48 ans après : Sommes-nous réellement indépendants ?

« La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent »
Albert Camus.

5 juillet 1962, Jules Roy en parle élégamment : « Ce fut une fête énorme, tonitruante, formidable, déchirante, d’un autre monde. Des hauts de la ville jusqu’à la mer, les youyous vrillaient le ciel. C’était la nouvelle lune. » 5 juillet 2010. Notre indépendance a atteint l’âge de raison. Mais l’Algérie peine toujours à se redéployer dans un environnement mondial de plus en plus hostile. Est-ce parce qu’elle n’abrite pas en son sein les compétences à même de la faire sortir de l’ornière ? Est-ce qu’elle n’a pas les ressources qui lui permettraient de financer son développement ? Non ! Comment alors expliquer cette panne dans l’action qui fait que nous sommes encore à chercher un projet de société et à vivre au quotidien gaspillant une rente imméritée qui hypothèque lentement mais sûrement l’avenir de nos enfants, leur laissant ce faisant, une terre inculte, ouverte à tout vent où rien de « construit » par l’intelligence de l’homme ne lui donnera une singularité.

Comment et pourquoi la Révolution a embrasé l’Algérie ? Deux faits résument l’état de délabrement physique et psychique de la société algérienne disloquée par 130 ans de racisme. Faut-il évoquer, comme le rapporte le Journal de la Révolution El Moudjahid, ces officiers bourgeois qui se faisaient transporter à dos d’homme par des « portefaix professionnels » à un bal du duc d’Orléans, et portant l’inscription infamante « Arabe soumis » que, par ordre de Bugeaud, des Algériens étaient tenus d’afficher sur leurs vêtements. A bien des égards, vu le combat titanesque de ces pionniers qui ont fait démarrer l’Algérie à l’Indépendance, nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants.

On le sait. Avec un rituel de métronome, chaque année nous réchauffons péniblement une symbolique à laquelle les jeunes qui, sans être éduqués dans le culte de la patrie, ont au fond d’eux-mêmes le « feu sacré ». Dans une contribution remarquable, le journal La Tribune avait donné la parole aux jeunes des différentes régions du pays et leurs aveux sans concession sur ce que c’est le drapeau, l’indépendance qui sont pour nous des leçons de vérité. Ecoutons-les « (...) Les récentes sorties victorieuses de l’équipe nationale de football ont enflammé la jeunesse algérienne et ravivé des espoirs enfouis et réprimés au fin fond de toute une jeunesse désoeuvrée et en mal de repères ». Selon notre interlocuteur, plus d’une dizaine de jeunes harraga, en grande partie de Mostaganem, qui avaient préparé leur traversée depuis des mois, ont rebroussé chemin pour fêter la victoire de l’EN avec leurs frères et amis. « Ils avaient emporté une radio et ont suivi le déroulement du match. Certains avaient peur de rentrer, mais tout le monde avait fini par décider de vivre ces instants magiques dans les rues de la ville. Ils ont défilé toute la nuit jusqu’au petit matin. Ils sont repartis le lendemain. Je ne sais pas s’ils sont arrivés ou pas », notera notre interlocuteur. (1)

En quête d’un projet de société

L’Algérie actuelle fait les choses à moitié avec l’ancienne puissance coloniale. Nous n’avons pas été constants dans notre démarche. Il est important d’une façon ou d’un autre, d’apurer ce contentieux qui dure depuis plus 178 ans. Les traumatismes subis par l’Algérie sont spécifiques et notre errance actuelle, entretenue aussi bien à l’intérieur que de l’autre côté, plonge ses racines dans le cataclysme qui eut lieu un matin de juillet 1830. Un certain général de Bourmont prenait en otage l’Algérie et donnait le « la » à la mise en coupe réglée d’un pays par la décimation de sa population. Mais ce serait une erreur de croire que l’ex-pouvoir colonial reconnaitra sa faute, il faut en tirer les conséquences, toutes les conséquences en ne comptant que sur nous-mêmes, en connaissant nos intérêts, en nous battant en dehors de toute nostalgie. Le monde a changé et les partis actuels seraient utiles en incitant les Algériens à travailler, s’instruire, bref être une nouvelle Révolution, celle de l’intelligence.

