Essentialisme idéologique et discriminations…

La voie la plus sûre du pouvoir des tyrans est de s’essentialiser afin de se placer hors de portée de la rationalité selon le principe d’une onction de supériorité par essence de leur catégorie. Ainsi, ils interdisent l’intellection des mécanismes structurels de leurs privilèges indécents par leurs asservis qu’ils mystifient. Car l’homme ne domine ni ne réifie l’homme, que par la violence et l’essentialisation des contingences existentielles.

Malgré toutes les logomachies ayant lieu sur le concept d’essence qui détermine la nature de chaque catégorie d’êtres en ce que ceux-ci ont d’immuable comme présence au monde et comme identité en tant qu’êtres, nul ennemi de l’essentialisme n’a pu démontrer objectivement que les êtres sont sans nature. Et l’étude approfondie scientifique ou philosophique du monde est précisément l’interrogation des essences qui différencient par les natures qu’elles déterminent, les catégories, les espèces et des différents règnes connus et étudiés. En ce qui concerne l’être humain, hormis deux essentialismes épistémiques, biologique et métaphysique, il en est un troisième de particulièrement pernicieux et mensonger, c’est l’essentialisme idéologique. C’est donc à cet essentialisme idéologique que nous consacrons la suite de cette réflexion.

L’assimilation ou l’essentialisme rusé des tyrans.

L’Essentialisme idéologique, est une vision faussement théologique de ce qui est simplement sociétal et instigué par des hommes ayant le pouvoir. C’est une définition arbitraire des « essences » humaines différentes selon le conditionnement systémique des individus.

Pour un idéologue essentialiste, c’est à dire : un sociocentriste, un ethnocentriste « un raciste », un aristocrate, un âgiste, un sexiste, un nationaliste, l’homme se définit par la contingence de son appartenance nationale, sociale, « raciale », génétique… Et dans leur contexte de préjugés, la vision discriminatoire d’autrui prend toujours des allures de conjectures dénigreuses, d’accusation et de criminalisation. L’autre, cet étranger répugnant, est toujours un bon à rien, à moins d’être voué à la soumission, l’assimilation, l’asservissement, la disparition. Et l’altérité est un péché originel que l’autre doit porter à vie, de génération en génération. Il va alors de soi, dans une telle perspective, que le fait d’être humilié, marginalisé et maltraité par le dominant naturel, relève du tort de la victime, coupable d’être naturellement indigne, existant seulement pour se soumettre à ses maîtres par essence. Dans un système aussi bien planifié pour la réification, la victime devrait être heureuse de subir les méfaits de son supérieur naturel qui, en le frappant, lui fait au moins la grâce de l’éduquer pour l’ordre du bien. Et aujourd’hui avec les ordures de la lumpen philosophie comme Sloterdijk, cet intello bouffon des prédateurs de l’économie, ce plaisantin de l’ineptie, cet infra-nazi fumiste qui n’ose dire son nom, on en est arrivé à croire que ce sont « les pauvres qui exploitent les riches » que l’État surtaxe à cause d’eux ! Ah vraiment ! Misérable temps, pire que celui des années 1930 où Hitler, le monstre à bien des égards qu’on connaît, cherchait au moins le bien-être matériel du peuple en lui dédiant la Volks Wagen dont il commandait la création à Porsche. Il est de ces saletés verbales et verbeuses surmédiatisées et bien dorées qui se parent d’intellectualité et de mots pompeux sous la plume des voyous du savoir, les lumpen-philosophes et haillons-intellectuels d’aujourd’hui pour snober les imbéciles et continuer à écraser les faibles en faisant mine de théoriser l’infamie. L’abomination se vêt de lumière malgré leur halitose discursive par la gueule des spécialistes et doctes qui intellectualisent…

L’assimilation par les idées, est la stratégie rusée des maîtres des structures qui, sous prétexte d’intégration factice, place des représentants-symboles des catégories sociales exclues, afin de mieux maintenir ces catégories en sous-hommes et « ressortissants » de seconde zone dans leur société. Pour un essentialiste, l’ordre social est immuable parce que les dominants de la société constituent une essence appartenant à une espèce supérieure et les dominés à l’abîme des sous-hommes. Minable, misérable et tellement méphitique, cette weltanschauung où une clique de salauds s’autoproclame supérieurs par le mensonge existentiel, le crime, le vol autorisé, l’exploitation, l’invasion et l’usage de la force. C’est donc naturel que la société d’aujourd’hui fondée sur la superstition de l’essentialisme idéologique et l’illusion de sa naturalité, son immuabilité, se prête constamment à toutes sortes d’ajustements du système pour ne pas distordre l’ordre sacré du « monde ». Le linceul de la démocratie couvre donc les peuples par un essentialisme qu’ils permettent et pratiquent sans s’en rendre compte ! La camarde de toute liberté sied bien à cette ineptie d’un système de société de droit divin où la mobilité sociale de l’individu est préétablie, inscrite dans les codes et le plan de l’institution sociale, selon le vœu de ses maîtres. Et dire que tant de luttes furent engagées pour déraciner l’imposture historique de la monarchie de droit divin !

