiteront. Et ils le souhaiteront, n’en doutons pas. Ça fera monter la croissance et ils nous sécuriseront parfaitement, comme le font déjà leurs collègues nationaux, les services de sécurités des entreprises type RATP, les auxiliaires de vie publique, les vigiles ponctuels, ainsi que les troupes militaires qui nous protègent dans toutes les grandes gares, les aéroports, etc. Sans oublier les gardiens particuliers qui nous redonnent confiance à l’entrée des musées, des banques et de tous les palais nationaux où la Représentation Nationale s’occupe de notre cas.

Pas le plus petit village ne sera désormais privé de son escorte municipale électrifiée et aimable à longueur de journée. Pas le moindre petit défilé ne pourra bientôt s’effectuer sans la bienveillance des pistolets électriques, tandis que les anges militaires de repérage automatique sillonneront le ciel au-dessus des manifestants.

Le français lambda sera-t-il sensible à ces efforts touchants que l’on fait pour lui assurer de doux rêves et la tranquillité ?...

Il faudrait juste qu’il oublie toutes les difficultés vitales qui le mobilisent, à commencer et en l’occurrence, par la pénible impression qu’il est un gibier pour les flics chargés de tamponner des tonnes d’amendes, avant de devenir un criminel potentiel apte à augmenter encore les 900000 garde-à-vues prononcées en 2009, pour un oui, pour un non.

S’il lui reste un zeste d’adhésion au grand spectacle télévisé, il pourra toujours penser à la faillite spectaculaire et totale de Sarkozy sur les fronts « pouvoir d’achat » et « emploi ». Les patrons, particulièrement les plus riches, s’en donnent plus que jamais à cœur joie pour jeter les kleenex dans des poubelles débordantes, délocaliser à Pétaouchnokpayépinuts et se goinfrer, à l’aise, de retraites dorées et de parachutes aristocratiques, tandis que la racaille financière est en train, ni plus ni moins, d’appuyer le pistolet "récession" sur les tempes de tout un peuple pour des décennies.

Un peuple dont la consommation s’effondre, incapable de suivre les appétits des patrons d’hypers qui boostent sans cesse les prix, particulièrement ceux de l’alimentaire et des produits de consommation courante.

Le même qui discourt pour des obsèques aujourd’hui, nous avait hier promis tout un randam sur les marges, et je vais-te-les-casser-moi-les-patrons-d’hyper.

Ah que rien n’est cassé, ah qu’il a rien vu le français moyen. Ah qu’il en a assez de porter des cornes de plus en plus longues et d’être battu de plus en plus fort dans sa propre maison.

Ah que pour la larme des démagogues, c’est fini, la télé elle est cassée.


 
 
 
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2 commentaires
  • Pas d’obsèques nationales en vue pour le populisme 29 mai 2010 00:09, par Libre plume

    La façon dont cette arme a été ramenée sur le devant de la scène relève en effet de la pure manipulation. On tue un représentant des forces ? allez, on répond "avec une sévérité exemplaire" à ce qu’il dit notre président.
    Une escalade dans les mots et les réponses qui est nulle et dangereuse !
    Réponses à la p’tite semaine si je puis dire ....
    Ca en deviendrait presque comique cette façon qu’ont les ministres et le président d’être systématiquement là, sur place, à crever l’écran en réponse à toute forme de violence. Peut-être qu’ils pensent être près du peuple ... Raté !
    S’ils pouvaient être aussi efficaces pour un peu plus de partages des richesses...

    Manipulation de l’image, cynisme ambiant où tout est prétexte à jouer avec le coeur des français. Manipulation honteuse...
    La TV ? zigouillée ! ... Comme ça, je n’ai pas à supporter ces "grands messes" de déballages simili psycho... cellule médico machin-chose...

    Et n’empêche, c’est trop c.... de mourir comme ça, aussi jeune, et aussi parce que des officiers n’ont pas réalisé que les agents municipaux portent un uniforme trop proche de celui des policiers, mais qu’ils peuvent se faire tirer comme des lapins par des tarés violents car ils ne sont pas armés.

    Vous avez raison, toute cette démagogie, ce populisme... c’est intolérable... vraiment.
    Analyse qui touche juste.

  • Le même type de manipulation est en train d’être élaboré pour imposer le nouveau garrot social à venir.
    L’alibi d’une crise crée par les politiques complices des banques sert à l’installation d’une rigueur accrue, qui commence par un sabotage de nos retraites. La propaganda télévisuelle des serviles du service public, comme des machines à décérébrer privées, n’y contribue pas peu.

 
 
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