Tuerie des chrétiens dans la cathédrale catholique de Bagdad

Lettre de témoignage vraie et poignante.
Chaîne de fraternité des catholiques ... pas seulement.
A lire au nom de cette valeur commune aux hommes de bonne volonté qu’est l’humanité.

Tuerie des chrétiens dans la cathédrale catholique de Bagdad (Iran) le dimanche 31 octobre 2010. (60 morts et plusieurs dizaines de blessés)
Récit de spetites soeurs de Foucauld résident à Bagdad

Chers frères et sœurs de partout,

Nous voulons commencer cette lettre par vous remercier de tous les messages de communion et de solidarité que nous avons reçus. Il y beaucoup de catastrophes naturelles en ce moment qui font des victimes bien plus nombreuses que chez nous, mais la cause n’en est pas la haine, c’est ce qui fait toute la différence. 

Notre Église est habituée aux coups durs, mais c’est la première fois que c’est aussi violent et sauvage et surtout la première fois que cela s’est passé à l’intérieur de l’église, d’habitude ils font exploser des bombes dans la cour des églises. 

L’église Notre Dame du Salut est une des trois églises syriaques catholiques de Bagdad ; la plupart des gens qui la fréquentent sont des chrétiens de rite syriaque originaires de Mossoul, ou des trois villages chrétiens syriaques proches de Mossoul Quaraquosh dont sont originaires nos petites soeurs Virgin Hanan et Rajah Nour, Bartolla et Bashiqua ; dont est originaire petite soeur Mariam Farah. Grâces à Dieu, aucune d’elles n’a eu de parents proches tués ou blessés gravement. 

L’église a été prise d’assaut le dimanche 31 octobre après midi, juste après le sermon du Père Tha’er qui célébrait la messe. Le Père Wasim, qui est le fils d’une cousine de P. Soeur Lamia, confessait au fond de l’église près de la porte d’entrée, le Père Raphaël était dans le choeur. Les attaquants étaient de très jeunes gens (14-15 ans), non masqués, armés de mitraillettes, de grenades et ils portaient une ceinture explosive. Ils ont tout de suite ouvert le feu, tuant le Père Wasim qui tentait de fermer la porte de l’église ; puis, ils ont tiré aveuglement après avoir ordonné aux gens de se jeter à terre, de ne plus bouger et de ne pas crier. Certaines ont réussi à envoyer des messages par téléphone portable pour donner l’alerte ; mais après, les assaillants tiraient sur toute personne qu’ils voyaient utiliser son portable. Le Père Tha’er qui continuait à célébrer a été tué à l’autel dans ses habits sacerdotaux, sa mère et son frère ont été tués également. 
Après cela, ce fut le massacre. Nous ne pouvons pas raconter tout ce que les gens nous ont dit, même les enfants qui criaient étaient tués. Certaines personnes s’étaient réfugiées dans la sacristie en barricadant la porte, mais ils sont montés sur la terrasse de l’église et ont jeté des grenades par les fenêtres de la sacristie qui sont en hauteur.

Tout ceci laisse penser que c’était une attaque bien préparée et qu’ils avaient eu de l’aide à l’extérieur ; car, comment ont-ils pu forcer le barrage de police, dans la rue qui va à l’église et connaître le chemin de la terrasse ? Ils ont mitraillés les appareils d’air conditionné pour que le gaz en s’échappant asphyxie les gens qui étaient proches. Ils ont mitraillé la Croix en se moquant et en disant aux gens  : « dites lui de vous sauver ». Ils ont aussi prié l’appel à la prière : - « Allah akbar, la ilah illallah. » et à la fin, quand l’armée a été sur le point d’entrer, ils se sont fait exploser.

L’armée et les secours ont mis presque deux heures à arriver, ainsi que les américains qui survolaient en hélicoptère, mais l’armée n’est pas entrainée à gérer ce genre de situation et ils ne savaient pas bien que faire. Pourquoi ont-ils mis si longtemps à arriver ? Tout s’est terminé vers 10 h.30-11 heures du soir, cela a duré très longtemps et nous pensons que beaucoup de personnes sont mortes suite aux hémorragies de leurs blessures.