A l’Indépendance, nous étions tout feu, tout flamme et nous tirions notre légitimité internationale de l’aura de la glorieuse Révolution de Novembre. La flamme de la Révolution s’est refroidie en rites sans conviction pour donner l’illusion de la continuité. L’Algérie de 2010, qu’est-ce que c’est ? Un pays qui se cherche, qui n’a pas divorcé avec ses démons du régionalisme, du népotisme ? qui peine à se déployer, qui prend du retard, qui vit sur une rente immorale car elle n’est pas celle de l’effort, de la sueur, de la créativité ? C’est tout cela en même temps ! « La lutte pour l’indépendance, disait Aimé Césaire, c’est l’épopée de l’indépendance acquise, c’est la tragédie. » Le pays s’enfonce inexorablement dans une espèce de farniente trompeur tant que le baril couvre notre gabegie-. Après, ce sera le chaos.

Quand on dit que nous avons 800 laboratoires de recherche, qu’avons-nous créé de pérenne ? Est-ce que l’Université est en phase avec le développement ? Le pays s’apprête à dépenser 286 milliards de dollars dans l’installation d’infrastructures, de logements, quelle est la contribution de l’Université ? Non, elle est tenue soigneusement à l’écart ! On fait sans elle ! En 2014, nous serons au même point ! Certes, nous aurons un réseau d’autoroutes, qui nous permettra de gaspiller l’énergie puisqu’elle est gratuite, on peut même l’importer pour des centaines de millions de dollars pour satisfaire les exigences du citoyen.. On construira encore 1 million de logements pour satisfaire la demande sociale d’une population dont la démographie est incontrôlée. Véritable tonneau des Danaïdes qui fera que l’on ne pourra jamais satisfaire une demande débridée. Nous aurons de nouveaux barrages qui nous permettront encore de gaspiller un certain temps car l’eau est gratuite (1 m3 d’eau = 6 DA, 1,5 litre d’eau minérale = 25 DA, c’est-à-dire l’équivalent de 4 m3 d’eau potable !!)

On achètera encore des voitures invendues et invendables en Europe car elles dépassent 130 g de CO2 par km, ici on ne prend pas en compte ce critère l’essentiel est que 3 milliards de dollars de pétrole et de gaz sont dépensés d’une façon irrationnelle. On achètera encore des fours, frigidaires...les plus énergivores car l’électricité est gratuite pour le moment. Jusqu’à quand ? Dans la division du « travail » du pouvoir actuel elle a pour rôle de gardienner pendant un certain temps les jeunes, peu importe ce qu’ils apprennent, il n’y a pas de travail pour l’immense majorité d’entre eux. On nous dit que le taux de réussite au Bac serait autour de 66%. Que représente ce chiffre ? Une élévation réelle du niveau ou un abaissement inexorable des critères universels sanctionnant la fin du cycle secondaire ? C’est assurément la déliquescence de l’acte pédagogique avec, fait nouveau, l’obligation de valider l’année quel que soit le nombre de jours d’enseignement, avec des « artifices » qui n’ont rien de scientifique. C’est aussi un grand malheur que les baccalauréats des filières scientifiques (mathématiques et technique), qui structurent l’intelligence de l’élève, aient pratiquement disparu au profit d’un baccalauréat des lettres hypertrophié et d’un Bac sciences fourre-tout. L’avenir de l’Algérie est largement compromis ; nous ne formons pas en qualité les scientifiques et les technologues de demain. Quant au ministère de la Formation professionnelle, on à peine à comprendre sa logique. Il eut été hautement profitable dans le cadre du premier plan de former des cohortes de jeunes au contact des Chinois et Japonais de l’autoroute, des Chinois des Turcs qui s’occupent du logement, des Français qui s’occupent des barrages...Voire négocier la mise en place de centres de formation professionnelle in situ au lieu de vouloir faire à tout prix les enseignements du supérieur.

