Le sommet de Cancun : des promesses qui engagent ceux qui y croient

« Pendant de nombreuses années, l’homme a mis du temps à répondre, et même à reconnaître l’ampleur de la menace climatique. C’est vrai pour mon pays également. Nous le reconnaissons. Mais aujourd’hui est une nouvelle ère. Et je suis fier de dire que les Etats-Unis ont fait plus pour promouvoir une énergie verte et pour réduire la pollution au carbone dans les huit derniers mois qu’à n’importe quel moment de notre histoire. »
Discours d’Obama aux Nations unies le 22 septembre 2009

Le Sommet de Cancun a pris fin sur une « autosuggestion de réussite » qui, à terme, se transformera en échec. Le président mexicain Felipe Calderon hôte du Sommet, a fait l’éloge des participants à la conférence de l’ONU sur le changement climatique, qui sont finalement parvenus à un accord visant à lutter contre le réchauffement de la planète. « Nous pensons à nos frères des pays les plus vulnérables », a indiqué M.Calderon. « Mais personne n’a renoncé à l’objectif des traités ayant force obligatoire. » Le sommet de Cancun avait pour objectif de prolonger le protocole de Kyoto après 2012, ce ne fut pas fait. La Chine a fait un pas sur la question controversée de la transparence des engagements en termes d’émissions au cours des négociations et la Banque mondiale a annoncé durant le sommet la création d’un fonds pour soutenir l’émergence de marchés du carbone dans les pays en développement. La création d’un Fonds vert pour permettre aux pays en développement de s’adapter au changement climatique. Les pays quant à l’après-Kyoto ont repoussé à 2011 les négociations sur l’avenir du protocole.

Génèviève Azam, économiste, remet les pendules à l’heure s’agissant des avancées de Cancun : « Le passage à des économies « bas carbone », fondées sur les énergies renouvelables, est retardé alors que l’Agence internationale de l’énergie vient de publier une étude montrant pour la première fois que le pic pétrolier à partir duquel la production décroît, a été atteint en 2006 pour le pétrole conventionnel. Le passage à des sociétés postpétrole et la réduction globale et différenciée de la consommation d’énergie, sont d’autant plus urgents. C’est pourquoi, le sommet de Cancun revêt une importance considérable : c’est bien le processus lui-même et la reconnaissance d’une « responsabilité commune mais différenciée ». L’entrée des forêts dans la finance carbone est contestée pour deux raisons majeures : son inefficacité écologique, car la forêt, habitée par des peuples qui l’entretiennent, contient des écosystèmes complexes non réductibles au prix du carbone ; sa soumission aux dérives de la finance, aux spéculations, à la volatilité des cours, aux fraudes. Ce sujet rejoint celui de la création d’un fonds de financement qui n’arrive pas à voir réellement le jour. Le dernier rapport des Nations unies continue à préconiser essentiellement des financements de marché. Pourtant, si nous voulons assurer la durabilité des sociétés et la justice écologique, alors ce sont des financements publics qui doivent être envisagés, avec des contributions obligatoires des Etats.(1)

Pour rappel, les Etats-Unis ont refusé de souscrire à ce protocole et les pays émergents tels que la Chine dispensés de Kyoto, se sont fortement développés. Résultat : les engagements de Kyoto concernent désormais, moins du quart des émissions mondiales. Le Japon a annoncé ne pas vouloir prolonger ses efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre au-delà de 2012 - date de la fin d’application du protocole de Kyoto - si les Etats-Unis et la Chine continuent de refuser de s’associer aux autres pays dans la lutte contre le changement climatique. La Chine est avec les Etats-Unis les deux émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre, avec près de la moitié des rejets. Justement comme à Copenhague, tous les pays avaient les yeux braqués sur ces deux pays.Pour la première fois à Cancun, la Chine a parlé d’objectifs contraignants et vérifiables. Comme rapporté par l’agence Xinhua, la Chine poursuivra le chemin du développement durable, écologique, avec faible émission de dioxyde de carbone et ne répètera jamais le passé des pays développés de consommation élevée d’énergie et d’émissions illimitées, a souligné le principal négociateur climatique chinois. L’année dernière, le gouvernement chinois a annoncé des actions de réduction (des gaz à effet de serre), afin de réduire d’ici 2020 les émissions de dioxyde de carbone par unité du PIB de 40% à 45% par rapport aux niveaux de 2005. « Atteindre ces cibles nécessitera d’immenses efforts à long-terme », a déclaré Xie, « La Chine adoptera des politiques complètes pour ralentir la vitesse de la croissance des émissions ». Il a également formulé des suggestions telles que le maintien de la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique et le protocole de Kyoto comme bases des négociations.(2)

