R€PUBLIQUE

Un ministre s’apprète à conduire une nouvelle et profonde réforme qui bouleversera l’après-travail des français dans le sens d’un recul énorme par rapport à ce qu’est la retraite, en termes démocratiques, sociétaux et de santé publique.

Au même moment, ce ministre se trouve convoqué par la Justice pour de possibles délits, après avoir dégringolé de révélations en révélations sur ses accointances avec une multimilliardaire fraudeuse du fisc, ou avec son fondé de pouvoir, clairement sollicité par lui pour aider sa femme à trouver un travail. La dame en question se voit embauchée par ce même fondé de pouvoir si accommodant. L’affaire ne date pas d’hier, mais l’individu est demeuré ministre et trésorier de son parti, « droit dans ses bottes », jusqu’à que ce la presse ne soit trop incommodée par l’odeur.

Sombre application à piétiner cyniquement les fondements de l’action publique et les impératifs de la morale.

Une réforme, quelle qu’elle soit, rejetée ou acceptée, implique la plus grande rigueur citoyenne et politique, la vision la plus large et le souci fondamental de préserver l’intérêt de ceux qui composent l’essentiel de la société, les mêmes qui accordent à tous les élus l’honneur de les représenter.

Comment le gouvernement français et le Président peuvent-ils laisser conduire une réforme, comment l’État peut-il accorder la signature d’une quelconque mesure publique à un individu aux prises avec la Justice, et dont la faillite morale est évidente ?

Car enfin, le fond de l’affaire il est bien là !...Woerth - qu’il s’appelle Woerth ou Machinchose ne change rien d’ailleurs, chacun doit être traité de la même manière, avec la même sévérité, s’il a failli dans sa fonction et son attitude de représentant du peuple - est l’incarnation et l’acteur d’un système ou l’intérêt général est écrasé, quels que soient les pleurs et les mensonges répétés d’une caste disposant de tous les moyens d’expression pour défendre l’indéfendable et ne se souciant plus de ce qui fait obligatoirement, historiquement, radicalement sens en France.

On ne peut demander sans arrêt du fric, de la fraîche, du blé, des chèques, des enveloppes, des virements internet sans être au service, volontairement ou nolens volens, de ceux qui vous financent ! Cette simple affirmation tombe sous le plus élémentaire bon sens, et même un enfant de maternelle est à même de la comprendre.

On pourrait se laisser aller à croire que les donateurs financent l’UMP et d’autres uniquement pour entretenir la vie politique. Le romantisme ne fut pas un courant minoritaire. Et sans doute quelques rares donnent leur argent sans rien exiger.

On peut aussi être certain qu’ils le font surtout pour que leurs idées et leurs ambitions trouvent à l’UMP des oreilles attentives et des maîtres d’œuvres diligents.

C’est juste une logique de rapports de force et d’influence qui est au cœur des développements politiques depuis que celle-ci s’est articulée en un système de représentation. La même volonté d’influence existe chez les classes les plus pauvres et leurs alliés des couches moyennes que dans la ploutocratie et tous ses relais. Sauf que les pauvres remplacent l’argent par le nombre.

Un nombre qui confère à leur investissement dans un parti et à leurs demandes, leurs actions politiques, une valeur centrale. Une différence qui fait la différence. Les classes pauvres et à mode de vie contraint, le prolétariat et le salariat, globalement, sont l’intérêt général, de par leur nombre même.

A cette légitimité centrale on peut aisément en ajouter une deuxième, que d’innombrables et dures leçons économiques et éthiques lui ont conférée. Ils sont, particulièrement depuis les débuts du capitalisme, les dépossédés et les exploités. Deux légitimité majeures, donc.

Il n’empêche. Les pauvres ont divorcé avec l’action politique et les structures qui les coordonnaient, et l’argent à acquis une centralité nouvelle dans les partis aujourd’hui. Foin de légitimité historique et morale. Les plus riches donnent nécessairement les plus grosses sommes. Fatalement sont reprises et développées leurs volontés, par les trésoriers qui les reçoivent.

