Lettre ouverte de L’UGTG au Directeur Général de Pôle Emploi

U.G.T.G UNION GÉNÉRALE DES TRAVAILLEURS DE GUADELOUPE Capesterre Belle Eau,

le 24.01.2011

LETTRE OUVERTE
à
M. Le Directeur Général de Pôle Emploi
Copie à : M. Moïse RASHID, M. Patrick DUMIRIER, M. Eric DORSAN, Mme Maguy NICE

Monsieur,

L’Etat colonial français ‐ et ses différents représentants, dont vous - s’accommode mal des colonisés qui ne lui servent pas de laquais ou ne se comportent pas en larbins. Le sachant, certains ont tenu à prouver leur docilité, n’hésitant pas à vous écrire – en prétendant quasi obsessionnellement s’exprimer au nom de « la majorité des agents de l’ex ASSEDIC » ‐ le 30 novembre 2010 ceci : « Monsieur le Directeur Général nous avons confiance en vos choix, et du respect pour votre action dans les territoires d‘outre mer… ».
Manière sans doute pour ces flagorneurs de commémorer les 8.06% de voix obtenus au terme des élections professionnelles du … 30 novembre 2009.
Mais nous tenons à vous rassurer tout de suite : la très grande majorité des agents ‐ ceux qui ne rampent ni ne supplient ; et qui ont eu à se prononcer voilà tout juste 13 mois ‐, ont une toute autre idée du sens à accorder aux notions de dignité, de confiance et de respect. Il en va de même de L’UGTG, qui combat depuis septembre 1986 pour la mise en place d’un véritable service public de l’accueil, de l’information, de l’orientation, de la formation, de l’emploi et (encore plus après la création de Pôle Emploi) de l’indemnisation au service des usagers de Guadeloupe.

C’est pour cette raison que la lutte sans relâche conduite ‐ en tout premier lieu par notre Organisation ‐ avec les agents aura permis, en dépit de l’opposition des tenants du colonialisme syndical, d’arracher à la D.G. de l’ex ANPE :
- La reconnaissance de notre représentativité (CCPN du 13 décembre 1986) ;
- La création d’une structure autonome de gestion des oeuvres sociales (ADASA Antilles‐Guyane : 1991) ;
- L’accord du 2 avril 1992 (article 60 du statut du personnel de l’ANPE) signé par le directeur délégué de l’ANPE Gilbert HIVERNAT, et qui – s’agissant de la gestion de la carrière des agents ‐ tirait les conséquences des « conditions particulières d’exercice de nos métiers » dans les colonies…
- L’accord du 14 mai 1995 (signé par Moïse RASHID au terme de 2,5 mois de grève) portant sur les effectifs, la carrière, les moyens, et le financement de la formation des chômeurs ;
- La déclaration de Jean Louis PORTET (mars 1997) relative à « l’ouverture de négociations portant sur l’adaptation du Schéma directeur de la formation et du développement des compétences », lesquelles aboutiront à la création du CRDC ;
- La création du CEMAG (Centre d’Etudes des métiers et Emplois Antilles ‐ Guyane) en 1997 ;
- Au terme de 3 mois de grève, l’Accord sur la mise en oeuvre de la réduction du temps de travail à L’ANPE Guadeloupe signé par Moïse RASHID le 9 février 2002 ;
- L’accord du 7 novembre 2006 signé par le directeur départemental Jean Louis CAZE, actant la suspension de MADEO et de la PLATEFORME TELEPHONIQUE ;
- L’accord du 28 juin 2007 portant sur la mise en oeuvre de l’article 40 du statut du personnel des agents de l’ANPE, signé par vous‐même au terme de 3 années de lutte contre votre volonté d’invalider les organisations syndicales des colonies, singulièrement L’UGTG ;
- L’accord du 3 février 2009, signé par le directeur régional Patrick DUMIRIER dans le cadre plus général de la mobilisation de 44 jours contre la pwofitasyon ;
- L’accord dit du 30 avril 2010, portant adaptation de certaines règles de gestion de ressources humaines pour les agents de droit public, et augmentation de la prime de vie chère des agents de droit privé.

Plus largement, notre combat aux côtés des agents aura surtout permis de construire des Nonm & Fanm doubout, refusant d’être les complices de la politique conduite contre les chômeurs, combattant le racisme à l’emploi à l’encontre des Guadeloupéens, exigeant la priorité d’embauche et de retour pour les agents du service public, imposant le respect des droits des agents, dénonçant le fait que les orientations du service public en Guadeloupe ‐ hier l’ANPE, aujourd’hui le Pôle Emploi ‐ se limitent à la mise en oeuvre d’outils qui, en l’occurrence deviennent de simples gadgets dès lors qu’ils ne sont au service d’aucune réelle politique d’intervention, exigeant de véritables moyens (matériels, humains, financiers) et refusant le fatalisme de l’encadrement « local » incapable de nourrir une quelconque ambition, ni de faire preuve de la moindre audace.