Une importance considérable

Pour Carine Barbier, chargée d’études à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), il faut réduire la consommation des villes chinoises : « La question d’une croissance sobre en énergie et en carbone des villes chinoises s’avère cruciale et déterminera les émissions de gaz à effet de serre du pays durant des décennies. » Le taux d’urbanisation est aujourd’hui de 50% en Chine. Mais la croissance des villes est extrêmement rapide. Les agglomérations chinoises compteront ainsi 280 millions d’urbains supplémentaires dans les vingt prochaines années. D’ici 2025, on aura donc 15 milliards de m2 de bâti en zone urbaine, soit l’équivalent de la surface aujourd’hui construite en Europe. Or, la consommation d’énergie est importante dans les villes en raison des bâtiments et des transports. De plus, l’augmentation du niveau de vie des habitants entraîne des demandes en électricité très importantes. La réduction de l’intensité énergétique des villes est devenue cruciale pour le pays. Elle passe par une amélioration de la qualité des infrastructures urbaines construites aujourd’hui.(3)

Reste le deuxième acteur dont dépend le sort de la planète : les Etats-Unis. De nombreux pays ont leur part de responsabilité. Les Etats-Unis au premier rang, et c’est une déception. Lors de son accession à la présidence, Barack Obama avait fait de la lutte contre le changement climatique une de ses priorités affichées. Dans son discours du 22 septembre 2009, aux Nations unies, à l’occasion du Sommet sur le changement climatique, Obama marque une rupture par rapport à son prédécesseur, George W. Bush, avec un engagement personnel fort au nom de son pays. Le projet de loi American Clean Energy and Security Act (loi Waxman-Markey) est actuellement en cours d’adoption au Congrès, un processus qui dure depuis le 26 juin 2009, date de son adoption par la Chambre des représentants. (4)

La proposition de loi se fonde sur quatre volets. Les deux premiers relatifs aux énergies propres et à l’efficacité énergétique proposent la mise en place de 20% d’énergies renouvelables en 2020, le développement de la capture et du stockage du carbone, de nouveaux standards d’efficacité énergétique des bâtiments. Un autre volet est dédié à la transition vers une économie peu énergivore, et prévoit le développement de formations qualifiantes dans le domaine des énergies renouvelables en vue de la création de millions d’emplois verts. Les producteurs d’électricité devront parvenir à au moins 12% de leur production d’origine renouvelable (énergie solaire ou éolienne) d’ici 2020 et réaliser au moins 8% d’économies d’énergie. Les objectifs fixés visent à réduire de 3% en 2012, 17% en 2020, les émissions américaines par rapport au niveau de 2005. Sur le plus long terme, il s’agirait de réduire de 30% les émissions de gaz à effet de serre en 2025, de 42% en 2030 et de 83% d’ici à 2050. Ramené à 1990, année de référence du protocole de Kyoto, l’engagement de la loi Waxman-Markey correspond « seulement » à une réduction de 3,5% en 2020, à comparer à l’objectif européen de -20% en 2020. Au-delà de toute comparaison, l’objectif annoncé reste cependant, en deçà des recommandations formulées par les climatologues (de 25% à 40% en 2020 par rapport à 1990). Dans cette logique, le président Obama ne pouvait s’engager sur des objectifs contraignants en matière de baisse des émissions de gaz à effet de serre aux Sommets de Copenhague et de Cancun. Il ne pourra pas plus le faire pour les prochaines conférences internationales sur le climat, tant que la loi sur l’énergie n’aura pas été adoptée par le Congrès.(4)

Dans cette affaire, quel a été le résultat le plus tangible concernant les PVD ? Après avoir chanté sur tous les tons qu’il ne fallait rien attendre de Cancun, les médias claironnent à présent que le sommet climatique est une réussite car les gouvernements se sont enfin décidés à agir pour que le réchauffement ne dépasse pas deux degrés, voire 1,5°Celsius par rapport à l’ère préindustrielle. Cet objectif théorique figure en effet dans les documents adoptés par le sommet... mais, en pratique, les plans climat élaborés par les différents pays impliquent une hausse de température de 3 à 4°C d’ici la fin du siècle ! Or, Cancun n’a pris aucune décision pour combler ce gouffre entre les intentions et les actes. Les vraies décisions sont renvoyées au sommet de Durban, dans un an. D’ici là, le protocole de Kyoto et ses timides garanties sont plus que jamais au frigo, et les pays capitalistes développés se voient garantir toute une série de moyens pour échapper à des réductions drastiques de leurs émissions. Derrière les bilans d’autosatisfaction, la menace pour les pauvres se précise.(5)