Ainsi l’intérêt général est-il dévoyé en une dynamique de dons et de comportements « profilés », voire serviles, au profit de la plus infime minorité du peuple français. Les dons systématiques et la réception de fortes sommes conduit nécessairement à un état censitaire qui juge la réalité à l’aune de ceux qui le financent fortement. Au mépris nécessaire de l’intérêt général, antinomique avec la puissance et à la concentration de l’argent.

La dérive incandescente ces derniers mois a, en réalité, pris naissance au moment où les partis politiques ont accepté de fonder leurs pensées sur la satisfaction de leurs clients les plus gros, quand les hommes politiques ont commencé à penser qu’il était mieux pour eux, en termes de carrière politique et au-delà, de servir les exigences d’une ploutocratie.

Ils ont développé des politiques qu’on appelle « libérales », « néo-libérales », ou même « ultra-libérales », dont la matrice est une fausse liberté. La liberté pour le plus grand nombre d’être soumis aux pouvoirs de l’internationale ultra-minoritaire qui nourrit les politiques.

Fausse liberté mise en mots et en chiffres par des économistes dont l’esprit analytique était infecté par leur respect de la fortune et les mentalités si fortement hiérarchisées de leurs sociétés, dans un sens toujours hostile aux pauvres, à la pauvreté, à ce qui est association et œuvre collective, malgré quelques notes philosophiques charitables parfois. Ainsi d’Hayek ou de Friedman, pour ne citer qu’eux.

Si un Foucault faisait l’archéologie de ces pensées dénaturées, sans doute y découvrirait-il des « plumes » d’un ordre du monde qui ne juge nécessaire que l’argent et les donneurs d’ordre. Un monde qui estime normal de soumettre à sa liberté et sa volonté la très grande masse de la population, vouée au bavoir et à faire le travail.

Puisqu’une fois les fortunes mises en place et les ordres aboyés il faut bien qu’il y ait des gens pour faire le boulot, suer et créer la chose. L’argent et la hiérarchie ne créant absolument rien. En ce sens la compulsion "pédagogiste" de beaucoup de politiques n’est pas innocente, quand ils disent de leurs mesures rejetées qu’elles n’ont pas été comprises, donc pas bien expliquées. Cette réaction répandue à l’UMP, au PS et ailleurs suppose que les dominants riches et leurs relais politiques savent et ont fait nécessairement bien, ce qu’ils assènent à chaque occasion qu’ils ont de s’expliquer sur leurs incompréhensibles échecs. Au fondement de cette nécessité repose logiquement la certitude de ces gens de ne pas se tromper. Infaillibilité qui ne peut être comprise que par la conviction d’une supériorité naturelle, d’une espèce d’exceptionnalité qui rappelle dans son dogmatisme celle que s’attribuaient les blancs colonisateurs face aux nègres rétifs.

Un analyste - et peut-être y en a-t-il déjà qui ont mené cette recherche des arcs-boutants souterrains - pourrait découvrir, qui sait, dans ces prétendus pensées rationnelles des ploutocrates et de leurs alliés économistes ou politiques, un monde peuplé de maîtres et de sous-hommes.

Quoiqu’il en soit, sous la pression de l’argent, qui a contribué à augmenter la hiérarchie des pouvoirs et l’autonomie de la représentation pour mieux en faire sa chose, les politiques ont cédé, abdiqué puis trouvé les moyens, dernièrement avec les micro-partis, de faire d’une servitude un luxe.

Qu’est-ce qu’un élu du peuple, un élu citoyen, un représentant réel du peuple français ?

C’est un homme qui, par son action, ses valeurs et sa conduite sert l’intérêt général, qui est, avant toute autre considération, celui du peuple français dans sa plus large majorité. Et qui jamais ne se met en position de lui nuire, activement ou passivement.

Jusqu’à plus ample informé, les français moyens et pauvres composent l’immense majorité de la population Les 0,01% des français les plus riches déclarent (données 2007) gagner par personne et par an 1 269 555€, 105 796,25€ par mois donc, alors que 30 % des ménages ont un revenu inférieur à 1 593 €, 50% touchant moins de 2263€ et 90% moins de 4890€ par mois (donnés 2006). Toutes données reprises de l’Observatoire des inégalités qui s’appuie sur les chiffres de l’INSEE.

Woerth, est un ministre qui a failli à l’intérêt supérieur du peuple français, il doit partir au plus vite et être écarté de tout mandat électif.

