Réponse de Pierric Annoot à Benjamin Lancar à propos de Guy Moquet

Soruce : L’Humanité

Dans une lettre abjecte écrite hier, le président des Jeunes populaires s’emploie à enrôler à sa cause réactionnaire le jeune héros de la Résistance que fut Guy Môquet. Ce seraient les jeunes populaires qui incarneraient le mieux aujourd’hui les « valeurs » pour lesquelles le jeune martyr a donné sa vie. On frise la crise cardiaque en lisant ces mots ! Benjamin Lancar sait-il seulement ce que sont des « valeurs » ?

Guy Môquet s’est battu toute sa courte vie contre l’autoritarisme brutal et pour la liberté ; Nicolas Sarkozy multiplie les coups de force au parlement et attaque toutes nos libertés, individuelles (LOPSI2) et collectives (droit de grève combattu dans plusieurs professions avec la mise en place de réquisitions). Guy Môquet a refusé le racisme et promu la solidarité ; le gouvernement stigmatise les immigrés (jusque dans l’abjecte loi Besson) et attise les divisions des travailleurs qu’il crée artificiellement (public contre privé, Français contre étrangers, jeunes contre vieux…). Guy Môquet a voulu un monde de progrès et de justice sociale ; l’UMP casse tous ses rêves et ses conquêtes avec acharnement et méthode. Et ce serait l’UMP, la gardienne des valeurs de Guy Môquet !

Comment Benjamin Lancar ose-t-il s’emparer de l’image de Guy Môquet quand ce héros communiste est mort pour que vive cette France du programme du CNR, cette France qui a créé notre système de retraites que hait tellement le sinistre Lancar ? Ô l’impossible filiation ! Ce qui fut le combat du héros est la cible du minable !

Décidément non, Benjamin Lancar ne sait pas ce que « valeur » veut dire. Récupérer le martyr pour le faire marcher à contre-sens de toute sa vie, ce même martyr qui suppliait quelques heures avant son exécution : « Ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose ». En tant que secrétaire général du MJCF, j’interdis à Benjamin Lancar de brandir la noble figure du jeune Guy Môquet pour servir les intérêts de la bande du Fouquet’s et ces autres coquins que Môquet combattit de son vivant.

Car si la jeunesse s’est mobilisée en 1940 comme le dit le président des Jeunes UMP, tous n’étaient pas du même camp et on ne fera pas l’insulte de rappeler à Benjamin Lancar que droite et communistes n’étaient pas dans le même, ni quel parti a donné d’« odieuses consignes ». Qu’il regarde l’Assemblée et qu’il voie quels bancs sont encore trempés du crime des pleins pouvoirs votés à Pétain.

Guy Môquet voulait poursuivre le combat de ceux qui l’ont précédé, pour le pain, la paix, la liberté. Pour, comme il l’écrivait dans un poème avant son arrestation, « pour que vainque le communisme, pour sortir ses camarades de prison, pour tuer le capitalisme ».

Ils étaient des milliers de Guy Môquet en France à faire valoir leurs idées. Comme les JC parisiens, qui collaient par milliers des papillons contre l’occupation. Comme les jeunes communistes du Nord qui le mois suivant la débâcle, plongeaient dans la rivière de la Deûle, à Lille pour récupérer les armes laissées par l’armée française. Avec Guy Môquet, ils ont été vingt-six à mourir à Châteaubriant. Tous résistants.

C’est ce symbole, c’est cette mémoire, ce sont ces vies que Nicolas Sarkozy a instrumentalisé en 2007 et que Lancar tente de récupérer aujourd’hui. Ils veulent enrôler ces hommes, la Résistance dans leur conception d’une nation fermée, d’une nation du repli sur soi.

Dans leur conception d’une nation génétique, où l’on entre par test ADN. Dans leur conception d’une nation policière, où la jeunesse subit quotidiennement les contrôles d’identité et la répression. Dans leur conception d’une nation aux lois liberticides ou engagement rime avec criminalité.

Quand en 2007 Sarkozy décide de faire lire la lettre de Guy aux lycéens, en 2008 il tente d’imposer le fichier Edvige pour consigner et dresser des listes des « personnes susceptibles de porter atteintes à l’ordre publics » par leur engagement ou leur appartenances politiques, syndicale ou associative.

Guy Môquet avait été arrêté par la police française parce qu’il diffusait un tract comme des centaines, des milliers d’autres jeunes et moins jeunes, en France. Il a été désigné par le ministre de l’Intérieur français de l’époque pour être livré aux nazis, parce qu’il était jeune communiste. Il ne s’agit pas de faire de grossiers parallèles, mais les symboles parlent d’eux mêmes, et c’est bien dans ce fichier Edvige qu’aurait pu figurer les noms des résistants d’aujourd’hui.

Quand en 2007 il fait lire cette lettre, en 2008 il continue de liquider les acquis du programme du CNR.

La droite vide le contenu du message de la résistance, comme elle vide notre territoire des hommes qui en font sa richesse.

Elle instrumentalise la mémoire de Guy Moquet pendant qu’elle expulse des sans papiers.