C’est donc avec une parfaite sérénité ‐ qui n’a d’égale que sa totale détermination à défendre les droits de tous les agents de Guadeloupe ‐ que L’UGTG vous écrit. Comme toutes les fois où vous ‐ prédécesseurs compris ‐ entendiez nous voler le fruit de nos luttes.

Ainsi, hier : du droit d’adhérer librement à la Mutuelle de notre choix, des droits liés à l’irréfragable représentativité de L’UGTG, du droit de viv é travay an péyi annou, du droit pour tous les agents de Guadeloupe d’adhérer librement à l’organisation syndicale de leur choix et d’y militer sans que leur carrière n’en pâtisse…

Aussi, aujourd’hui : du droit aux 35 heures, arrachés au terme de trois (3) mois de lutte durant lesquels : nous avons tout d’abord été méprisés et traités de fainéants par le préfet Jean François CARENCO, puis menacés de poursuites disciplinaires et pénales par votre prédécesseur Michel BERNARD, enfin sacqués et invalidés professionnellement…

A titre d’illustration de votre duplicité, et du caractère colonial des rapports régissant vos relations avec les agents et organisations de nos différents pays : S’agissant de l’accord INTERDOM dit du 10 avril 2010, vous avez soutenu qu’il ne pouvait s’appliquer que dans les colonies où les syndicats représentent une majorité du personnel l’auraient signé…

Or, moins d’un an après ce chantage, et s’agissant des négociations « régionales » sur l’OATT faisant suite à l’accord du 30 septembre 2010, vous avez en toute illégalité mis en place « un accord dans l’accord » consistant en des « négociations dans les négociations entre Directeurs régionaux des DOM, à la suite desquelles des (points autres que ceux définis à l’échelle « nationale ») intangibles s’imposeraient à eux »ainsi qu’aux organisations syndicales participant ces mascarades de négociations…

Outre le caractère totalement illégal et quasi mafieux de ce « pacte » révélé par nos camarades de la CDMT dans une Lettre ouverte à une directrice régionale aussi bornée qu’enragée, jamais vous n’oseriez vous livrer à (ou soutenir) pareille pratique en France hexagonale !

Pire, nous sommes en mesure aujourd’hui d’affirmer qu’une conférence téléphonique réunira ce Mardi 25 Janvier 2011 les directeurs Pôle Emploi de Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion (la bande des quatre qui vous servent de relais dans ces différentes colonies), pour finaliser des « positions communes » à adopter face à nos organisations syndicales.

Nous comprenons bien que ce pacte vise d’abord à casser l’accord signé en 2002 à l’ANPE Guadeloupe…

En fait de respect des engagements signés, de respect des agents et de respect des organisations syndicales, nous ne retenons qu’une chose : La DG ne pratique que le déni, et ne fonctionne qu’au rapport de forces. Celui construit et développé par des travailleurs unis, mobilisés et en lutte aux côtés de leurs organisations.

Votre volonté de casser à tout prix Le SEUL véritable accord de réduction du temps de travail compensé par des embauches à due concurrence, ne nous surprend donc guère. Mais comme à chaque fois, Nou paré !

Et nul ne fera croire aux agents de Guadeloupe qu’un accord imposé en janvier 2001 sans une seule journée de mobilisation par celui qui assurera d’ici trois semaines l’intérim à une petite bande richement gratifiée dans les mois et années qui suivirent leur forfait, ou que l’accord Cadre du 30.09.2011, ou encore les succédanés concoctés ces dernières semaines par la même petite troupe de nostalgiques seraient plus avantageux dans l’esprit comme dans le contenu pour tous les agents de Pôle Emploi Guadeloupe. Et s’il fallait une preuve de la régression que vous entendez imposer, la France nous en fournit – bien évidemment ‐ la meilleure qui soit.

Car l’organisation syndicale sortie en tête des dernières élections professionnelles en est à quasiment renier sa signature de l’accord cadre OATT ; écrivant moins d’un mois après : « dans chaque établissement (régional de Pôle Emploi) nous bataillerons pour obtenir le maintien du meilleur des deux et son extension à l’ensemble du personnel… » (26.10.10). Autrement dit : ce qui n’a pu être gagné dans le cadre de négociations libres, pourrait l’être dans le cadre de négociations régionales verrouillées par le délai et l’existence de points rapidement qualifiés d’ « intangibles » par la D.G., non négociables…

C’est pour cette raison, que l’UGTG a déposé avec la CGTG ‐ seule autre organisation syndicale représentative de Guadeloupe ‐ un préavis de grève générale à Pôle Emploi Guadeloupe, courant à compter du mardi 18 janvier 2011.