Après, les blessés ont été emmenés dans différents hôpitaux et les morts à la morgue. Les gens ont commencé à arriver pour savoir ce qui s’était passé et prendre des nouvelles de leurs proches, mais l’église était interdite d’accès et les gens ont commencé à aller d’hôpital en hôpital à la recherche de leurs proches. Nous avons vu des gens qui ont cherché leur proche jusqu’à 4 h. du matin pour finalement le découvrir à la morgue.

Le lendemain, ont eu lieu les obsèques dans l’église chaldéenne voisine. L’église était bondée, c’était très impressionnant. Il y a avait 15 cercueils alignés dans le choeur, les autres victimes ont été enterrées dans leur village ou séparément selon les cas. 

Des représentants de toutes les communautés chrétiennes ainsi que du gouvernement étaient là ; notre patriarche a parlé ainsi que le porte parole du gouvernement et un religieux, chef d’un parti islamique (Moammar el Hakim). La prière a eu lieu dans une grande dignité et sans manifestations bruyantes. Le Père Saad, responsable de cette église avait aidé les gens à prier à mesure qu’ils arrivaient, avant que ne commence la cérémonie. Les deux jeunes prêtres ont été enterrés dans leur église dévastée ; il y a un cimetière sous l’église. Avant d’être enterrés, on a fait entrer les cercueils dans l’église pour que les gens leur fassent leurs adieux. 

Au début, nous ne savions rien des victimes, nous ne connaissions personne directement, sauf le Père Raphaël, prêtre âgé ; nous sommes allées à cet hôpital pour le visiter et visiter les blessés qui y étaient. Ce sont les familles qui nous conduisaient de chambre en chambre ainsi que les cadres de l’hôpital qui nous indiquaient les blessés. Par hasard, tous étaient des femmes ou des jeunes filles, toutes blessées par balles. Ce n’est pas comme dans une explosion où on peut se faire arracher un bras ou une jambe. Nous sommes restes à côté d’eux sans parler beaucoup ; c’était eux qui parlaient ou leur famille, chacun revivait son histoire en nous la racontant. 

Comme l’attaque a eu lieu un dimanche, à la messe, des membres d’une même famille ont été tués ou blessés, certains en protégeant leurs enfants . Nous avons été frappés par leur calme et leur foi quand ils racontaient ; nous sentions que c’était des gens revenus d’un autre monde, et qu’à ce moment là plus rien ne comptait que la rencontre proche avec le Seigneur. Ils ne pensaient plus à rien et priaient seulement, et cela a duré cinq heures.

Le vendredi après midi, les jeunes de plusieurs paroisses sont venus pour aider à déblayer et nettoyer un peu, et le dimanche suivant, le 7 novembre, tous les prêtres syriens et chaldéens de Bagdad qui étaient libres ont célébré la messe dans cette église vide et dévastée sur une table de fortune. Il y avait peu de monde, car cette messe n’avait pas été annoncée, nous n’y sommes pas allées car nous ne l’avons pas su. C’était très émouvant. 

La réaction des gens, musulmans bien sûrs, est très consolante : ils nous arrêtent dans la rue, dans les bus pour nous faire leurs condoléances et nous assurer que leur religion n’est pas comme cela ; les chauffeurs de taxis engagent tout de suite la conversation. 

Il y a un sursaut de foi et de détermination surtout chez les prêtres restés à Bagdad qui disent : ‘ils veulent nous chasser et nous exterminer mais nous sommes là et nous resterons  ; depuis 14 siècles, vous n’avez pas pu en finir avec nous.’ L’Histoire des chrétiens d’Irak est une longue histoire de persécutions, de martyrs, de chrétiens chassés et déplacés. Nous pensons à la phrase du psaume 69 :»plus nombreux que les cheveux de la tête, ceux qui haïssent sans cause ». Et nous pensons surtout à Jésus, haï sans raison, alors qu’il passait en faisant le bien. 

Nous terminons cette lettre avec le cri d’un enfant de 3 ans qui a vu tuer son père et qui criait :’ça suffit, ça suffit’ avant d’être tué lui aussi. Oui, vraiment avec notre peuple, nous crions aussi, ‘ça suffit’.

Vos petites soeurs de Bagdad Alice et Martine
le 12 novembre 2010


 
 
 
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