Une nationalité low-cost

Ainsi la nationalité française n’est plus permanente. Son vote par 75 voix contre 57 permet de mesurer l’empressement des députés UMP et satellites à défendre cette brillante idée.

Ironie de cette pitoyable production censée exacerber le patriotisme-contre, la nationalité nouvelle sort d’un staff politique qui vit dans l’espace et les valeurs mondialisées de la recherche de profit et l’a conçue dans un esprit d’arasement du national et d’extension du commerce.

Elle répond à la tendance de fond voulue par les tenants du Nouvel Ordre Mondial, qui est l’affaiblissement programmé du « pays », en tant qu’entité recouvrant de manière privilégiée des cultures particulières, des énergies spécifiques, des histoires spécifiques, collectives et durables, celles des peuples.

Elle dégage, à terme, un gisement de sécuritaire important, dans les moyens de contrôle accrue qu’il faudra déployer pour mettre en œuvre ses extensions puisque, naturellement, les limites aujourd’hui posées ont vocation à être dépassées par l’extrême-droite aux manettes.

N’en doutons pas, les crimes « les plus graves », feront l’objet d’amendements par les représentants de l’intérêt national bien compris. Et seront déchus bientôt les criminels de financiers, puis de politiques, d’entrepreneurs, de procureurs, etc. De même, on passera des dix ans de naturalisation requis à sept, puis cinq... Cette définition élargie augmentera mécaniquement le nombre des victimes potentielles. Il faudra bien embaucher flics et vigiles surarmés, quadriller de caméras le moindre sentier, multiplier les charters, les camps de traitement des déchus de la nationalité et multiplier les jobs pour stars qui iront, moyennant cachet, prêcher la valeur de cette nationalité à points dans tous les lieux d’éducation de France et de Navarre.

Nous assistons là juste à un total renversement de l’idée même de nationalité qui est force, permanence et incarnation humaine d’une culture, celle de tous les français d’où qu’ils viennent. Il a été rendu possible par des textes antérieurs d’inspiration ultra-droitière avant l’heure, c’est-à-dire visant à donner une réplique incomparable avec le délit et à montrer qu’on fait corps (d’armée) et pas culture partagée. . Soyez donc avertis, la nationalité est devenue précaire. L’indice de précarité, toujours en hausse, sera concocté par les porte-voix du pouvoir, du pouvoir UMP en l’occurrence.

Ce nouvel ordre de nationalité fait, fondamentalement, offense aux Droits de l’Homme. Ceux-ci considèrent un humain comme égal à tous les autres ; un humain permanent dans son être comme dans son droit de nationalité qui n’est, par définition, pas lié à ses actes mais à son statut, de naissance et géographique.

Non content de blesser un droit permanent par le mélange avec des considérations qui n’ont rien à voir, la déchéance de nationalité introduit une dimension censitaire dans ce qui était universel, à l’origine acquis et conservé sans distinction d’origine ni de comportement.

La déchéance de nationalité fait des hiérarchies humaines là où il n’y en a pas. Corrélativement au profit « ruisselant » escompté, c’est une essence raciste et anti-républicaine qui a gouverné ce nouveau méfait de l’extrême-droite au pouvoir. Pouvoir qui considère l’étranger comme inférieur puisqu’il le vise à l’exclusion des autres et emploie pour qualifier la peine qu’il lui inflige le mot maximalement péjoratif de « déchéance », donc fondamentalement xénophobe.

Si besoin était, une nouvelle confirmation du discours de Dakar intronisant l’homme noir comme immobile devant la modernité hyper dynamique des milices d’extraction de la plus-value basanée, dirigées par les convives du Fouquet’s.

Non content de s’attaquer aux anciens, néos, fumeux étrangers, cette loi brise l’unité fondamentale des français sur ce qui les unis, les rassemble à la base.

Une culture unique, variée, impressionnante dans sa diversité, admirable dans sa durée, que les apports de population enrichissent de tous les côtés. Une culture qui, chaque jour, met en route avec toute la difficulté, le pari d’une société, le choix du vivre-ensemble, l’alchimie nourrie d’échanges, de discordes et de dépassements d’où émergent, par ces effets de la culture et d’acculturation coextensifs, des français. Ni bons, ni mauvais, faut-il le préciser.

Des français qui le seront sans fierté stéroïdée et égocentrique, mais avec une conscience solide d’être ce qu’il sont.

Non pas parce qu’ils élaguent, ou voient élaguer leur univers des branches qui ne leur ressemblent pas, mais parce qu’ils sont partie active d’un modèle aux permanences sociales, culturelles, politiques d’autant plus fortes que certains aventuriers tentent de le remettre en cause.

La nationalité française n’est pas un pin’s qu’on offre et qu’on arrache, un gadget low-cost pour indigènes ou une nationalité dorée pour racailles à rubans sur le loden.

Elle ne peut être balancée à la dérive des rationalités chaotiques selon le bon vouloir des tropismes nauséabonds, des maquignonnages et des populismes divers.

La justice anthropologique, face à cette aberration nouvelle, nous rappelle que si on a vécu en France, vécu la France, on restera français à un point tel qu’aucun un ministère avec ses acolytes en uniforme ne pourra rien y faire, quelques soient les délits reprochés.


 
 
 
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