Qu’est devenu « le peuple d’amour et de paix » ?

Le 17 mai 2003, au lendemain des attentats de Casablanca, quatre des plus anciens prisonniers politiques marocains -18 à 28 années de prison- condamnaient « ces actes gratuits et criminels ayant pris pour cible un peuple d’amour et de paix ». Au fond de leur prison d’Oukacha, ils croyaient vraiment que la page des années de plomb était tournée et ils attendaient leur libération avec l’espoir de lendemains qui chantent…

Novembre 2010 un militant m’écrit « Au Maroc personne ne peut exprimer librement ses opinions sur ce qui se passe au Sahara. Le ministre de la communication vient de déclarer que "nous sommes en état de guerre" et tout le monde doit défendre la position officielle. Une atmosphère de terreur règne au Maroc. »
Décembre 2010, des Marocains habitant des bidonvilles qui ont été inondés jusqu’au toit, ont manifesté leur indignation face à l’incurie des pouvoirs. Six habitants ont été arrêtés hier pour constitution de "bande criminelle, destruction de biens publics..."
La liste d’exemples de la politique de la terreur est infiniment longue.

Comment en est-on arrivé là ?

Le peuple sahraoui, qui est réellement un peuple d’amour et de paix, respecte le cessez-le-feu depuis 1991. Face à l’apartheid, au mépris, aux violentes répressions, aux mensonges, aux tortures cruelles il résiste par des actes pacifiques. Son langage n’est jamais guerrier. Il préfère parler d’amitié et de respect des droits.
Attaqué, le peuple se défend et il attaque le symbole de l’occupation. Le langage quotidien commun du gouvernement, et d’une grande partie du peuple marocain, est celui de la guerre. Il y a des ennemis, des traîtres, des idiots… Les commentaires reçus sur les blogs en témoignent. Les Sahraouis ont inventé une nouvelle forme de protestation pacifique, et planté leurs tentes hors des villes du Sahara occupé. A Gdeim Izik, à une vingtaine de km d’El Ayoun, 7000 tentes et entre 20 000 et 25 000 hommes, femmes, enfants, bébés se sont installés pour un séjour de longue durée… Même encerclés par la police dès les premiers jours, ils goûtaient à la liberté.

Un ami marocain m’écrit le 31 octobre « C’est la première fois qu’une population s’organise pour fuir la prétention de ce Maroc qui n’a cessé de tromper l’opinion sur ses méfaits dans cette région qu’il annexe contre toute légitimité. Il s’expose à la risée de l’ensemble des chancelleries, même celles qui le soutiennent jusqu’à présent. Il ne cesse de s’embourber dans ses paradoxes et ses incohérences qui vont lui coûter très cher et c’est tant mieux. Et ceci même si les médias (français) semblent ignorer cet exode inédit… Je pense que ce mouvement n’en est qu’à ses débuts et il va s’amplifier et capitaliser aux Sahraouis une solidarité sans précédent. Le Maroc aura des comptes à rendre (…) Je suis pour l’autodétermination du peuple sahraoui. C’est une culture qu’il faut préserver : la culture des sables et du mariage du sol et du soleil, de la mer et de la liberté. Le Maroc opprime son peuple et va en opprimer d’autres. Pour moi c’est une question de démocratie et d’Etat de Droit »

La violence dictatoriale du Maroc balaye sans finesse cette protestation démocratique. Un jeune de 14 ans est tué alors qu’il apportait de l’approvisionnement aux camps, et ceux ci sont attaqués et violemment détruits par les forces sécuritaires marocaines le 8 novembre avant le lever du soleil. Les observateurs, les journalistes sont expulsés. La parole, les faits sont confisqués par les oppresseurs. Pays fermé, violence à huis clos…
Néanmoins, le courage surmonte la peur, la technologie détourne l’opacité, les photos, les vidéos sortent du Sahara, des témoins racontent.

Une jeune Sahraouie se livre : « J’étais dans le campement de Gdeim Izik quand les Marocains nous ont attaqués.
Il y avait vraiment beaucoup de Marocains, et toutes les forces de sécurités possibles. L’armée, la police, la gendarmerie royale, les forces auxiliaires, les sapeurs pompiers et d’autres que je n’ai pas reconnus nous ont attaqués. Toutes les sirènes des ambulances sonnaient constamment, et l’hélicoptère tournait pour nous effrayer. Les enfants pleuraient et hurlaient de peur. Ils s’étouffaient à cause des gaz lacrymogènes. On avait l’impression que les Marocains voulaient nous encercler pour tous nous tuer. C’était terrible, vraiment horrible (…) Même quand ils sont allés saccager les maisons (d’El Aaiun) ils avaient les fusils. J’ai ramassé des cartouches par terre. Elles sont en plastique. Maintenant je suis toujours cachée. Je sais que la police me cherche. »

