La Pensée sociopolitique, un Janus du Refus

Dans un monde de méprises idéologisées et d’ersatz officiels, il arrive que l’essentiel soit confondu à la banalité. Et, la fierté, ce sentiment de grandeur qui ne devrait venir que de la construction de soi sur les voies de l’accomplissement spirituel et intellectuel et dans leur juste morale, est devenue convulsion d’intumescence d’un monde constipé de ses bévues ! Quant à la morale du capitalisme - système idolâtre de l’argent-dieu - c’est de la schizophrénie histrionique qui, après avoir signifié aux hommes qu’ils ne sont rien et que l’argent est tout, feint de s’étonner que les individus fassent n’importe quoi, du crime contre autrui jusqu’à la vente de soi, jusqu’à l’autoréification pour de l’argent.

Pour l’homme, la dignité et la projection de soi, ces appels incessants à une entéléchie qui passe par une téléologie (cette projection de soi aux horizons lointains) comme pour briser le carcan de l’ici et du maintenant, le renversement ou à tout le moins, le déplacement des limites, constitue un objectif, une vocation de dépassement… Le fait est qu’il nous faille constamment lutter d’abord contre forces des obstacles pour maintenir et prolonger notre statut d’être vivant face aux assauts mortels de la nature organique et intérieure, d’une part, et de la nature environnante extérieure, de l’autre. Après vient la dimension intellectuelle où l’homme affronte la pesanteur des limites par l’incommensurable immensité de son ignorance. Ailleurs, bien au-delà de notre être biologique, la dimension socioculturelle et ses répressions sur l’homme, le poussent à s’insurger contre les limites qu’imposent des structures exterminatrices et liberticides établies par les establishments contre les majorités. Enfin, c’est la dimension spirituelle et psychique de l’homme qui, elle, déjoue des limites mais en impose une : la morale. Celle-ci est le seul espace où l’esprit-hypostase révèle une propension à sa propre limitation. Loin des mièvreries de philosophes de salon et de marché arguant d’athéologie ou d’inamovibilité d’un ordre idéologique donné contournant la question de la révolution sociale qu’ils dévient et subvertissent en y substituant la révolte enfantine sans lendemain, la question essentielle de la philosophie est de savoir si de ses deux dimensions de l’Esprit, d’hypostase métaphysique ou d’entendement rationnel, l’homme peut connaître et vivre la Vérité de son destin de sujet connaissant et assumer son sens ontologique malgré l’immensité du non savoir !?

Je retourne dans ce texte, à la conception platement idéaliste de Hegel qui compare la philosophie à « la chouette de Minerve qui ne prend son vol qu’au crépuscule », « arrivant trop tard, après les faits ». Nous disons, quant à nous, que la philosophie, en politique, mieux que l’histoire, fait l’unité du temps par sa discursivité prospective, sa manière de regarder, de voir et de savoir, d’armer pour le futur en s’appuyant sur l’expérience dans son jugement idéel et son élaboration logique et intuitionnelle sur le présent. Toute philosophie de vie et d’action qui excède la stricte théorie des idées, et va vers la doctrine que ce soit en spiritualité ou en politique, détermine le présent et l’avenir de ses adoptants.

Pouvoir et conscience

Pour esquisser l’actuelle eschatologie de déchéance où la terre est faite déchetterie des ignominies humaines, eschatologie qui est en soi scatologie, l’idéologie capitaliste nous impose une vision de la malpropreté socio-économique comme un imparable comme une fatalité. Comme si ce ne furent guère des choix politiques de quelques riches cyniquement imposés aux hommes et aux peuples ! Si en toute chose humaine, il faut faire l’anamnèse, la conscience, elle, est un champ de possibles. Rien n’est joué à priori. Pour les déchus, les engouffrés, les affres d’un monde traumatique conduisent à l’abîme alors que les esprits éclairés et forts en font leur voie de rédemption. L’esprit, fils de Dieu, a le pouvoir insoupçonné de faire, comme par métabolisme psycho-mental, du mal contingent de la vie individuelle, un tremplin vers l’ascension qui abolit jusqu’à la possibilité d’autres maux.

L’obstacle n’est mur que pour les effondrés alors qu’elle est pont pour les stratèges de la liberté. La nuit est l’empire du sombre pour les déchus, les engouffrés du mal-être mais essor vers le jour pour les esprits forts, amis de la splendeur, conquérants d’humanité et de rédemption.