J’avais dit dans un article précédent où j’analysais le phénomène du « Mondial » que l’Ecole en Algérie, ne fait plus rêver ! Ce n’est plus un ascenseur social. D’autres niches beaucoup plus juteuses sont explorées. Quand un entraîneur de foot reçoit d’après les publications internationales du Mondial 250.000 euros pour sa participation au Mondial, quand il dit on est payé à un million de DA/mois, Quand des joueurs, pour la plupart vivant en France, reçoivent en une fois l’équivalent de 8 carrières d’un professeur d’université, il ne faut pas s’étonner que les parents d’élèves ne cherchent plus la meilleure école pour leurs enfants, mais le meilleur club pour l’entraînement de ces joueurs en herbe. Non ! l’Algérie ce n’est pas cela ! L’Algérie des Larbi Ben M’hidi, des Didouche Mourad, des Krim Belkacem des Mohamed Boudiaf et de tant d’autres anonymes qui ont donné leur vie pour que nous soyons indépendants, ce n’est pas cela. Cela ne doit pas être cela !

Où est l’Algérie de Benboulaïd ?

Que reste-t-il de ce feu sacré qui animait l’Algérie au sortir de l’Indépendance ? Articuler le social et le national au lieu de les opposer, c’est redonner au peuple un nouveau projet de la force et de la puissance de la Révolution. Peut-être qu’il faille une nouvelle révolution de l’intelligence où chacun se reconnaît, un espace qui fédère tous ceux qui ont des choses à dire et des choses à faire avec l’assentiment du plus grand nombre en ne comptant pas sur la rente, qui a fait de nous des paresseux et qui, à tort ou à raison, cristallise les rancoeurs de tous ces jeunes sans qui il n’y aurait pas d’Algérie. Il faut en définitive faire émerger de nouvelles légitimités basées sur le savoir, bien dans leurs identités, pétries de leur histoire et fascinées par le futur.

Pour Lahouari Addi tout se ramène en définitive à la formation des hommes Ecoutons-le : « Le combat pour une université digne de ce nom, productrice de savoirs, animée par des enseignants-chercheurs respectés, est un combat qui engage l’avenir. Vous luttez pour que les compétences restent au pays, parce que, dans l’ère de la mondialisation, payer un professeur 400 euros par mois, c’est inciter l’élite intellectuelle à quitter le pays. L’enseignant universitaire est devenu, en quelques années, un employé paupérisé, alors qu’ailleurs, aux USA, en Europe, au Japon, il est une autorité sociale. En Algérie, c’est à peine un petit fonctionnaire luttant pour survivre dans une société où il n’est plus un modèle pour les jeunes, dans une société où l’échelle des valeurs a été bouleversée. Si l’Université est dans la léthargie, cela voudrait dire que la société civile n’en est pas une... »(2)

Cela me rappelle une petite histoire. Deux professeurs algériens décident dans les années 80, lors d’une soutenance de thèse à Tlemcen, de visiter l’université d’Oujda distante d’une cinquantaine de km. Après avoir fait longuement la chaîne et traversé le no mans land après la frontière algérienne, ils font la chaîne du côté marocain, pas longtemps. Un policier vérifie rapidement les passeports des Algériens et prend ceux des deux professeurs algériens, il revient quelques minutes plus tard, et conduit les deux professeurs dans le bureau du lieutenant qui les reçoit avec bienveillance et chaleur, les fait asseoir, leur offre le thé et va jusqu’à leur donner ses coordonnées personnelles au cas où ils auraient besoin de lui. L’un des collègues lui posa la question : « Pourquoi ce traitement de faveur ? » Joignant le geste des deux mains sur sa tête, le lieutenant dit « Notre roi nous a dit de mettre nos professeurs au- dessus de nos têtes »...C’est peut-être là une expérience à considérer. Les universitaires marocains travaillent dans un environnement propice à l’ouverture internationale, ils invitent même pour de longs séjours des sommités étrangères.

Ce que nous ne pouvons pas faire chez nous du fait de contraintes de tout ordre.

