Un grand silence syndical entre les tombes

La prochaine révolution syndicale sera sans doute la création d’un bureau élyséen des luttes. Il faudra donc téléphoner à Sarkozy de Nagy-Bocsa pour connaître les dates de mobilisation, avant de rappeler (0, 34 cts/min) un numéro dédié, pour recevoir le texte des chants à entonner ou des slogans à clamer tous ensemble.

Dans une crise hallucinante où tous les garde-fous sociaux éclatent , où basculent dans la misère de millions de personnes – la certitude glacée en étant fournie par les chiffres de surendettement et de non-paiement de loyers -, où se multiplient les délocalisations, où le terrorisme financier est en train de détruire les Etats et où la xénophobie institutionnalisée chasse des salariés surexploités pour défauts de papiers et couleur de peau "coloniale", la réponse à la hauteur de ce grand basculement dans le néant n’est pas formulée et encore moins articulée avec force.

Il est pourtant une force qui pourrait se mettre en branle. LA force principale de ce pays : ses salariés, ses chômeurs, ses citoyens dont la vie est conditionnée par l’évolution du travail et les misérables inflexions que lui donnent les politiques. Cette force dispose d’un arc d’une puissance incroyable, bandé au sommet de sa colère, aujourd’hui. Il peut tout balayer, et contraindre les responsables de cette décomposition dramatique de notre société, de nos vie, à trembler, à céder, à fuir un combat qu’ils ne peuvent gagner.

Cette force s’appelle syndicat avec à leur tête les Confédérations. Par leur intrinsèques et leur capacités d’entrainement, d’agrégation, de moblilisation qui s’étent à tout le prix très vite, on l’a vu en Janvier et Mars 2009, les syndicats peuvent balayer n’importe qu’elle réforme. A condition qu’ils s’en donnent les moyens, notamment à leur tête.

Les leaders syndicaux délivrent aujourd’hui des propos de retraités et posent leur dentiers dans l’eau à défaut de mordre l’ennemi... Ils annonent d’une petite voix une stratégie allant d’échec en échec, pour répéter des gammes et aussitôt les interrompre, de peur que les musiciens ne s’enflamment. La mobilisation est en baisse constante depuis début 2009 et ses deux grandes manifs et grèves qui nous propulsèrent tous ensemble dans les rues de France.

La combativité des Thibault, Mailly et Chérèque est proche du niveau de la mer. On ne change pas une stratégie qui s’effondre, n’est-ce pas ?...On ne change pas une stratégie qui s’effondre quand on veut à toutes forces perdre le combat, perdre tous nos acquis, tout ce qui fait notre pays, notre identité.

Parce qu’on prétend gagner par la négociation, gagner en sortant souriant pour les caméras, après une heure et demi d’entretien personnel avec Sarkozy de Nagy-Bocsa. On prétendrait nous enfumer que l’on ne ferait pas mieux.

N’importe qui peut constater que sur tous les fronts la défaite règne. Il n’est pas un seul combat d’envergure, structurel, que les salariés aient gagné depuis dix ans, hormis le CPE. Il ne concernait que les futurs salariés. Il n’a été gagné que par la base. Les confédérations syndicales sont arrivées trois semaines après le début de la résistance à Vilepin, pour voler au secours de la victoire.

A moins de me tromper depuis des dizaines d’années et d’avoir payé une carte pour faire joli, je crois encore que Thibault, Mailly et Chérèque, depuis leur premier mandat de responsables locaux, ont pour mission de coordonner, populariser, amplifier les revendications, les occupations, les grèves, les pétitions, bref toutes les formes de luttes réelles d’un salarié pour être respecté, rémunéré et employé d’une manière qu’il peut considérer comme optimale pour lui, et en croissance continue. Ca s’appelle en clair, travailler à la « transformation sociale ».

On se bat, on essaye de gagner. On négocie pour finir, quand l’ennemi a cédé, ou est prêt à lâcher pour qu’on arrête de lui cogner dessus. C’est ce qu’on fait les Conti, et ils ont gagné leur combat. C’est ce que font beaucoup de salariés dans tous le pays. I

Ils perdent souvent, mais parfois ils gagnent. Ils auraient beaucoup plus d’impacts s’ils avaient des leaders qui venaient au contact, qui tapaient sur la table et ne se tenaient pas en permanence au pied de Sarkozy de Nagy-Bocsa, prêts à subir ses négociations où les salariés perdent systématiquement, se font démobiliser et humilier.