Désessentialiser les totems de la classe économique, désubstantialiser le statut social et rendre la condition à sa banalité en-deçà des manigances idéologiques facilement repérables dans l’histoire de chaque grande fortune, est sans nul doute l’une des premières démarches libératrices à entreprendre. Car c’est à des moments historiques favorables que les chefs des structures ont émergé et pris le dessus sur tous. Le plus souvent par des voies assez peu morales que d’autres individus et familles plus intelligents mais plus scrupuleux, plus moraux n’ont point voulu emprunter. De même l’essentialisation de la nationalité et de la patrie avec en filigrane les turpitudes agressives de l’identité que l’on agite bruyamment aujourd’hui contre l’immigration. Pour certains, comme ce brillant locuteur québécois « pure laine » au débat « des accommodements raisonnables » au Québec, qui disait candidement dans son petit ethnocentrisme souriant et ingénu, « moi, j’aime l’immigrant qui courtise les gens de son pays d’accueil », l’immigrant, l’étranger devrait se faire flatteur et petit jusqu’à la courtisanerie ! Sauf que ce royalisme anachronique - en mal de lécheurs de semelles précarisés, tolérés par faveur quoique indésirés - qui exige que l’immigrant soit un courtisan, c’est-à-dire un flagorneur à genoux devant le trône du citoyen généralement d’ethnie supérieure et propriétaire du pays, tient de la toxicité d’une mentalité odieusement raciste et fondée dans le mensonge et l’ignorance-évacuation de l’histoire. Car le colon, généralement roturier européen, lorsqu’il envahissait le pays des amérindiens, ne s’est pas agenouillé pour courtiser. Au contraire, il a volé, tué, esclavagisé et imposé ses lois dans ce qu’il considérait sa conquête vu la supériorité de sa « race ». Il est temps que l’imbécillité succombe et que les cons de l’arrogance raciste cessent de nous prendre pour leurs esclaves modernes. Eux qui trouvent arrogants que l’autre ne se prosterne guère pour les adorer en idoles ! Car en occident, quand on n’est pas blanc, ne pas se prostituer, ne pas se transformer en essuie-pieds, ne pas se faire absorbable et assimilable est de l’arrogance ! Et ceux que l’on coopte en leur donnant une place en vue, servent malgré eux de symboles-alibis à la thèse de non racisme et d’intégration des minorités non blanches non occidentales. Oser affirmer ses talents et exiger d’avoir sa place selon des compromis dignes sans flagornerie, sans acquiescer l’avanie ni l’avilissement ou l’abnégation de soi, semble une offense à l’égo hypertrophié de certains seigneurs qui dirigent et feignent d’accepter autrui. Tandis que l’occidental, supérieur par essence, va partout faire la leçon et imposer ses plus désastreuses politiques au monde, quiconque vient chez lui, doit être prêt à baiser le cul de son chien. Et il sait comment foutre mesquinement à la fourrière, par ses puissantes structures d’oppression invisible, l’importun de race inférieure qui n’obtempère point à son ordre de « caucasien » supérieur, élu pour dominer.