Que faut-il faire pour que l’Algérie puisse véritablement décoller ? Tout se joue dans le temps qui nous sépare d’une génération. Dans 20 ans, si nous ne faisons rien pour ce pays, il n’existera plus en tant qu’Etat indépendant, il sera définitivement satellisé autour d’un Etat puissant et qu’on se le dise, ce n’est plus le nombre qui fait la force d’une nation mais l’intelligence et le pouvoir scientifique. Ne pouvons-nous pas redonner à ce peuple la fierté autrement que par des démonstrations - comme celles lors de la victoire en football - certes belles mais sans lendemain ? Ces motifs de fierté font appel au travail, à la sueur, à la patience. En un mot, il faut réhabiliter l’effort autrement que par la distribution de la rente par un ministère qui contribue à la cohésion sociale par le ciment des subventions, et autre filet social au lieu de contribuer à la mise en place d’un environnement propice à la création de richesses.

Où en sommes-nous en ce 48e anniversaire ? Il y a un réel problème pour les gouvernants qui, chaque année, s’éloignent un peu plus de la symbolique ô combien unificatrice -si on sait y faire- de l’indépendance. C’est un fait, nous avons des difficultés à être nous-mêmes et à réveiller la flamme du patriotisme que chacun, à des degrés divers, rêve de voir réanimer pour montrer que tout n’est pas perdu, qu’il est possible encore de tracer un destin pour ce pays. Ce peuple n’a pas besoin du m’as-tu-vu pour croire. Il nous faut chaque fois réinventer le sens de l’Indépendance nationale.

Le nouveau langage n’est plus celui des armes mais celui de la technologie du Web2.0, des nanotechnologies, du génome, de la lutte contre le réchauffement climatique et des nouvelles sources d’énergie du futur. Il nous faut aussi une stratégie multidimensionnelle concernant l’avenir dans le domaine de l’énergie, de l’environnement, de la sécurité alimentaire et de l’eau Chacun sait que les infrastructures publiques et les équipements collectifs programmés dans les deux plans quinquennaux n’ont pas eu et n’auront pas d’impact (3).

Notre pays doit retrouver le chemin de la sérénité. Il doit libérer les énergies en réhabilitant les valeurs du travail, de l’effort et du mérite. Il n’y a pas d’autre issue. Imaginons que les 10 millions de jeunes du système éducatif dans son ensemble ont un cap et se mobilisent eux-mêmes autour d’une utopie, celle de la création de richesses. L’Algérie n’aura plus à supplier, elle sera véritablement une nation prospère de sa richesse culturelle scientifique et technologique. Pour cela, seul le parler-vrai permettra à l’Algérie de renouer avec ce nationalisme qui, contrairement à ce que pensent les nihilistes, n’est pas passé de mode, c’est un puissant stimulant et qui peut se décliner avec les outils du XXIe siècle.

Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnique enp.edu.dz


 
P.S.

- 1. Mohamed Ouanezar Oran : Le patriotisme des jeunes réhabilité par les victoires de l’EN - La Tribune 05-07-2009
- 2. Lahouari Addi : La représentation du 1er Novembre 54. http://www.batnainfo.com/?p=539
- 3. Chems Eddine Chitour : L’Expression du 9 juillet 2009

 
 
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3 commentaires
  • 48 ans après : Sommes-nous réellement indépendants ? 12 juillet 2010 01:41, par michelm

    1830

    Démocratie
    Arthur Rimbaud

    "Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le tambour.
    "Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les révoltes logiques.
    "Aux pays poivrés et détrempés ! - au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires.
    "Au revoir ici, n’importe où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce ; ignorants pour la science, roués pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C’est la vraie marche. En avant, route !"

    Le 14 juin 1830, les troupes françaises débarquent près d’Alger en vue d’une petite expédition punitive destinée à restaurer le prestige du gouvernement.
    Dérisoire imbroglio

    La ville et le territoire de l’Algérie actuelle (*) sont alors sous la suzeraineté théorique du sultan d’Istamboul depuis trois siècles sous le nom de « Régence d’Alger ». Dans les faits, l’intérieur du pays est livré à l’abandon, insoumis et réticent à l’islamisation. Le territoire compte environ trois millions d’habitants (contre 36 millions pour la France de la même époque).