Sarközy de Nagy-Bocsa, qui le soutient totalement, a développé dans l’interview télévisé du 12 juillet 2010 qu’il accorda à France2 une véritable ode aux riches, un plaidoyer pour qu’on les laisse tranquilles, s’indignant avec cette grandiloquence qu’on lui connaît.

« Qu’est-ce que c’est que cette polémique sur l’argent ? », s’étonna-t-il, faisant mine de découvrir ce qui révoltait les français depuis des mois déjà...Mieux, cette polémique soudaine allait lui servir de tremplin rhétorique pour trompéter une autre indignation, celle que lui inspirait la pourtant légitime, durable et générale mise en cause du « système Woerth-partis politiques », et de l’argent au principe des multiples et récurrents dévoiements.

Stimulé par auto-allumage, le président sous influence a embrayé mécaniquement sur une défense et illustration des plus riches, totalement à l’ouest de nos espérances. Il s’est envolé en direct vers cette infime fraction de la population qui a amassé 97,6 milliards d’euros (total des dix plus grosses fortunes françaises en 2008, qui ne seront pas actualisées à la baisse pour 2010), quand 10% des français déclarent n’avoir aucun patrimoine.

Son discours, comme bien d’autres auparavant, n’est que la conséquence logique de la dérive de son parti, voué encore plus que les autres à récolter de l’argent, encore et encore, pour naturellement servir ceux qui lui rapportent. Ou se satisfaire uniquement des deniers publics. Un financement de 35 millions d’euros pour l’UMP et 25 millions pour le PS, en 2009, tout de même.

A ceux qui penseraient que l’action de Sarközy de Nagy-Bocsa ne ressemble pas à sa révérence trop habituelle envers les riches, il suffira de souligner que les 0,1% les plus fortunés ont vu leur revenus totaux s’envoler de 32% en 2007, tandis que 0,01 % parmi ceux-ci ont vu leur galette exploser avec un « plus » de 42,6%.

De l’autre côté de la barrière, 99% des salariés ont constaté que leur salaire ne grimpait en moyenne que de 11,6% entre 1996 et 2006.

Le paysage politique français est soumis à ceux qui ont l’argent. Nous avons constaté la multiplication des affaires, témoignant des modalités individuelles de la perversion des pratiques. Blanc, Joyandet. Wauquiez, dernièrement, qui continue dans la même ornière, en pleine affaire Woerth, sollicitant financièrement des banquiers et des gérants français de fonds spéculatifs, comme l’a expliqué Libération.

Mais sous nos yeux les trous noirs divers s’avèrent dépassés. nous ne sommes plus dans les effondrement personnels. C’est une dérive générale de la structure qu’il faut bien constater. Structure au service, théoriquement, de ce qui devrait être la norme et le but : l’intérêt général. Cette impuissance organisée des politiques, inverse le sens de la politique, pas pour la satisfaction de l’ensemble des français, bien évidemment.

Ce renversement se couple avec un désordre mondial qui s’amplifie. Sur les mêmes ressorts, la même prévarication, semble-il. Les puissances d’argent ont acheté les politiques, qui prennent les mesures qu’elles leurs dictent. Plus les coups de menton des Trichet, Strauss-Khan et autres Obama sont marqués, plus s’affirme leur soumission à ceux qui visent ni plus ni moins que la disparition du politique au sens de démocratie.

Sans oublier, un effondrement du cœur du capitalisme français, la croissance. Panne aussi corrélée à la situation internationale. Encore une fois, les politiques n’ont pas inventé, ils ont même refusé de trouver la sortie d’une ploutocratie de production qui ne fait qu’accentuer les inégalités et qui se grippe de par son propre fonctionnement, en gavant une minorité et appauvrissant l’immense majorité, dont la consommation est pourtant nécessaire à la perpétuation de l’oligarchie du capital.

On ne peut affamer les salariés et leur demander de booster la consommation ; on ne peut jeter dehors un employé à 45 ans et lui demander d’accepter d’encore se tuer au travail entre 60 et 62 ans ; on ne peut nager dans les privilèges, recevoir sans arrêt les grosses fortunes, passer ses vacances avec elles, s’octroyer des salaires exorbitants simplement par le fait du Prince, et désirer, inventer, organiser un monde où l’intérêt général prime.

