Chronique banale d’un lendemain de 14 juillet.

Liberté, Egalité, Fraternité,
14 juillet ! Feu d’artifice ! Vive la république !
Familles heureuses déambulant dans les rues,
Malicieux des petits garçons lancent des pétards,
Les petites filles crient d’une douce frayeur.

Lendemain de fête, il est tôt, la ville est encore assoupie,
Cotillons, bouteilles éclusées la veille et papiers sales jonchent le sol,
La nuit a été étouffante. Déjà un soleil de plomb,
Rayons puissants sur la place.

Ils brûlent le visage de l’homme sans âge écroulé sur le trottoir,
Il est seul, une bouteille de vin contre lui.
Traits tirés de la douleur de ne plus être,
Mille blessures l’ont mené là.

Après tout, que peut-on savoir d’un clochard couché là, épuisé ?
Bouts de carton, couvertures pas nettes, bonnet mité,
Un blouson sans forme ni couleur, sans doute dégoté chez quelque Emmaüs…
La vie qui broie, qui déchire le coeur et l’âme d’un homme...

Il veut juste qu’on le laisse tranquille, lui et son désespoir,
Son meilleur ami désormais, son maître également,
Le seul qui partage son vin à toute heure du jour et de la nuit.

« Monsieur, Monsieur ?....
Faut pas rester là, faut qu’on nettoie la place ! »
La bouteille roule, semble hésiter puis s’arrête.
Elle aussi a perdu son maître.
Le désespoir a gagné, il a bu son compte sur le dos de l’homme.

Dans le petit matin déjà chaud un souffle lui a murmuré,
« En voilà assez, tu souffres trop, viens … » -
Le soleil a frémi un court instant comme sidéré d’une telle scène
et puis a retrouvé ses rayons brûlants.
Le vent du sud se lève...

« Où qu’on l’emmène ? » demande un des hommes pourtant aguerri ....
Une vieille femme s’approche et couvre le visage de l’homme,
« Je le voyais souvent sur ce trottoir,
Il me parlait de temps en temps. Je crois bien qu’il travaillait avant,
mais je crois qu’il s’est retrouvé au chômage ...
Il disait qu’elle était belle… sa femme…
Enfin… on n’y peut rien, n’est-ce pas ?
Quelle misère... si jeune »

Le feu d’artifice de 14 juillet peut bien faire de "belles rouges" et de "belles bleues"...
Il restera toujours des hommes au bord du chemin.
C’est banal,
Mais, nom de Dieu, il ne faut pas s’habituer et lutter,
Parce qu’alors le 14 juillet aurait perdu toute sa valeur.


 
 
 
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