    La conquête française, si lourde de conséquences pour la France comme pour l’Algérie, résulte d’un imbroglio dérisoire.

    En 1798, le gouvernement du Directoire achète du blé à laRégence d’Alger pour les besoins de l’expédition du général Bonaparte en Égypte. Le blé est financé par un emprunt de la France auprès de familles juives d’Alger. Celles-ci demandent une garantie du dey qui gouverne la ville.

    En 1827, le dey d’Alger, Hussein, frappe « du manche de son chasse-mouches » le consul de France Deval, un affairiste qui refuse non sans insolence de s’engager sur le remboursement du prêt.

    Le président du ministère français, Villèle, demande réparation au dey pour l’offense faite à son consul mais n’obtient aucun semblant d’excuse.

    On est au début de la Révolution industrielle... Le mot paupérisme, importé d’Angleterre en France en 1822, exprime le sentiment général que l’enrichissement de la bourgeoisie se paye de l’appauvrissement de la classe ouvrière.

    À Lyon, les canuts, dont le nom vient du mot canette, ou bobine, sont des artisans qui tissent la soie à domicile sur leur propre métier à bras. Ils travaillent pour le compte des soyeux (les patrons négociants) qui leur fournissent la matière première et récupèrent le produit fini. Ils sont environ 6000 artisans et emploient 30.000 compagnons.

    Le revenu des uns et des autres, 18 sous environ pour quinze heures de travail par jour, ne permet qu’une vie de misère. Du fait de métiers à tisser beaucoup plus productifs qu’auparavant, comme le métier Jacquard, et en dépit d’une demande soutenue, ce revenu est deux fois moindre que sous le Premier Empire !

    Les canuts font appel au préfet du département, Louis Bouvier-Dumolart, et obtiennent qu’une commission paritaire fixe un tarif minimum. Le préfet fait ensuite afficher dans la ville la déclaration suivante : « Si par exception quelques ouvriers honnêtes ont encore des griefs à faire redresser, les voies légitimes leur sont ouvertes, et ils sont assurés d’y trouver une bienveillante justice ». Mais en recevant les délégués ouvriers, il a enfreint la loi Le Chapelier (1791) qui interdit les associations ouvrières et cela lui vaut d’être désavoué par Paris.
    Patrons réfractaires aux concessions

    Plus gravement, certains soyeux refusent d’appliquer le tarif minimum en prétextant comme de coutume de la concurrence internationale et des contraintes du marché. Les canuts, en colère, se mettent en grève. Le 19 novembre 1831, au cœur de la Croix-Rousse, ils font face à la garde nationale. Des coups de feu claquent. La révolte gronde.

    Deux jours plus tard, les canuts descendent de leur colline, drapeau noir en tête, et occupent le centre de Lyon après quelques combats avec les forces de l’ordre. On compte une centaine de morts. Maîtres de la deuxième ville de France mais ne sachant que faire de leur victoire, les canuts et la garde nationale, qui s’est finalement ralliée à eux, constituent un comité insurrectionnel pour se donner le temps de réfléchir. Ils s’abstiennent soigneusement de tout pillage.

    Voilà le roi Louis-Philippe 1er confronté à sa première révolte sociale à peine plus d’un an après son accession au pouvoir. Le Président du Conseil Casimir Perier, par-dessus tout soucieux d’ordre, envoie 20.000 soldats sous les ordres du maréchal Soult aux portes de Lyon. Ils attendent patiemment que les insurgés se lassent.

    Enfin, le 5 décembre 1831, les troupes peuvent entrer dans la ville sans effusion de sang. La garde nationale est désarmée et dissoute, le tarif minimum abrogé et le préfet, jugé trop conciliant, révoqué. Une dizaine de canuts seulement sont traduits en justice... et bientôt acquittés.