Pour ne pas pleurer sur l’Himalaya des bêtises humaines, je dois dire que je m’esclaffe devant tous les balourds qui considèrent que c’est une grâce d’être phagocyté par les supérieurs naturels et vendent leur âme à ce système raciste, obscurantiste et ostraciste qu’entretient la catégorie d’ethnies occidentales dite blanches, qui doit pourtant tout aux autres peuples et ethnies victimes de leur exploitation et de leurs pires crimes contre l’humanité tout au long de l’histoire de colonisation et d’esclavagisation, mais aussi du présent d’impérialisme et de paupérisation continue. Tandis que certains parlent de « haine de l’occident », je dis ici, que c’est l’occident qui est sauvagement haineux de tous. C’est l’occident qui impose les politiques économiques de la destruction depuis plus de cinq cents ans au reste du monde, à partir de la plus sinistre des aventures criminelles célébrées encore aujourd’hui sous le nom de découverte de l’Amérique, appellation d’ailleurs arrogante du conquérant vu que la terre dite Amérique était peuplée et donc découverte et habitée par ses vrais explorateurs. Mais c’est le fait de tout criminel conquérant de renommer et de nier l’autre qu’il asservit et réifie pour le posséder. Et si je parle des Amériques, c’est parce qu’elle fut comme symptomatique du désir de règne de l’occident, mais ce fut pareil avec l’Afrique, une partie de l’Asie et un peu partout au monde… Fanon n’avait pas totalement tort de dire que lorsqu’un occidental débarque parmi des non blancs, "c’est ou bien on le tue, ou bien, il devient dieu". Alors avec tous les contresens que l’occident impose par manière de morale politique planétaire, je dis que nul n’est tenu de se soumettre au système établi par des criminels arrogants qui chient sur autrui et s’érigent en dieux-démons dévorant tous. C’est au monstre de se curer de sa monstruosité, d’envoyer un nouveau message humain et à hauteur d’homme au reste du monde, tout en réparant, avec enfin un respect de soi et d’autrui, ce qui est réparable - (car hélas tant d’horreurs occidentales, tels les innombrables génocides, la somme des générations sacrifiées, la dépossession de soi des colonisés par l’esclavage sont irréparables).

Pour un monde sans essentialisme idéologique…

En pointant l’occident, je tiens à affirmer clairement que je n’absolve point les racistes de savane ou de corridor comme les coloristes, les mulatristes et noiristes, les tribalistes, le sociocentrisme ou nationalisme quels qu’ils soient de n’importe quel pays… ; j’ai néanmoins choisi les pires, ceux qui font à l’échelle planétaire et industrielle et fignolent en ordre du monde, ce qui se fait insidieusement, à l’échelle « artisanale » dans des contrées diverses par de multiples ethnies, tout en leur inspirant le savoir-faire dans le mal.

La cible de la sagesse nouvelle est haute, toutefois, si les hommes de bonne volonté de toutes ethnies et sociétés coupables de nombre de malheurs humains, manifestent enfin une valeur humaine à autrui, sans besoin de se vautrer dans ¸les complexes de haine et de dominateurs émanant de leurs propres drames d’estime de soi d’un égo trop mesquin et trop étroit pour apprécier autrui, la paix et l’amitié pourront cesser d’être une gouaille sans conséquence que se paient de vils menteurs.

Si l’humanité a encore un sens, la part des hommes, que Dieu ne comblera - vu les facultés humaines déjà reçues du Créateur - c’est de dépasser les bas-fonds crasses de la haine complaisante des fausses acceptations racistes, xénophobes, assimilatrices, hypocritement humiliantes sans en avoir l’air, pour rendre notre monde, si bestialement, si inhumainement dirigé en jungle primitive, un espace enfin pleinement devenu terre des hommes, humain et vivable.

De la plus élémentaire et juste des morales, je dis que les hommes n’étant guère égaux dans les contingences génétiques et par leur développement et assumation personnels, il faut à chacun et au système social d’être juste avec chacun et chaque catégorie selon sa réalité et son contexte existentiel.

Parvenir à une harmonisation sociale et interétatique de l’humanité commune vu le passé-présent d’injustices des classes dominantes contre les classes dominées ; du Nord contre le Sud, doit être la voie du bannissement des torts causés au monde entier par les prédateurs de l’économie, les ploutocrates, les colonialistes et néocolonialistes qui ne cessent d’infliger leur criminelle politique de destruction à l’humanité.

Pour conclure provisoirement ce bref propos sur l’essentialisme idéologique, j’abhorre le non sens excentrique de ceux qui disent qu’il n’y a pas de nature humaine. Car l’absence de nature humaine, si elle s’avérait vraie, interdit toute morale et toute interdiction. Si la nature humaine n’existe pas tout est permis et la force et l’injustice ont donc tous les droits. C’est l’acceptation et la reconnaissance de la nature spirituelle considérée de dignité et de moralité que procède l’exigence du respect les uns des autres.

Je dis que l’un des devoirs fondamentaux de tout homme, est de combattre pour la dignité globale et l’élévation solidaire de la nature humaine où qu’elle soit, quelles que soient les conjonctures et conditions de sa présence au monde.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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