L’ennemi intérieur : Mathieu Rigouste et la sociologie

Chercheur en sciences sociales, Mathieu Rigouste est l’auteur de « L’Ennemi intérieur » (publié en 2009 chez La découverte) ; un ouvrage qui se veut très documenté qui met en valeur rien moins que... « le substrat idéologique des réponses politiques aux dites violences urbaines ».

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Billet rédigé après lecture de l’ouvrage et de l’interview de l’auteur sur Rue89


Vraiment, la lecture de Mathieu Rigouste qui, nul doute, vit loin des quartiers dits "difficiles", voire ingérables par endroits dans le cadre d’un Etat de droit qui serait celui de notre République, et les propos de ce chercheur chez Rue89 sentent "bon" le petit-blanc-chercheur habité par une culpabilité raciale fruit d’un bourrage de crâne gauchiste (1) qui s’appuie sur une connaissance partielle et partiale de l’Histoire des peuples ; un Mathieu Rigouste en quête de nouvelles palmes académiques et de nouveaux galons universitaires (2) en petit soldat d’une sociologie arriviste, une sociologie de bonne conscience sur le dos de populations cruellement marginalisées, privées de considération, et parfois même, de protection.

1 - Un "gauchisme" qui, au fil des ans, a conduit la gauche là où elle se trouve aujourd’hui : dans l’impasse, avec pour seule sortie un DSK pour symboliser la mort de toute "Gauche de gouvernement" quelle qu’elle soit.

2 - Sans oublier la bêtise, celle qui fleurit joyeusement : une bêtise bardée de diplômes ; la pire de toute.

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Si la mort d’un délinquant provoquée par un policier sans légitime défense est bien un meurtre, en revanche, on pourra envisager un autre type de mobilisation lorsqu’une arrestation tourne mal, car enfin…

Qui est au rendez-vous quand il est question d’empêcher des délinquants souvent multi-récidivistes de faire la loi dans un quartier, ou quand il s’agit de faire en sorte que des ados de 12 à 16 ans ne soient pas livrés à eux-mêmes dans les rues à deux heures du matin ?

Les familles de ces mêmes délinquants, grands frères, grandes soeurs et parents ne manquant jamais de se mobiliser quand leur arrestation tourne au drame ?

Et même si d’aucuns pourront toujours le moment venu (et voulu !), trouver un bouc-émissaire (la police, le racisme, l’échec scolaire, le chômage) pour porter le chapeau de la responsabilité et de ce que l’on pourra aussi appeler la honte de l’échec éducatif en tant que parents, sans oublier l’humiliation de voir un des siens, sa propre chair et son propre sang, porter préjudice à la réputation de sa propre famille (pour peu que cette réputation soit encore à faire ou bien qu’elle soit digne d’être respectée et protégée) …

Tout en précisant qu’il est certes toujours préférable de réunir les conditions qui permettent à chacun de s’épanouir plutôt que de faire la leçon à des populations entières par police interposée, matraque en mains...

N’empêche, dans l’attente de ce Grand Soir-là, la question demeure !

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Il est vrai que l’on se doit toujours de recueillir toute parole quelle qu’elle soit avec circonspection ; toutefois, on doit pouvoir placer sa confiance dans la parole - une fois vérifiée, si nécessaire -, des non délinquants multi-récidivistes et de leurs complices passifs dont l’occupation principale consiste à contrôler et à pourrir la vie des quartiers tout en s’assurant qu’ils n’aient jamais à rendre des comptes.

Et tous les ouvrages aussi « objectifs » soient-ils, n’y changeront rien, et certainement pas… une phraséologie telle que : « ...le substrat idéologique des réponses politiques aux dites violences urbaines – la construction médiatique de la figure de l’immigré et des quartiers populaires - le pouvoir adopte des postures de guerre, il importe et réexpérimente en contexte intérieur, des protocoles testés à l’extérieur. »

Phraséologie susceptible certes d’épater le bourgeois, de flatter les militants de la LCR, et de faire rire mon cheval (et ceux des caïds - par la même occasion : "Fouette cocher !")...

Et alors que notre sociologue de service feint d’oublier, qu’aujourd’hui, le sur-armement des caïds est un fait avéré ; caïds qui savent faire payer très cher aux habitants des quartiers toute action policière : attaque des transports en commun, destruction de bâtiments publics, intimidation, et ce afin que l’Etat réfléchisse à deux fois avant de renouveler leur intervention.

Pareillement…

Un travail dit « savant » ne nous sera d’aucune utilité puisque le plus souvent ce travail n’expliquera rien du vécu de la police, des intervenants et des habitants de ces quartiers ; habitants dans toute leur « diversité de situations » - oui ! diversité ! car elle existe bien cette diversité : classe-moyenne géographiquement déclassée, les diplômés ou non diplômés en emploi ou au chômage, les membres des réseaux criminels, les petits délinquants non récidivistes, les victimes, population culturellement intégrée ou pas, retraités...

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Aussi...

Il faudra bien un jour choisir entre « chercher en rond », tel un poisson rouge dans son bocal - recherches donnant lieu à des publications de chercheurs destinées à d’autres chercheurs et maîtres de recherche dont le soutien est indispensable pour progresser dans la carrière (3) -, et « trouver pour le bien commun » des pistes susceptibles de conduire à des solutions pour la communauté toute entière, les quartiers dits "difficiles" nous concernant tous.

Et peut-on rajouter, sans être alarmiste, que l’urgence est là, bien là ?!

Et pour longtemps encore.

3 - Même si les sociologues n’ont pas pour vocation de proposer des solutions et de conseiller les gouvernements, les chercheurs en sciences sociales ont le droit de se poser la question de l’utilité de leurs recherches ; utilité autre que celle destinée à favoriser leur carrière.

En son temps, Edgar Morin a eu des choses à dire, sinon à dénoncer, à ce sujet.

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Dans tous les cas, les chercheurs, tout comme les conseilleurs, n’étant manifestement pas les payeurs, les sociologues seraient bien avisés de cesser, autant que possible, de s’adonner et de se vautrer dans une sociologie narcissique, jargonnante d’esbroufe, sociologie par l’absurde qui pratique ce qu’elle n’a de cesse de dénoncer, à savoir l’infantilisation de pans entiers de la population, aussi fragilisés soient-ils, et pour lesquels les notions de responsabilité, devoir et honneur ne sauraient s’appliquer.

La dé-valorisation n’est jamais très loin lorsque la liberté individuelle et la responsabilité qu’elle engage sont refusées à une population sous prétexte d’existence précaire, jalonnée de discriminations.

Mais de là à créer une nouvelle classe, celle des Intouchables, définitivement perdus pour la République, exclus encadrés et "protégés" par des parrains locaux, séculiers ou non, toujours serviables et compréhensifs, et dont les sociologues feront des choux gras - voyez comme ils se pourlèchent déjà !

N’en déplaise à ces derniers, on doit pouvoir être encore en droit d’imaginer et d’espérer, où que nous vivions, un autre destin pour nous tous... collectivement.


 
 
 
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