Faut-il le rappeler, un Le Duigou, membre de ce groupuscule patronal anti-social nommé le Siècle, fera beaucoup plus de mal au syndicalisme que les bienfaits absolument hypothétiques de son "expertise" de syndicaliste de luxe contre le Pouvoir, tout contre.

Aujourd’hui plus qu’hier, il y a en France, en Europe, dans le monde une lutte mortelle, sans merci, qui oppose deux grandes classes sociales incompatibles et irréductiblement vouées à se combattre, les prolétaires et les capitalistes. Ce, malgré le tabou posé par l’ultra-droite sur tout ce qui n’est pas sa propagande sur la réalité sociale, depuis les bancs de la maternelle jusques dans les rangs du CNRS. Confrontation confirmée par un des plus grands vautours capitalistes de la planète, US naturellement, Warren Buffet : "Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de gagner".

La réalité est toujours aussi cruelle. Elle meurtrit et fait disparaître avant l’heure plus de 400 suicidés du travail par an. Sans parler des retraités qui arrivent brisés et malades du boulot à 60 ans, pour mourir quelques années plus tard, dans la culpabilité de recevoir une obole mensuelle, après s’être fait exploiter toute leur vie par ceux qui partiront avec des millions d’euros, eux , pour une très longue retraite. Elle prive les handicapés d’un minimum vital, elle laisse pourrir 100000 SDF dans la rue. Elle brise systématiquement l’ascenseur social pour les ouvriers, et bien plus pour les ouvriers syndicalistes.

Cette réalité elle a nom et un mode de fonctionnement documenté par un certain Marx, il y a plus d’un siècle. Je ne crois pas que la Confédération Europénne des Syndicats pèse grand-chose face à cette putain de réalité, M. Thibault, Chérèque et Mailly ! E je ne crois qu’une armée de portable nous donnera une seule victoire importante sur elle, pas plus demain qu’hier.

En fait de combats, de coups de gueules, d’inspirations et d’allant, tout ce qu’on vous voit réussir depuis des années c’est un strapontin pour acter les défaites, et le droit de venir vous humiler dans les médias du Pouvoir, pour vous féliciter de nous enfoncer un peu plus chaque jour. Le compte n’y est pas, mais pas du tout. Ca suffit !

Comment se fait-il qu’on compte 5 hauts responsables exposés dans les pages dorées à l’or fin du Who’s who, de la CGT, de FO qui en compte 13, de la CFDT qui en compte 3. Vous pensez peu-être que rentrer dans le gotha de ceux qui écrasent les prolétaires et font signer des papiers interdisant aux salariés de suicider dans les firmes d’esclavage contemporain, constitue la cerise sur le gateau d’une carrière enviable ?! Pas moi.

Au chapitre "retraite" pour parler de ce qui va nous occuper le 24, vous auriez pourtant de quoi remporter des victoires, si vous parliez d’une seule et forte voix.

N’importe quel imbécile, avec ou sans écharpe tricolore ou syndicale, verrait qu’il n’est d’aucune utilité de vouloir abolir une barrière alors qu’il n’y a personne pour la franchir. Toutes les personnes en âge de prendre la retraite à 60 ans ont été depuis longtemps éjectées du système par les disciples du groupuscule anti-social nommé Medef.

Deuxième évidence pour les sourds et malentendants, il y a en France, d’après le Syndicat National Unifié des Impôts, 40 milliards d’euros par an de fraude fiscale. Le système retraite, si l’on consent à accepter le mode de raisonnement truqué et les chiffre sans doute bidonnés de l’état UMP, aura besoin de 24,8 milliards d’euros en 2020, et 68,8 milliards en 2050. Avec une application réelle de la loi – recherche, saisie et sanction des fraudeurs en France et à l’étranger via Interpol -, on sauve les retraites de tout le monde ad vitam aeternam. L’Etat disposerait même d’excédents, par exemple pour créer des logements pour les SDF.

Et pourtant, on n’est pas encore vraiment parti pour un beau dimanche à la campagne.

Les banques vont enfoncer l’accélérateur, pourquoi se gêneraient-elles ? Elles ont l’impunité, la bénédiction des gouvernants en France et en UE. Ces éternels inquiets tiennent à faire de l’argent, quand ils en ont fini avec la politique. Clinton, ce président de gauche, a gagné plus d’argent en conférences durant l’année qui a suivi la fin de son mandat que dans toute sa vie de politique.

