Téléthon Reprise d’article

Téléthon : Vos dons ! Mais pour qui et pour quoi faire ?

Par Sylvie Simon

« La majorité continue à réciter en pleine irresponsabilité le triomphant credo scientiste et à renouveler, de décennie en décennie, les promesses de lendemains qui chanteront. De Téléthon en Téléthon, aucun malade n’a été seulement “amélioré” par une thérapie génique et ne le sera jamais. »
Jacques Benvéniste

Les dons sont en légère régression

Cette année encore, les chaînes de télévision publiques, relayées par certaines radios et les dons en ligne sur Internet, viennent de consacrer deux journées au Téléthon s’adressant à ceux qui pensent encore naïvement qu’ils donnent de l’argent pour soigner de graves maladies. Loin d’avoir compris ce qu’il en est vraiment de cet événement publicitaire organisé par les adeptes de la thérapie génique, qui sont souvent les mêmes que ceux des OGM, les Français, dont plus de 70 % refusent les OGM, persistent à donner des sommes astronomiques qui pourraient être consacrées à des maladies tout aussi terribles, et cent ou mille fois plus fréquentes.

Depuis sa création en 1987, le Téléthon français a rapporté plus de 1,6 milliard d’euros, dont plus de 119 millions d’euros consacrés à ses frais de gestion et quelque 175 millions pour la collecte des dons.

En 2008, ce marathon avait rapporté 104,9 millions d’euros, mais en 2009, on n’a enregistré que 95 millions d’euros. Cette année 2010, peut-être à cause de la polémique déclenchée par Pierre Bergé qui estime à juste titre que le Téléthon « parasite la générosité des Français d’une manière populiste » (alors que lui souhaiterait la parasiter au profit de sa propre cause), la baisse a persisté. Malgré la participation de nombreuses personnalités peu renseignées sur les tenants et aboutissants de ce grand Carnaval, malgré la marée d’émotion suscitée par les trémolos dans la voix des participants, et malgré les multiples actions locales qui se sont déroulées partout en France, le téléthon n’a eu que quelque 84 millions d’euros. C’est encore trop car le potentiel caritatif étant limité, ce que l’on donne aujourd’hui au Téléthon, on ne le donnera pas demain contre d’autres maladies.

Les animateurs de France Télévisions ont certainement ému les téléthon-spectateurs mais, en ce qui concerne leur sincérité, il faut savoir que télé2, soi-disant partenaire de l’association, facturait 1 500 000 euros les 30 heures de diffusion en 2008 et n’a sûrement pas baissé ses prix depuis cette époque, lorsque le Républicain Lorrain du 16 décembre 2008 a diffusé cette nouvelle. Si tous « les partenaires » sont aussi gourmands, il est certain que cette maladie ne sera pas « vaincue » de si tôt.

Pour animer ces 30 heures d’audience, l’AFM mobilise 200 000 bénévoles pendant deux mois, puis au cours de l’opération 13 000 communes partenaires, tandis que 2 300 bénévoles sont mobilisés toute l’année. Même si, comme le dit le président d’une grande association « tout le monde rêve de son Téléthon », peu d’associations peuvent se permettre un tel branlement de combat.

Pourtant, le nouveau président de France Télévisions, Rémy Pfimlin, aurait indiqué à la présidente de l’AFM (Association française contre les myopathies), qu’en l’état actuel des choses, France Télévisions envisage de ne pas reconduire l’émission en 2011, en tous cas pas comme elle se déroulait immuablement.

Pendant ce temps, le paludisme tue 2 millions de personnes chaque année, sans émouvoir grand monde car ce n’est pas une maladie dite « génétique » et de ce fait, n’intéresse pas la recherche génétique, tellement à la mode depuis quelques temps, et seule recherche bénéficiant d’une pareille promotion de l’état.

Au point que le Pr Jacques Testard, directeur de recherche à l’Inserm, spécialiste en biologie de la reproduction, l’un des pères scientifiques du premier bébé-éprouvette français, a violemment réagi l’an dernier.

« C’est scandaleux. Le Téléthon rapporte chaque année autant que le budget de fonctionnement de l’Inserm tout entier. Les gens croient qu’ils donnent de l’argent pour soigner. Or la thérapie génique n’est pas efficace. Si les gens savaient que leur argent va d’abord servir à financer des publications scientifiques, voire la prise de brevets par quelques entreprises, puis à éliminer des embryons présentant certains gènes déficients, ils changeraient d’avis. »

De toute manière, étant donné que ces laboratoires cherchent en vain à guérir la maladie depuis plus de cinquante ans, la thérapie génique ne doit pas être le bon moyen de soigner la plupart des maladies génétiques. Si ses pistes étaient bonnes, l’AFM, qui recueille et redistribue à sa guise les fonds collectés, aurait dû trouver depuis belle lurette.

En outre, lorsqu’il s’agit de recueillir des sommes aussi importantes, leur usage mériterait d’être décidé par un conseil scientifique et social qui ne soit pas inféodé à l’organisme qui les collecte.

N’oublions pas que le magazine Capital a publié en avril 2005 un article qui nous a appris qu’une grande partie des fonds recueillis chaque année par l’AFM grâce au Téléthon servait à améliorer le quotidien de ses dirigeants. La Cour des comptes avaient alors relevé, entre autres, les salaires des dix principaux cadres qui atteignaient en moyenne à cette époque 7 676 euros par mois, les voitures de fonction, les virées dans des quatre étoiles à Bora Bora, des achats de vêtements personnels pour plus de 8 000 euros, des meubles et une coquette villa avec jardin dans l’Essonne pour sa directrice de l’époque avec femme de ménage et jardinier, soit 83 000 euros en cinq ans. Ces dirigeants ne sont pas à compter parmi les bénévoles évidemment.

Qu’en penseraient les « généreux donateurs », dont certains ont de petits moyens mais se privent « pour aider des enfants malades », s’ils apprenaient qu’ils n’aident qu’une industrie prospère avec des pouvoirs financiers vertigineux ?

Sylvie Simon http://www.sylviesimonrevelations.com/


 
P.S.
 
 
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