Mais, à force de programmer l’homme pour leur contrôle par la réification permanente, les maîtres des structures en finissent par altérer la conscience des hommes et des peuples. Et pour cause, la conscience est fonction métabolique de l’esprit. Non subvertie et libre, elle est ce par quoi, l’homme brise les blocages de sa condition et pulvérise tous les freinages intérieurs et extérieurs posés en force et pouvoir de libération et de réalisation de soi. Toutefois, l’esprit libre refuse la compromission de l’adaptation au mal pour se tirer d’affaire dans le monde tel qu’il est. L’esprit libre exige la transformation juste des structures.

Notre étude de l’homme doit être autant une onto-anthropologie que de l’onto-sociologie, c’est-à-dire consistant à prendre en compte l’homme dans son sens ontologique irréductible à toute science particulière dans son rapport à l’être et à soi, tout en considérant la nécessité naturelle de sa vérité d’esprit incarné dans les contingences de sa présence au monde que la communauté doit élever en lui permettant de s’humaniser sans cesse un peu plus sans le ravaler, comme c’est souvent le cas, par les monstruosités du matérialisme vil et du carriérisme clivant des classes et castes de la société... Pour les amis de la liberté - car la plupart des spécialistes, privilégiés dans l’ordre en cours, comme les écoles sont plutôt du côté des prédateurs économiques des peuples, et la philosophie, les sciences humaines et sociales sont le plus souvent diaboliquement réactionnaires - le parti pris, que dis-je, le militantisme de la weltanschauung épistémique, est de chercher et d’élaborer constamment la meilleure formule de mise en communauté des individus. Faire en sorte que la société soit à la communauté des hommes et non une institution subvertie par les structures de prédation de tous par quelques-uns, voilà la finalité de cette démarche gnoséologique et politique.

Dans un monde de crapules agressives, d’agresseurs lâches et de prédateurs tant individuels que systémiques de toutes sortes, de voyous racistes maniérés et condescendants envers les « races inférieures » dont pourtant les richesses les font vivre et dont ils se sont enrichis, seuls les pugnaces et les violents de la juste violence révolutionnaire ont la chance de rester libres et d’échapper aux agressions et insultes de la canaille autorisée. Le compromis sans sujétion de soi étant impossible parce qu’ostracisé par la mentalité des monstres dominants du monde et de la société, il ne reste que la conservation de soi et l’imposition du respect de soi par le combat sans merci aux agressifs criminels cravatés ou non, en uniforme ou en civil qui imposent l’ordre du mal à tous.

Sur la scène des mascarades politiciennes les plus excentriques de la société, plusieurs répugnants tels les Bush, Blair, et leurs émules sont devenus des histrions hagiographes de leur propre biographie ; tellement débiles qu’ils en finissent par croire à la farce macabre qu’ils ont jouée et jouent encore sans s’en rendre compte. Et le plus minable esclave enrichi du capitalisme vorace, se croit souverain, s’enorgueillit avec l’arrogance servile de la marionnette animée qui mime l’être !

C’est l’heure de l’idéologie de lumpénisation massive des populaces agressives et votantes où, par l’imbécillité zélée des plus réifiés du système politico-économique, le monde risque de plonger encore plus profondément dans le nouveau fascisme doux à la mode dans les démocraties ploutocratiques. Des colis ou caniches piégés de bombes par Ben Laden et Al-Qaïda à l’autobiographie de Bush l’analphabète écrivant, le belliciste ignare, sans oublier les papotages du G20, nous avons toutes sortes de niques dans une actualité désopilante quoiqu’agressante qui voudrait nous faire plus bêtes que la bête. Et toutes ces âneries, sciemment concoctées, se diluent dans un sérieux apparent que la grande presse dispense dans les fracas de sa matoiserie éhontée, son alignement rampant, son persiflage crapuleux de la masse qu’elle désinforme.