Des centaines de milliers de gens rejoignent le chomâge, on se bat dans tous les corps de métiers ; le niveau de vie plonge, la France passe de la stagnation à la récession par le fait d’une politique de classe impitoyable et arrogante, continue depuis 2007 et accélérée encore aujourd’hui, en dépit des dégats, en dépit du bon sens.

Emmanuel Todd va plus loin et, dans un interview récent, promet « [pour l’] Europe, un effet de dislocation selon le degré de résistance des pays et de leur économie. ». L’euro va exploser en vol et les dirigeants de l’UE ne semblent pas le moins du monde se préoccuper des salariés jetés dans la misère par leur politiique de domestiques des banques.

Barroso vient de confesser que le système implose et qu’il a peur des insurrections de la rue. Barroso a peur que les gens demandent des comptes et veuillent vivre. Mentalité néo-fascisante partagée, n’en doutons pas, par l’ensemble des "élites" européennes.

Face à une telle accumulation de mensonges, de déni, de provocations et d’avenirs empêchés, que voit-on ?

Trois petits comptables de l’événementiel syndicaliste. Nos amis Thibault, Mailly, Chérèque à l’issue du pitoyable 1er Mai, comme du résigné et fractionné 27 mai, demeurent dans la même ornière. De vrais petits Domenech. Une année d’échec croissant dans la mobilisation, à la suite d’années d’échecs renouvelés, avec la stratégie de négociation, d’accommodement, de reculade permanente.

Mieux, on ne les voit plus, on ne les entend plus, ou presque, depuis quelques mois. Ils sont absents, carrément hors des écrans. On les capte à peine au détour d’un JT, concentrés sur leurs concertations, indiscernables de tous les mercenaires élyséens et les membres du gouvernement Fillon.

L’armée des trois singes de la « sagesse » nous programme une prochaine étape, le 24 juin. Assisterons-nous à un nouveau temps fort dans la dégringolade ? C’est très possible. Le découragement est palpable, chez les manifestants, les militants et même des responsables syndicaux qui ose briser les tabous, s’exprimer de plus en plus fort pour critiquer les choix toujours recommancés de la défaite.

Le 24 ? Une étape de la collobaration de classe, ou un pique-nique, au mieux ? Voilà ce qu’il pourrait se passer si on ne durcit pas l’action et si on ne la prolonge pas. C’est que le pays est juste dos au mur, vous savez, Messieurs les Secrétaires Généraux de Confédérations ?...

Il faut en finir avec la spirale de l’échec. Vous devez enfoncer l’accélérateur et montrer que vous êtes toujours du bon côté de la barrière. Déjà.

Thibault, ne nous fait pas le sale coup que tu as fait au cheminots, n’appelle pas le résident de l’Elysée juste après le départ des manifestations.

Chérèque, ton cas est déjà entendu, mais dis-toi qu’il y a beaucoup de personnes à la CFDT qui savent maintenant que tu t’apprètes à demander des miettes pour accompagner les réformes. Depuis le PARE et les camarades syndicaux que tu viens d’envoyer au tribunal comme un vulgaire patron, plus grand-monde n’ignore que ton syndicalisme a un esprit serviteur. L’hémmoragie en cas d’échec grâce à tes manigances pourrait être payée très cher par ton organisation et ton image déjà grandement souillée.

Mailly, on ne peut pas retenir les syndiqués en allant faire le béni-oui-oui sur Direct8 ou autres trash-télés, ni en choisissant de manquer systématiquement au rassemblement, condition sine qua non de victoire. Ca n’est plus supportable, ça s’appelle de la division et ça profite au camp d’en face.

Une victoire réelle, une sauvegarde contre l’extrême-droite au pouvoir, pour nos retraites, pour que la peur change de camp et tremble la canaille, suppose trois conditions, que vous connaissez mieux que moi.

Une manif U-NI-TAIRE. Il n’est pas pensable de gagner, de casser les forces en face sans être tous ensemble. Et tous ensemble, nous serons une marée qui les noira.

