Au Sahara occupé, même le désert est interdit aux Sahraouis

Le Sahara Occidental est en partie occupé par le Maroc de puis 1975. C’est la dernière colonie d’Afrique. En dépit de la quatrième convention de Genève, une forte proportion de la population sont des colons déplacés là par les autorités coloniales. Les terres et matériaux sont données aux marocains comme incitations à se déplacer là, dans ce « paradis » sécuritaire. Ils reçoivent aussi des aides pour déménager et s’installer. Une importante vague de plus de 120 000 d’entre eux étaient venus grossir en 1991 les effectifs du référendum annoncé et sont restés parqués pendant des décennies dans des campements de misère sur le route de Smara à l’entrée de El Aaiun. Ils ont depuis peu été déplacés vers le sud, ou logés dans des maisons, pour ne pas continuer à ternir l’image affichée par la propagande marocaine.

Les sahraouis restés dans leur propre pays ne peuvent bénéficier de leur terre, exploiter leurs ressources naturelles. Il n’ont pas accès au travail, mais peuvent bénéficier d’une petite aide de l’ordre de l’assistanat qui les rend dépendants du gouvernement colonial et de ses exigences. Dans les villes artificiellement grossies du Sahara Occidental occupé, il est interdit à quiconque de posséder un potager ou un espace pour les animaux. Pour se loger un sahraoui dans son pays doit acheter sa terre au colonisateur marocain, et il ne peut construire en dehors de plans et architectures qui lui sont imposés. Même la couleur des crépis est imposée, identique à celle de Marrakech. Le blanc traditionnel des villes sahraouies est interdit. Les constructions datant de l’époque coloniale espagnole ont presque toutes été rasées, comme effacées.

À plusieurs reprises récemment, des jeunes et des familles sahaouis sont partis des villes pour aller s’installer dans le désert, organisés selon leurs traditions en groupements de tentes. Décisions de rejet ou de protestations, temporaires ou inscrites dans le temps, ces mouvements de la population sahraouie sont de toute façon étroitement surveillés et violemment empêchés par les autorités marocaines. Ci-dessous trois récents épisodes de cela. Les premières fois, en juillet, dans l’enthousiasme de la décision, l’information avait circulé sans effort de confidentialité et les autorités coloniales avaient traqué et empêché toutes les tentatives suivantes en bloquant les routes.

Sur le fond, un dilemme persiste néanmoins pour les résistants : en territoire colonisé, partir c’est abandonner la ville aux colonisateurs, rester c’est être constamment surveillés discriminés et infiltrés. Partir dans le désert, c’est la possibilité de se regrouper et de jouir d’une forme de liberté de penser et d’expression, rester c’est assurer la résistance au quotidien, si mince soit elle.

Le 4 octobre 2010, 80 Sahraouis dont des femmes, enfants et jeunes sont partis s’installer à proximité de smara nord, sur le fleuve Saguia el Hamra. ils sont partis après minuit pour ne pas être barrés par la police, et ont planté 14 tentes. Ce sont jeunes chômeurs, techniciens et diplômés chômeurs sahraouis.

Leur volonté était de manifester pendant plusieurs jours pour dénoncer la situation qu’ils subissent. Sur les slogans et pancartes, les chômeurs diplômes et les techniciens demandent le respect de leur droit au travail, les jeunes mariés demandent la possibilité d’avoir une maison.

120 agents de la police la gendarmerie, des forces axillaires, la DST (direction de la sécurité territoriale) et les RG (renseignements généraux) les ont encerclés avec 12 voitures et camions d’intervention rapide. Il n’y a eu ni pourparlers ni négociations, et les manifestants ont été dispersés par la force. Les tentes et la nourriture ont été confisqués. Les manifestants sont toujours sur place, et disent ne pas vouloir rentrer à Smara tant que leurs revendication n’auront pas été satisfaites.

Le 3 octobre, un important groupe de sahraouis était parti à 25km au Sud est de El Aaiun pour planter la tente. Une quarantaine de tente avaient été installées selon l’association des familles de détenus et disparus sahraouis.

Les familles se sont exilées massivement dans le désert pour protester contre la politique de répression marocaine contre les civils sahraouis en lutte pacifique pour le droit à l’autodétermination et l’indépendance. C’est aussi une protestation contre la politique de marginalisation et de destruction de leurs moyens de subsistance, du déni de leur droit à l’emploi, mais aussi contre les violences physiques contre les militants revendiquant pacifiquement pour le respect des droits de l’homme. Les familles sahraouies revendiquent d’autre part de pouvoir profiter de la richesse de leurs terres.

Les différentes autorités sécuritaire de l’occupation marocaine, gendarmerie, police, forces auxiliaires, et groupement d’intervention rapide ont encerclé les tentes. Ils ont exigé d’inspecter toutes les voitures, et tenté d’empêcher le sit in des familles rejointes par les étudiants.

Le plus important pour les forces sécuritaires semblait être de convaincre les sahraouis de ne pas déployer les drapeau de la RASD. (République Arabe Sahraouie Démocratique) Ils ont pour ce faire promis 35 emploi dans la promotion nationale. Cette proposition a été rejetée par les sahraouis. Ils n’ont pas d’autres demandes envers d’état marocain que celle qu’il obéisse au droit international, cesse le pillage des ressources naturelles, et permette au peuple Sahraoui l’application de son droit à l’autodétermination et l’indépendance.

Les autorités marocaines ont obligé par la force les manifestants à retourner à El Aaiun occupé. Ceux ci ont cédé à l’inquiétude provoquée par la brutalité des autorités d’occupation et la peur des enfants et des femmes. De retour en ville le groupe a provoqué différentes rassemblements dans plusieurs rues de la ville, criant son rejet de l’occupation. Les manifestations ont été violemment réprimées par la police marocaine et nombre d’entre eux ont été grièvement blessés. Les membres du groupe ont affirmer qu’ils retourneraient dans le désert jusqu’au respect de leur revendications légitimes.

Au mois de juillet 2010 un important groupe de sahraouis avait tenté à plusieurs reprises de quitter la ville pour aller s’installer dans le désert. Excédés par les discrimination et désabusés par l’impossibilité pour eux de trouver une place dans la ville et dans le tissu économique local, ils avaient décidé de partir vivre dans le désert, pour bénéficier au mois de la liberté de l’espace. Ils avaient à chaque fois été empêchés ou rapatriés de force dans la ville par les autorités coloniales marocaines, qui avaient tenté de casser le mouvement en faisant des promesses d’assistances qui avaient été rejetées.

APSO, le 7 octobre 2010. Sources : Soleil de liberté, Apso Sahara, UPES


 
P.S.
 
 
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