La chasse à l’homme et la terreur sur El Aaiun sont décrits par la députée marocaine Gajmoula Abbi, Sahraouie acquise à la thèse marocaine : « A aucun moment je n’ai pensé que le démantèlement du campement sahraoui serait fait de cette manière, de manière violente, où il y a eu des pertes humaines, beaucoup de blessés et beaucoup de gens – beaucoup de femmes et d’enfants - qui ont traversé ce désert pendant 18 km dans des conditions très très très difficiles, en marchant et avec beaucoup de peur. La vérité est que ça a été très impressionnant de voir des citoyens marocains, avec la police, menaçant les Sahraouis et détruisant les maisons et pillant les biens des Sahraouis (…)" Elle explique aussi le pillage des maisons sahraouies par les civils marocains et l’arrestation par la police des jeunes garçons à partir de 12 ans, les disparitions... Elle avait annoncé vouloir protester, mais on n’entend plus parler d’elle…

Après quatre jours de terreur et de répression à huis clos l’ONG américaine Human Rights Watch réussit à obtenir l’autorisation de se rendre sur les lieux. Son rapport accablant contredit les déclarations officielles marocaines. Deux journalistes espagnols ont également pu se rendre sur place. Ana Romero, la journaliste de El Mundo, est traitée de menteuse par le Maroc et menacée de mort lors de son expulsion. L’accès au Sahara Occidental est de nouveau interdit à tout étranger : un journaliste danois, deux médecins belges envoyées en mission humanitaires, des députés européens sont renvoyés du Maroc. Pas de témoins quand on cogne, pas de témoins quand on nettoie.
A Smara et El Aaiun, le 29 novembre, des dizaines de lycéens Sahraouis, attaqués par leurs collègues sous les yeux de la police marocaine impassible doivent être évacués dans les hôpitaux d’El Aaiun.

En juin 2008 la population de Sidi Ifni, petite ville côtière marocaine à moins de 500 km d’El Ayoun a connu les mêmes humiliations, la même haine envers les militants des droits de l’homme, la même répression sauvage, la mise à sac des maisons, les arrestations, les pillages, les menaces de viol (et probablement les viols)…
C’est le même pouvoir arrogant qui agit.
Comment comprendre qu’une partie du peuple marocain, qui subit les mêmes agressions du même potentat voue de la haine au peuple sahraoui, haine étalée sans vergogne dans sa presse, sur Internet et dans son coupable comportement ?

Les résistants, les hommes et les femmes libres de part et d’autre, ne seraient-ils pas prêts à se comprendre si la liberté d’opinion marocaine n’était pas muselée ? Peut-être est ce que craint le pouvoir ?

Le Maroc cherche la guerre, sans égard pour son peuple ni son/ses voisins. Dans une correspondance urgente envoyée à la Maison Blanche à propos du dossier ayant trait à l’axe Maroc-Algérie-Espagne, la CIA a prévenu que le Maroc a mis en état d’alerte ses forces armées au sud du Maroc qui sont prêtes à mener une attaque militaire sur le Front Polisario à tout moment, au cas où ce dernier tenterait de mener une quelconque action contre le Maroc. (Algeria ISP) Le Maroc qui est l’agresseur, se place encore en victime…

La solution non violente ne peut être autre que le référendum par lequel les Sahraouis sous l’égide de l’ONU, auto-détermineront s’ils veulent être Sahraouis indépendants ou Marocains. Nous devons soutenir le processus légal international. Voilà bientôt 20 ans que la mission de l’ONU ne remplit pas son contrat. Et 35 ans que le Maroc tente d’imposer par la force sa présence, qu’il vole et pille les ressources naturelles du Sahara sur lesquelles il n’a aucune souveraineté. Le Maroc et ses complices volent au Sahara le produit de la pêche, les tomates, les concombres et les melons, la spiruline, les phosphates et bientôt le pétrole. Le Maroc et ses complices détruisent l’écosystème, et déciment les espèces végétales et animales rares, oiseaux, gazelles, ou arbre endémique, le talha…

Le peuple marocain d’amour et de paix est devenu un peuple belliqueux et aigri…
Ou peut être est-il un peuple en très grande souffrance qui subit - sans plus pourvoir réagir - les manipulations et la répression d’un gouvernement qui n’est plus que haine et abus de pouvoir.

Solidmar05 et APSO, le 5 décembre 2010


 
P.S.
 
 
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