Tom Morello, de Rage Against the Machine : "Je suis heureux d’apporter ma solidarité au MST dans sa lutte pour la justice sociale au Brésil"

mardi 14 décembre 2010

Lors de son passage par l’Amérique Du Sud le guitariste de RATM, Tom Morello, s’entretient de politique et de musique avec Brasil de Fato
19/11/2010

Par Ana Maria Straube, Rodrigo Salgado et Vinicius Mansur (à São Paulo)

Né en 1991 en Californie, le groupe Rage Against The Machine (RATM) s’est fait connaître sur la scène musicale mondiale avec un mélange étonnant de rap, de rock heavy et sa critique politique furieuse et constante.

Dans la trajectoire du groupe : jets de pierre au capitalisme, au bellicisme nord-américain, au racisme, à l’ethnocide des indigènes d’Amérique, à la violence machiste. Hommages aux zapatistes, à la ligue antifasciste, à l’organisation Women Alive, aux prisonniers politiques Leonard Peltier et Mumia Abu-Jamal.

Le groupe a produit des spectacles pour eux, consacrant l’argent récolté à La défense de ces causes. RATM a aussi joué dans des manifestations contre Le NAFTA (Traité Nord-Américain de Libre Commerce) et l’ALCA (Aire de Libre Commerce des Amériques), presenté des shows contre la guerre (en 2000 et 2008) au portes de la Convention Nationale du Parti Démocrate, a provoqué la fermeture de la Bourse des Valeurs de New York pour quelques heures en tentant d’enregistrer un clip réalisé par Michael Moore en face de l’institution, et s’est fait censurer par la chaîne NBC pour exhiber le drapeau des USA tête en bas lors d’un concert.

Après les attentats du 11 septembre 2001, la station Clear Channel a produit une liste de “musiques aux paroles critiquables”, dans laquelle RATM fut le seul groupe à voir inclus tous ses textes.

De 2000 à 2007, le groupe s’était séparé mais en octobre 2010 il atterrit et “terrorise” pour la première fois l’Amérique du Sud, lors d’un voyage au Brésil, en Argentine et au Chili, rendant hommage au MST (mouvement des travailleurs ruraux sans terre), aux Mères de La Place de Mai, à Víctor Jara et à Salvador Allende. C’est à La fin de cette tournée que le guitariste de RATM, Tom Morello, a offert cette interview exclusive au journal Brasil de Fato.

Brasil de Fato – Les fans sud-américains ont attendu longtemps un concert de RATM.La réception du public vous a plu ?

Tom Morello – Nous avons été extasiés par le public brésilien. Nous avons de nombreux fans ici et nous sommes honteux d’avoir attendu 19 ans pour jouer dans le pays. Mais l’attente ne fut pas vaine. Ce fut réellement une soirée mémorable.

RATM est un groupe clairement anticapitaliste. Cependant, lors du show au Brasil, on observe qu’une part considérable de vos fans ne s’intéressent pas au contenu politique ou même s’opposent à des idées de gauche. Comment l’expliquez-vous ?

TM - RATM est un groupe qui se soucie d’agir largement. Nous jouons notre musique pour atteindre une large éventail de personnes, indépendamment de ses penchants idéologiques. Je n’ai pas de problèmes à ce sujet. Nous ne sommes pas un groupe élitiste qui joue exclusivement pour les personnes qui partagent exactement notre vision. Ce que nous avons perçu tout au long de ces années c’est que de nombreux jeunes qui étaient apathiques ou possédaient des opinions politiques différentes ont été exposés à un nouvel ensemble d’idées de notre part à travers notre musique et dans certains cas, cela a contribué à changer leur façon de penser.

Un journaliste a publié que vous avez été utilisés par le MST du Brésil, vous qualifiant de “gringos simplets aux mains de mauvaises gens”. Qu’en pensez-vous ?

TM - Je suppose que le journaliste dit que nous sommes des marionettes aux mains du MST (Mouvement des Travailleurs Sans Terres au Brésil) parce qu’il ne partage pas la position politique du mouvement. C’est une critique commune qu’on subit aux États-Unis. Quand les médias de droite critiquent les artistes pour leur position politique c’est généralement parce qu’ils ne la partagent pas. J’en ai appris pas mal sur le MST avec Zack, qui connaît bien les mouvements politiques de toute l’Amérique Latine et nous sommes fiers d’apporter notre solidarité au MST dans sa lutte pour La justice au Brésil.

Vous faites partie d’un mouvement politique ?

TM - Je suis cofondateur avec Serj Tankian du groupe System of a Down, de Axis of Justice, une organisation sans but lucratif déterminée à réunir des musiciens, des fans de musique et des organisations politiques de base pour lutter pour La paix, les droits humains et la justice économique. Je suis membre aussi de la IWW (Travailleurs Industriels du Monde), organisation radicale de travailleurs, fondée au début du vingtième siècle et qui rassemble des travailleurs de tout type - travailleurs sexuels, étudiants, musiciens, métallos, paysans, etc..

Quelle importance revêt pour vous le fait que des jeunes appuyent des mouvements sociaux tels que le MST ? Au Brésil actuellement, La jeunesse s’engage peu dans les luttes sociales. Comment se comporte-t-elle aux États-Unis ?

TM - C’est La jeunesse qui change le monde et je crois d’une importance cruciale qu’ils ouvrent leurs horizons à travers un large éventail d’idées et de mouvements politiques ouverts à la participation dans leurs pays. Aux États-Unis la jeunesse a été três dynamisée pour la campagne d’Obama et beaucoup ont perdu leurs illusions en voyant ses actes après son élection. Il y a un grand mécontentement aux États-Unis au sujet de l’économie ou sur la poursuite des guerres au Moyen Orient, et malheureusement, les semidieux de La droite ont manipulé cela mouvement en fonction de leurs intérêts.