Elle glorifie ces jeunes ayant donné leurs vies pour leur patrie pendant qu’elle renvoie dans leurs pays ceux qui voudrait en faire partie.

« Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent », disait Lucie Aubrac. Hier comme aujourd’hui, il y a dans ce pays, une France ouverte, une France accueillante, une France qui met la notion de progrès au service de l’humain et non au service des multinationales ou de conceptions rétrogrades de la Nation, et de la société. C’est bien celle-ci qui bat le pavé aujourd’hui.

N’en déplaise à Benjalin Lancar, Résister, ce n’est pas seulement s’arquebouter sur l’existant. Résister aujourd’hui, ce n’est pas avoir un boulot à tout prix, version CPE comme la voudrait Sarkozy. C’est avoir un travail qui permette de se construire, de voir l’avenir, de faire des projets. C’est aussi faire avancer un monde de codéveloppement où les peuples se croisent et avancent ensemble, où les droits politiques, économiques et sociaux des individus progressent de Vancouver à Calcutta, d’Oslo à Johannesbourg.

Résister, c’est refuser l’avenir qu’on nous prépare fait d’injustices, d’inégalités et de précarité généralisée.

Le même Lancar dans sa lettre d’embrigadement de Môquet pour l’infâme, félicite d’ailleurs chaleureusement la politique de Pierre Laval menée dans les années 1930. Voici effectivement une filiation plus solide ! Laval, loin de mener une politique « courageuse de redressement économique de la France », a au contraire asphyxié le pays avec une politique de compression des dépenses publiques à tout prix (casse des salaires des fonctionnaires, réduction tous azimuts des dépenses sociales…), une politique réactionnaire qui ressemble bien en effet à celle de MM. Sarkozy, Fillon et Woerth. Ce n’est pas Laval mais bien le Front populaire qui sortit la France de la crise, ce Front populaire curieusement effacé de l’Histoire revue et corrigée par Benjamin Lancancre, ce Front populaire qui vit l’élection comme député de Prosper Môquet (le père de Guy) et ces victoires majeures pour les classes populaires que la droite n’a jamais avalées.

Non Mr Lancar faire vivre la Résistance aujourd’hui ce n’est pas courber l’échine face au recul de civilisation orchestré par Sarkozy. Ce n’est pas s’emparer de la mémoire des résistants pour bafouer les valeurs qui étaient les leurs. Faire vivre la résistance aujourd’hui, ce n’est pas enfermer la lettre de Guy Môquet dans un cours d’histoire pour mieux tourner la page.

Alors oui, Benjamin Lancar a sans doute raison de penser qu’en 2010 la jeunesse de France s’appelle Guy Môquet ; c’est bien pour ça qu’elle est toujours plus dans la rue, chaque jour davantage mobilisée pour défendre ses retraites et son avenir. Nous continuerons ce combat en essayant d’écouter, vraiment, les dernières paroles de Guy : « Vous tous qui restez, soyez dignes de nous les vingt-sept qui allons mourir ».

Pierric Annoot,

Secrétaire Général du Mouvement Jeunes Communistes de France


 
 
 
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2 commentaires
  • Salut Pierric,

    Tu écris : "Guy Môquet a voulu un monde de progrès et de justice sociale".

    Seulement ?

    Je crois savoir qu’il était communiste. Donc il luttait pour le communisme, comme beaucoup de gens dans le monde même d’aujourd’hui ! Le communisme n’est pas simplement un vaseux monde de progrès et de justice sociale. Il s’agit d’une société sans classe, donc sans exploitation. Une société ou l’être humain peut enfin devenir libre (tout en sachant que la liberté est un concept relatif comme le bonheur). Voilà l’objectif !

    Dis le ! Ca te servirait davantage que ces balivernes fumistes sur le progrès, la justice sociale, les droits de l’homme etc. etc.

    • @Humberto,

      Cela ne servirait absolument à rien, bien au contraire, de dire que, puisque Guy Mocquet était communiste, il luttait pour l´avènement du communisme économique, c´est à dire une société sans classes sociales antagonistes et donc sans État.

      Seuls les marxistes peuvent avoir compris cette possibilité très lointaine, peut être dans plusieurs siècles, de cette société dans laquelle l´espèce humaine serait désaliénée, et donc libre. La très grande majorité des gens sincères qui souhaitent un monde meilleur ne s´inscrivent absolument pas dans la croyance de la possibilité de cette future société, qui n´est pour eux que très utopique. Par contre, ils sont accessibles pour comprendre la nécessité de construire un monde de progrès et de justice sociale qui n´est possible que par le Socialisme. Le socialisme étant le nouveau mode de production dans lequel les principaux moyens de production sont la propriété du peuple et non d´une minorité d´affairistes incontrôlables, puisque par définition le propriétaire est maître de sa propriété.

      Votre remarque " Dis le ! Ça te servirait davantage…..que ces balivernes fumistes sur le progrès.." est erronée et foncièrement injuste voire insultante lorsqu´adressée au responsable de la Jeunesse Communiste.

      Michel Maugis.

 
 
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