La décroissance sera-t-elle autoritaire ?

Débat dans le journal de la joie de vivre de Novembre 2010 (n°74) avec Yves Cochet, Florence Leray et Vincent Liegey

Voici la contribution du Parti Pour La Décroissance

Une décroissance autoritaire ne serait plus la Décroissance telle que nous la concevons. Plus qu’une mise en garde sur l’aberration du "toujours plus", la Décroissance doit avant tout nous permettre de nous réapproprier nos choix de vie. En cela, elle ne peut être que choisie, collective, participative et démocratique.

Un regard objectif sur les faits, notamment les questions énergétiques, conduit à une vision d’avenir très pessimiste, voire catastrophiste. On ne peut exclure une récession autoritaire, l’émergence d’une « dictature verte » dont l’action s’effectuerait par coercition, ou un contrôle dogmatique des usages de la société civile. L’histoire a montré que les crises engendrent souvent replis identitaires, recherche de boucs émissaires, emballements guerriers et reculs démocratiques. Dans ce sens, on peut penser que Serge Latouche, à travers sa pédagogie des catastrophes, ou encore les peakistes, à travers leur catastrophisme éclairé, ont raison.

Toutefois, pour qui a envie de vivre et de construire, dès maintenant, une société soutenable et désirable, il est important de croire en l’idéal d’une Décroissance fondée sur la démocratie. Quand bien même les ressources seraient illimitées, la société de croissance accumulerait encore dramatiquement ces crises : sociale, économique, culturelle et politique. La décroissance n’est donc pas une fin en soi, c’est d’abord un cheminement vers un autre paradigme.

C’est cette forme de Décroissance qui favorisera une sortie choisie de la société de croissance, notamment en définissant démocratiquement les notions de bon usage et de mésusage. Les changements ne pourront s’effectuer qu’à travers une forte participation et adhésion à nos idées, ce que nous avions appelé la stratégie de masse critique lors de la création de l’Association d’Objecteurs de Croissance [1].

Aujourd’hui, nous nous retrouvons face à une forte contradiction : nous n’avons qu’une quinzaine d’années pour mener à bien des changements culturels et sociétaux qui ne peuvent se réaliser que sur plusieurs générations. Dans une société où l’individualisme et le désengagement politique sont de plus en plus fréquents, l’enjeu est de trouver des leviers pour « repolitiser la société et resocialiser la politique ». C’est pourquoi il parait nécessaire de participer à la construction d’un mouvement Politique [2] susceptible de contribuer à la mise en place démocratique d’une transition vers ce projet.

Ainsi, plusieurs d’entre nous se sont engagés, depuis 2008, dans plusieurs campagnes électorales avec la même ambition : faire de la politique autrement afin de diffuser les idées de la Décroissance. Notre symbole est l’escargot [3], et nous nous appuyons sur les quatre niveaux Politiques de la Décroissance :
- individuel, à travers la simplicité volontaire et la décolonisation de l’imaginaire ;
- collectif, à travers les alternatives concrètes ;
- celui de la visibilité, à travers la participation aux élections, les passages dans les médias, l’organisation de rencontres-débats ;
- celui du projet : projet de transition et aussi projet de ce que peuvent être des sociétés de Décroissance. Il y a autant d’objecteurs de croissance que de chemins qui mènent à la Décroissance. Nous devons ouvrir tous les chemins possibles, aux quatre niveaux politiques différents, dans le respect de leur diversité et en mettant en avant leur complémentarité.

La Décroissance perdrait tout son sens si elle ne devait s’inscrire que dans une approche réaliste et cynique du monde et, ainsi, sombrer dans l’autoritarisme, ou l’éco-fascisme. Quelles que soient les crises à venir, leurs échéances, leur gravité, toute graine qui aura été semée, tout ce qui aura été réfléchi, expérimenté, construit ici et là, sera un espoir de résistance contre toute forme de barbaries, autoritarisme compris !

La Décroissance sera démocratique ou ne sera pas. Tel est notre défi !

Parti Pour la Décroissance (Texte écrit collectivement)

- [1] Plateforme de convergence de l’AdOC : http://www.partipourladecroissance.net/?page_id=4708
- [2] Au sens de la vie de la Cité.
- [3] Projet "Escargot président", s’inscrivant dans l’appel Objecteurs de Croissance 2012 : cliquez pour télécharger le pdf


 
 
 
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2 commentaires
  • La décroissance sera-t-elle autoritaire ? 14 novembre 2010 17:08, par Emy NONA

    La décroissance est la seule bonne solution pour l’avenir et elle commence évidemment par sa propre vie quotidienne, son propre train de vie.

    Il est donc légitime de se demander quel est le train de vie décroissant des portes-étendards de l’écologie, dans le parti théoriquement "étudié pour" et dans les autres partis ; sans oublier, ça va de soi, les deux hélicolos , YABon le fric et M. Ushuaïa

    Seuls des femmes et des hommes, politiques ou non, vivant, avant tout et dans leur quotidien, l’intelligence du cœur, donc avec le sens des vraies valeurs éternelles (différent de religieuses), prêts à prôner par l’exemple la simplicité volontaire soutenable et durable et pour autant pas triste, mais loin des plaisirs aussi vains qu’éphémères, seules ces personnes réalistes-là peuvent limiter la casse.

    Autrement dit une indispensable décroissance soutenable de la consommation suicidaire des uns et de la pauvreté non méritée des autres. Une décroissance vitale pour notre pays, comme pour l’Europe et la planète tout entière.

    Elle n’aura pas besoin d’être autoritaire, ce qui ne serait pas une bonne chose, mais la gravité qu’on ne veut pas regarder en face l’imposera

  • La décroissance sera-t-elle autoritaire ? 14 novembre 2010 17:12, par Ivan

    Poser le problème dit "de la décroissance", outre la provocation sous-jacente pour ceux qui n’ont pas grand chose, c’est se placer d’emblée dans les critères du système de production et d’échange actuel, capitaliste pour le nommer.
    Ne vaudrait-il pas mieux se poser le problème du pourquoi on produit et quoi ? Pour faire du profit ou pour répondre à des besoins ? Poser le problème en ces termes, c’est changer la problématique, et ça vaut mieux que ce leurre de la "décroissance".