L’objectif d’une hausse maximale de 2°C figurait déjà dans le texte négocié à Copenhague entre les Etats-Unis et les grands pays « émergents », dont la Chine. Mais la précision « par rapport à la période préindustrielle » manquait. En matière d’objectif général, Cancun va un peu plus loin que Copenhague. En effet, tout en se prononçant pour 2°C maximum, le texte adopté reconnaît la nécessité d’envisager rapidement « un durcissement de l’objectif global de long terme sur la base de la meilleure connaissance scientifique, y compris en relation à une hausse moyenne de la température globale de 1,5°C ». C’est la première fois que l’ONU se prononce sur le « seuil de dangerosité » du réchauffement, et l’inquiétude croissante du Giec trouve enfin un écho dans la communauté internationale. En 2009, la quantité globale de gaz à effet de serre rejetée annuellement dans l’atmosphère était un peu supérieure à 48 milliards de tonnes. Au rythme d’augmentation actuel, et en tenant compte de la récession, on projette 56 milliards de tonnes en 2020. Pour avoir une chance sur deux de ne pas dépasser 1,5 ou 2°C de hausse, les émissions devraient culminer au plus tard en 2015 puis diminuer et passer respectivement sous la barre des 40 ou des 44 milliards de tonnes avant 2020 - soit une réduction de 12 à 16 milliards de tonnes. (...) Cet effort devrait être réalisé par les pays développés.(5)

(...) La presse a fait grand cas du « Fonds vert climatique » mis sur pied par le sommet afin d’aider les pays en développement à faire face aux conséquences du réchauffement. Ceci appelle quatre remarques principales : l’objectif de cent milliards de dollars par an à partir de 2020 figurait déjà dans « l’accord de Copenhague » ; Cancun n’a levé aucune des ambiguïtés de cette proposition, notamment en ce qui concerne l’origine des fonds (privés ou publics ?). Le conseil exécutif du fonds ne sera composé qu’à 50% de représentants des pays en développement, et la Banque mondiale est désignée comme administrateur...Fut-ce pour une période transitoire de trois ans, nul doute qu’elle s’emploiera à donner au fonds une orientation parfaitement conforme à sa politique néolibérale et néocoloniale d’appropriation capitaliste des ressources naturelles.(5)

Claude-Marie Vadrot dénonce l’indifférence, voire la lassitude devant un problème qui n’intéresse pas les puissants. Cette indifférence mal dissimulée face aux dangers courus par la planète (...) montre bien à quel point une petite partie du monde ne s’intéresse pas à l’immense reste de la planète.(...)Tout le monde s’ennuie en attendant le déluge. Il n’y a guère qu’Evo Morales pour affirmer que « ou bien le capitalisme dépérira ou Madre Tierra mourra » ; en ajoutant : « La lutte pour un environnement sain et contre la dégradation du climat devra être le socialisme du XXIe siècle. » Le changement climatique, presque tout le monde s’en fout. Sauf bien sûr les ours blancs qui crèvent sur ce qui leur reste de banquises à la dérive, sauf les Mayas du Yucatan (...) sauf les habitants des petites iles-Etat comme Vanuatu, Salomon, de Kiribati ou même des Maldives qui vont bientôt ne plus savoir où aller ; sauf les peuples du Tchad qui ont vu leur grand lac se réduire des deux tiers en 15 ans et perdre ses poissons, sauf les populations du Darfour qui se disputent ce qui leur reste de terres pas encore englouties par le sable du désert, sauf les habitants du Sahel qui peinent à nourrir leurs troupeaux parce que les pâturages disparaissent. (...) Chacun à sa guise complétera la litanie des malheurs en cours ou à venir. Qu’importe aux grands de ce monde, si les oiseaux perdent de plus en plus souvent le nord, si les forêts disparaissent ou si des rivières s’assèchent dans certaines régions de la planète alors que


 
 
 
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