Une grève RE-CON-DUC-TIBLE. Devant l’ampleur des problèmes, les menaces qu’on nous fait, le déni et la collusions des intérêts politico-médiatico-patronaux, il faut une bataille au niveau des armes ennemies. Il faut casser l’arrogance et pulvériser la propagande médiatique par une manif au taquet le 24, dont Thibault, Mailly et Chérèque vous devez impérativement amplifier la dynamique en annonçant une autre manif le 1er septembre, puisque vos têtes et vos bras ont tremblé et vous on fait programmer des actions en veille de vacances, c’est-à-dire en dépit du bon sens.

Et naturellement vous devez proclamer que nous allons vers LA GREVE GENERALE. Nous mettrons toutes nos forces pour gagner au lieu de s’attacher les bras pour combattre, nous renouerons avec la radicalité, nous nous relierons à la grande victoire de 95 qui avait assommé Juppé.

Nous ne cédions et nous ne cèderons plus.

Non à la démolition de nos retraites, car c’est bien de celà qu’il s’agit, tandis que vous coupez les cheveux en quatre avec les enfumeurs télévangélistest libéraux. Cette réforme est une étape pour la suppression pure et simple des retraites par répartition. Vingt ans d’efforts, de mensonges et d’obstination contre la retraite par répartition, on ne peut pas en toute logique considérer qu’ils visent à diminuer les retraites. Non, ils veulent les supprimer, nous aligner le régime qu’ils adorent, ces Américains à passeport français.

Ils faut réagier au niveau qu’ils nous infligent, d’abord dans notre contre-revendications. Pas de report de l’âge légal, pas touche aux cotisations. Ceux qui doivent payer la note, et toute la note - s’il faut payer pour un désastre monté sans doute de toutes pièces, si on suit les explications de Jean-Marie Harribey, par exemple, dans le Monde Diplomatique de ce mois-ci... -, ce sont les hyper-riches du décile supérieur, le patronat du CAC, la spéculation à taxer à mort. Ils ne cèderont rien, on le sait, il faut donc être déterminés. Ca commence par la force résolue et efficace de coordination centrale, les Confédérations.

Je veux voir les représentants du monde du travail cracher dans les micros et taper sur la table de toutes les larves médiatiques qui leur font courber la tête, céder, depuis trop d’années ! Je veux les entendre nous faire véritablement écho. Exiger et menacer. Je veux les voir ra-di-caux et non pas ronds-de-cuir.

Thibault, Mailly, Chérèque, si vous êtes encore des syndicalistes et non pas des chevaux de Troie, si vous n’êtes pas des agents de la défaite, des briseurs d’espoirs, alors montrez que vous avez quelque chose encore de syndicaliste dans le pantalon, nom de Dieu ! Montrez que nous allons nous battre, tous ensemble et paralyser le patronat, l’économie et la politique du patronat, pour nous sauver, nous-mêmes, sans attendre ce salut qui ne viendra jamais d’en haut !

La stratégie des « temps forts » et les paillettes sémantiques diverses sorties de la cervelle de Maryse Dumas et autres briseurs de grands soirs, à la casse !

Il s’agit, au contraire d’être fort dans le temps, de durer pour gagner. Et toi Mailly arrête de nous faire du Bayrou, de casser le mouvement, de diviser les forces en refusant le défilé unitaire, le combat unitaire. Chérèque, n’oublie que tu es en observation, on sait tes tendances à la Notat, on sait que tu aimes les réformes patronales, mais tes salariés sont aussi confrontés aux mêmes coups que les autres, et ton congrès de nota-bles ne fera pas la poids si toute ta base te lâche. Tu pourra pas tenir longtemps avec des reniements grimés en réformisme.

La victoire que tous les salariés, tout le pays attend, ne s’obtiendra pas grace aux opérateurs téléphoniques ou aux télé-conférences avec Soubie et les porte-voix de la Parisotte.

Non, il faut mouiller la chemise, messieurs, changer de cap. Désintoxiquez-vous de la racaille médiatique et politique. Soyez avec nous, enfin, ou partez !


 
 
 
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1 commentaire
  • La bonne orthographe SVP 28 juin 2010 11:21, par Agnès

    Il faudra donc téléphoner à Sarkozy de Nagy-Bocsa

    Vous avez oublié un tréma sur le o ;-))

    Mais c’est étrangement le cas - sur consigne express de l’Elysée ? - de la quasi totalité des médias

    Et encore ceux-ci font-ils l’erreur de nous parler de "Sarkozy", alors qu’ils disent rarment Galouzeau pour Villepin

    Pourquoi ?

    On devrait au moins écrire Sarközy