Il faut en tirer les conséquences, ici et maintenant. Sarközy de Nagy-Bocsa est le mieux placé pour le faire et c’est rien moins que son devoir. Il est mandaté pour l’intérêt général, avant toute autre considération programmatique et partisane.

La démission de Woerth est un premier coup de nettoyeur à donner sans tarder, pour parer au plus pressé et en finir avec l’abcès le plus criant.

Car l’intérêt général est gangréné dans un système économique biaisé, on l’a vu, dans ses fondements, et qui paraît que se dégrader chaque jour un peu plus, tant en France qu’à l’étranger.

Cette donne qui assombrit le présent et interdit l’avenir appelle l’éviction brutale des plus fautifs, mais surtout des mesures de fond. Pour non seulement restaurer le souci du bien public, mais réellement sauver les intérêts vitaux des français.

Il n’est pas ici question de nous engager dans je ne sais quelle guerre, selon les connotations ordinaires de politiques en mal de gloriole ou de chefs militaires programmés pour leurs campagnes mexicaines. En jeu le maintien du pouvoir d’achat, de salaires décents, des institutions avancées de la France, des libertés et des facteurs concrets de cohésion sociale que sont les lois et les organismes de service public d’éducation, de santé, de transport, d’énergie, de justice, etc.

Ces intérêts vitaux ne peuvent être défendus et étendus, aujourd’hui, par une classe politique structurellement enfoncée dans les hamacs offerts par les puissances d’argent. Elle doit en tirer la leçon. Les plus hauts responsables de l’Etat doivent en tirer la leçon, si dure soit-elle symboliquement et pratiquement pour eux.

Les élus de tous bords, pour avoir profité, n’en sont pas moins, pour certains, des hommes et des femmes encore conscients de ce qu’est leur devoir de politiques et de citoyens. A eux d’être dignes et courageux, pour une fois et de mettre en place, avec l’ensemble des français consultés par référendum, la fin d’institution qui ne répondent à leurs finalités, et l’éviction des politiques qui sont en cause. Et s’il arrivait qu’ils ne ressentent pas cette nécessité, les français doivent en tirer rapidement et généralement toutes les conclusions, pour prendre en main eux-mêmes la reconstruction du pays, avec les politiques nouveaux, ou anciens intègres qui sont prêts à les aider sans, une nouvelle fois, se substituer à la démocratie pour l’emmener là où elle ne doit plus aller.

Ce n’est pas de réformes dévoyées pour une politique nuisible dont nous avons besoin, mais d’une refondation de la République et de l’Etat qui est son véhicule, au service des valeurs premières, profondes et fondamentalement collectives que dicte l’intérêt général des français.

La Vème République est morte, vive la République !


 
 
 
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2 commentaires
  • R€PUBLIQUE 26 juillet 2010 03:21, par Michel Durand

    Article très intéressant logique qu’il soit censuré par la plupart des médias soumis aux lois de l’argent... Woerth ne démissionnera pas car le système qui l’a fait roi s’écroulerait entraînant Sarkozy dans sa chute... Le peuple finira bien par comprendre et demandera des comptes... Ce ne sera pas facile mais il ne faut surtout pas se décourager et continuer à lutter contre les puissances d’argent qui dominent tout mais pas nos esprits. Le cynisme des serviteurs du libéralisme ultra aura la fin brutale qu’il mérite... Au travail donc ne laissons rien passer trop c’est trop !!!

  • R€PUBLIQUE 29 juillet 2010 23:11, par vieille dame

    je trouve que votre limite sur 4890 euros est surprenante - c’est déjà beaucoup trop ! en fait, la redistribution pourrait se faire à partir de plus de 3 000 euros (salaire exceptionnel donnés à des gens exceptionnels - ça existe)
    ça ferait beaucoup plus d’argent à redistribuer dans les écoles, la recherche, les universités... et les belles et bonnes choses, comme les festivals de musique et de poésie... et les lieux de danse et de sport gratuits... et les jardins partagés... (enfin, juste des exemples avec lesquels je me construit un petit bonheur chichement mesuré par nos politiciens)- et les emplois pour les jeunes - et les retraites modestes et suffisantes pour les vieux...

 
 
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