Le monde n’est plus qu’une déchetterie politico-économique à la mesure des augustes ordures qui, en majorité, le mènent. Ordures anthropomorphes érigées selon la rhétorique de leurs propres presse et critères, malgré leur décomposition, en valeurs et parangons à suivre par les générations montantes. Ordures qui ont tout pour elles, dans le contexte de pragmatisme glacial de la société infâme et copromane inavouée, car elles ont « réussi » dans la jungle de toutes les horreurs, la géhenne qu’elles ont faite du monde. Ainsi, comme la péripatéticienne se jouant un personnage de reine dans sa choséité de fait, les pires criminels contre l’humanité par les politiques qu’ils imposent, héroïsés selon leurs propres institutions idéologiques, s’érigent en moralistes et juges, dieux et seigneurs qui décident de ce qui est gloire et abomination !

Il reste néanmoins aux esprits de bonne volonté, dignes et humains de s’emparer des armes de la politique, ce Janus idéo-agissant pour rendre le monde à son humanité. Ils le feront si, refusant de mentir par lâcheté et cupidité au service des voyous des banques et de la finance, ils osent nourrir la conscience populaire de que j’appelle une heuristique étiologique de la genèse et des mécanismes du mal économique et social fait au peuple. Le mal et le mal-être social démythifié pour les majorités démystifiées, alors viendra le temps de proposer et de construire sur de tout autres bases, un monde humainement plus juste et plus digne au profit des majorités et minorités sacrifiées par l’inéquité endémique du système actuel.

Pour le moment, la plupart des quidams élus, larbins des quelques grands prédateurs de l’économie mondiale, se défoulent bien de leur remugle idéologique sur les peuples lumpénisés à souhait par les éructations d’une presse hyperalignée et les bobards malsains de l’actualité fagotée de toute pièce pour manipuler et dénaturer les consciences…

Aux hommes et aux peuples de ne pas oublier que la plus grande thaumaturgie de l’idéologie dominante ou de groupes lobbyistes, est de pouvoir créer de la réalité en se passant de la vérité. Idéologie vendeuse de la pathologie de consommation compulsive d’objets, et de mentalités en vogue comme normes et mode. Car la pathologie de tous est la santé de l’économie politique qui se délecte des maladies et déviances comportementales des individus asservis et hyperfonctionnels au profit de la société bourgeoise.

Entre l’idolâtrie de l’argent et les peurs haineuses, la phobie a le triste effet de réunir peur et haine par désignation de boucs émissaires comme ces xénophobies que créent nos actuels petits Hitler pour combattre immigrants et étrangers, nous vivons dans un fascisme larvé ! Entre la droite avérée souvent présentée par nos stipendiés journaleux eux-mêmes, comme menace des services et acquis sociaux - (quelle société nourrit éhontée sur le dos du peuple et de ses taxes, ses propres ennemis) - et la pseudo-gauche qui feint de défendre ces mêmes services sociaux susdits, nous subissons l’abomination systémique, la bestialité sylvestre où l’humanité est mise à quia.

Heureux ceux qui savent reconnaître les profiteurs de l’ordre criminel inhumain malgré la kunée des structures qui les cachent, pour les combattre !

Heureux ceux qui, avec armes et armures de toutes sortes, par la dialectique des mots, des actes et des armes se défendent contre le mal crapuleusement infligé selon la « gloire » immonde des scélérats au pouvoir !

Oui, heureux les Hommes et les peuples qui savent se défendre et se battre sans jamais se soumettre au mal !

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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2 commentaires
  • René GIRARD nous apporte des éléments de réponse dans sa théorie : "le désir mimétique" , .....Il décrit les phénomènes de l’imitation chez les êtres humains ou du moins du rôle que joue le désir d’imitation, essentiel entre les hommes, et qui caractérise tous leurs rapports.

    Je ne suis qu’un auto ditacte et je ne suis pas un spécialiste, mais sa théorie correspond bien, me semble t-il, à la description des comportements humains observés et de la violence dégagée....

    Quen pensez vous ?

    • La Pensée sociopolitique, un Janus du Refus 15 novembre 2010 14:53, par Camille Loty MALEBRANCHE

      Oui, considérer la mimésis comme racine des comportements et donc du mal qui sévit partout, est pertinent. C’est pourquoi les codes et signes doivent être refaits autrement car si l’humain est Créature divine et enfant de la Nature, l’Homme, comme on le sait, est une construction de la culture et de la société.

      Mais la question est la suivante :

      Qui élaborera la nouvelle sémiotique sociale pour une autre signifiance ? Quels hommes dignes de leur humanité, au-dessus de la mêlée, y adonneront leur énergie ?

 
 
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