    Casimir Perier déclare à la Chambre des députés : « Il faut que les ouvriers sachent qu’il n’y a de remède pour eux que la patience et la résignation ». Il n’aura guère le temps de savourer son succès. Épuisé par le travail, il contracte le choléra lors d’une visite auprès des malades à l’Hôtel-Dieu de Paris et meurt le 16 mai 1832.

    Dans le Journal des débats, le 8 décembre 1831, Saint Marc Girardin, conseiller d’État, exprime la frayeur des classes possédantes face à la révolte des canuts, si nouvelle dans son principe : « La sédition de Lyon de 1831 a révélé un grave secret, celui de la lutte intestine qui a lieu dans la société entre la classe qui possède et celle qui ne possède pas.. Notre société commerciale et industrielle a sa plaie comme toutes les autres sociétés ; cette plaie, ce sont les ouvriers. Point de fabrique sans ouvriers, et avec une population d’ouvriers toujours croissante et toujours nécessiteuse, point de repos pour la société [...].
    Les barbares qui menacent la Société ne sont point au Caucase ; ils sont dans les faubourgs de nos villes manufacturières ».
    La « Sanglante semaine »

    À nouveau les canuts lyonnais se soulèvent en 1834, après que des meneurs aient été traduits en justice pour avoir dénoncé des baisses de salaires et fait grève. Cette fois, ils trouvent en face d’eux le ministre de l’Intérieur Adolphe Thiers, beaucoup moins accommodant que Casimir Perier. Il laisse les manifestants ériger des barricades puis fait donner la troupe. Celle-ci va méthodiquement reconquérir la ville.

    On compte environ 600 morts et 10.000 arrestations au cours de la « Sanglante semaine » du 9 au 15 avril 1834. La répression rassure les possédants sur la détermination du gouvernement à les protéger contre les barbares des faubourgs. C’est un prélude à la « Semaine sanglante » de 1871 par laquelle le même Thiers mettra un terme à la Commune de Paris.

    Démocratie
    Arthur Rimbaud

    "Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le tambour.
    "Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les révoltes logiques.
    "Aux pays poivrés et détrempés ! - au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires.
    "Au revoir ici, n’importe où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce ; ignorants pour la science, roués pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C’est la vraie marche. En avant, route !"

  • "" Un certain général de Bourmont prenait en otage l’Algérie et donnait le « la » à la mise en coupe réglée d’un pays par la décimation de sa population. Mais ce serait une erreur de croire que l’ex-pouvoir colonial reconnaitra sa faute, ""

    euh, mais, concrètement, vous entendez quoi par "reconnaître" sa faute ?

    Parce qu’en France, la colonnisation n’est pas traîtée à la légère et, encore aujourd’hui, c’est trjs avec un sentiment de culpabilité que les relations franco-algérienne sont abordées dans les médias ou les livres ou même au cinéma (cf le film pro FLN avec djamel debouzze financé par la france !).

    zaga

  • Bonjour,

    "Pour cela, seul le parler-vrai permettra à l’Algérie de renouer avec ce nationalisme ..."
    En Europe, l’expérience du nationalisme a mené a bien des guerres ...
    M Chitour, l’ouverture de l’Algérie devrait passer non pas par le nationalisme mais par l’universalisme. Vous parlez du système éducatif à juste titre, il est le véritable moteur d’une saine évolution à long terme mais celui ci devrait enseigner l’universalisme ...

    D’autre part ce qui fait la force d’un arbre c’est ses racines, à l’indépendance algérienne c’est la frange militaire la plus dure qui accède au pouvoir en épurant les concurrents (Démocrates ...). Cette frange installe un parti unique réactionnaire. A quoi pouvait on s’attendre pour la suite ?? A un arbuste oscillant ...

    La volonté politique est faible pour valoriser le système educatif qui est encore plus fragilisé par des coupes budgetaires imposées pour les services publics au nom du libéralisme ... Bref, on n’en prend pas le bon chemin. L’avenir d’un pays réside dans l’investissement pour sa jeunesse !

 
 
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