La victoire des républicains aux dernières élections nous en semble la parfaite illustration. Existent-ils aux États-Unis des mouvements populaires capables de renverser cette situation ?

TM - Sous l’administration Bush, il y a eu un grand mouvement anti-guerre. Beaucoup de cette énergie a été canalisée pour la campagne d’Obama, que je considère comme une personne décente. Mais je crois que les hautes sphères du gouvernement sont remplies de compromissions. La politique des États-Unis est dominée et mise en oeuvre par le grand capital. Ce virage à droite après deux ans d’Obama, n’est pas pour me surprendre. Ce n’est pas dû au fait que sa politique menace l’élite. Son appui à la guerre d’Afghanistan et le sauvetage criminel offert aux banques et à l’industrie financière sont une claire indication de sa soumission de classe. Ce qu’exprime le mouvement d’extrême-droite dans la politique nord-américaine est un défi aux conventions culturelles que représente Obama.

Il existe de nombreux racistes aux États-Unis qui ont perdu le sommeil depuis qu’un président noir occupe La Maison Blanche. L’extrême-droite a utilisé des thèmes comme la race, les sentiments antigay et anti-immigrés pour ressusciter l’animosité contre le centriste Parti Démocrate, laissant dans l’ombre la mission économique et le pouvoir, et de cette manière a convaincu La classe travailleuse blanche de voter contre ses propres intérêts.

Quelle vision avez-vous du récent processus latino-américain ?

TM - Il me semble que pendant que les États-Unis ont focalisé leur attention sur les guerres immorales et ilégales au Moyen Orient, ils ont laissé l’Amérique Latine suivre sa route. Je suis très satisfait qu’au cours des dix dernières années, des mouvements réellement populaires ont commencé à influencer la politique d’État et dans certains cas ont pu arriver au pouvoir, à travers des gouvernements qui se placent explicitement aux côtés des pauvres et de la classe travailleuse. En même temps la population de tout pays doit rester attentive aux phénomènes de corruption. Je crois qu’il s’agit d’une signe encourageant que les opprimés aient, plus que jamais, pris La parole en Amérique Latine.

Parlons musique sans pour autant laisser La politique. Comment un groupe comme RATM peut-il se lier à l’industrie culturelle ?

TM - Bon, il est possible que personne au Brésil n’ait jamais écouté RATM ou ne s’intéresse à cette interview si la musique du groupe n’était véhiculée par Sony Music. Dès que le groupe fut créé nous avons pris une décision de manière extrêmement consciente sur comment nous tenterions de diffuser notre message révolutionnaire au plus grand nombre possible de gens dans le monde entier. Et tout em respectant la décision d’autres artistes de ne travailler qu’avec des labels indépendants, nos objectifs politiques sont beaucoup plus grands. Nous voulons que notre musique ait un impact mondial.

L’influence musicale des voix est assez vaste. Du RAP au Rock, em passant par La musique noire et le heavy metal. Est-elle toujours été orientée par l’activité politique ?

TM - Mes préférences musicales sont très diverses et ne suivent pas toujours um critère politique. J’adore le heavy metal comme Black Sabbath, Iron Maiden et Rush, ainsi que le hip-hop contemporain de DMX et de Jay-Z et, bien sûr, j’aime les groupes politiques comme Public Enemy et The Clash. Á RATM, nous synthétisons toujours nos influences musicales pour nourrir notre engagement politique.

Vos références dans la musique latino-américaine ?

TM - Un de mes héros majeurs en musique est Víctor Jara, cet extraordinaire talent et martyr du coup d’État de de 1973 au Chili. Sa vie comme musicien et comme militant m’inspire beaucoup, em particulier dans mon projet en solo qui porte le nom de The Nightwatchman.

Quels nouveaux talents musicaux voyez-vous ?

TM - Je suis un grand fan de Gogol Bordello, The Arcade Fire, Bright Eyes et d’un groupe peu connu hors de New York, qui s’appelle Chama Outernational.

RATM est revenu pour rester ? Quels sont les chantiers en vue ?

TM - Hé bien nous sommes vraiment ensemble comme l’a montré notre show brésilien. Actuellement, Il n’y a pas de plans pour un nouveau disque mais nous restons amis et poursuivons les concerts. Le futur n’est pas écrit.

Avez-vous l’intention de revenir en Amérique du Sud ?

TM - J’adorerais revenir rapidement pour jouer plus et pour explorer le continent. Ce voyage en Amérique du Sud n’a duré que dix jours, ce qui n’est pas assez long. Je me suis senti inspiré par ce public, par la rencontre avec le MST, par les répétitions de l’école de samba Vai Vai, par la visite des tombes de Víctor Jara et d’Allende au Chili, par la marche avec les Mères de La Place de Mai à Buenos Aires. Ces choses seront absorbées par ma musique future. Finalement, je voudrais dire un grand merci aux fans du Brésil. Nous avons mis dix-neuf ans pour nous rencontrer mais je jure que nous n’attendrons pas dix-neuf ans pour revenir. Nous nous reverrons bientôt.

Voir le message de solidarité de Rage Against the Machine avec le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST) :

http://www.youtube.com/watch?v=JB2LOKkQ3Ngfeature=player_embedded

QUI IL EST

Né en 1964 à Harlem, New York, formé en sciences politiques à l’Université de Harvard, Tom Morello a été inclus par La revue Rolling Stone dans la liste des 100 meilleurs guitaristes du monde.

Traduction du portugais (Brésil) : Thierry Deronne pour La Revolución Vive


 
 
 
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