Ce préavis, comme le prévoit la loi, vous fait obligation d’ouvrir de véritables négociations en vue d’aboutir à un accord.

Votre représentant sur place nous a conviés à deux séances de négociations : la première – que nous avons dû rejeter, la convocation officielle nous étant parvenu le jour même – pour le jeudi 19 janvier dernier ; la seconde – que nous entendons honorer – pour le lundi 24 janvier 2011 à 14H00. D’ores et déjà, l’UGTG Pôle Emploi :
- Dénonce le climat répressif dans lequel ces premières négociations sont amenées à se dérouler. Ainsi, encore dans la matinée du vendredi 21 janvier 2011, deux camions d’assassins en repérage tournoyaient autour du bâtiment de l’annexe de la direction régionale, situé à Jarry, 97122 Baie‐Mahault… Au point – pour l’un ‐ d’y rester coincé… en raison de l’étroitesse d’un des angles du parking ;
- Dénonce le fait que votre représentant entende fixer unilatéralement le nombre (et pourquoi pas la composition) de la délégation des organisations syndicales appelées à négocier : 5 membres par organisation, alors que la salle de réunion peut contenir allègrement une trentaine de personnes. En conséquence, l’UGTG a décidé d’appeler l’ensemble des collègues à un rassemblement à Jarry dès 14H00 ;
- Dénonce le fait que les négociations sur le temps de travail et les horaires se soient déroulées de février 2010 à janvier 2011 en France… contre 3 séances en Guadeloupe (du lundi 6.12.10 au 19.01.11).
- Dénonce la remise en cause des accords et exige le maintien de tous les droits et acquis des personnels de Pôle Emploi ;
- Exige au moins trois séances véritables de négociations en journée pleine, afin que tous les points puissent être pleinement débattus ;
- Exige la levée du caractère « intangible » des 37H30 de temps de travail imposé, et des 32 heures d’ouverture au public. Car, outre le fait qu’ils violent les droits et avantages acquis des agents de droit public, ils relèvent également d’une totale hypocrisie : Ni les 30% de chômage en Guadeloupe, ni les 59,3% de taux de chômage des jeunes, ni l’absence de tout partenariat (singulièrement avec les entreprises publiques ou semipubliques et les administrations), ni le racisme à l’embauche dont Pôle Emploi Guadeloupe se fait par son silence le complice, ni l’absence de toute politique pour l’emploi et la formation des chômeurs de Guadeloupe, ni le fait qu’il y ait proportionnellement plus de moitié moins d’allocataires ARE qu’en France… ne choquent quiconque en France ou à la DG.

Comment dès lors comprendre et admettre que les 35 heures de travail hebdomadaires des agents de droit public puissent leur être contestées, alors qu’elles s’inscrivent dans le double cadre de la loi sur les 35 heures et de l’accord du 9 février 2002… Comment imaginer que la DG connaisse mieux que Nous autres les mès é labitid des usagers de Guadeloupe… S’il suffisait d’étendre sans fin les plages de travail et les horaires d’ouverture pour que le Pôle Emploi puisse pleinement assumer son rôle et ses missions, et ainsi réduire le chômage, cela ce saurait déjà.

- Exige la résolution des vrais problèmes rencontrés par les agents et les usagers du service public : ceux liés aux conditions de travail pour les premiers et d’accueil pour les seconds ; ceux liés à la désorganisation et au bordel induits par la fusion‐privatisation pour les premiers et à l’absence de toute politique d’intervention de Pôle Emploi Guadeloupe pour les seconds ; ceux liés à l’insuffisance des moyens (matériels, financiers, humains…) pour les premiers et de réponse à leurs attentes en matière d’emploi et de formation pour les seconds…

Nous savons, pour conclure, que la course à la productivité au sein de Pôle Emploi dont vous êtes le garant et le démantèlement du service public dont vous êtes l’exécuteur, passent par le vol, le viol et la remise en cause des droits individuels et collectifs , l’imposition d’objectifs inatteignables, le flicage permanent, la culpabilisation quotidienne, l’éradication des syndicats de lutte, l’intensification des rythmes de travail, la flexibilisation et la variabilité, l’individualisation des temps et de travail, la destruction de tous les liens de solidarité entre collègues, la perte de tous repères (normatifs, opérationnels, spatiaux, temporels)… pour aboutir, au désérébraj & au démounaj a Nonm & Fanm y travaillant…

L’UGTG et les agents de Guadeloupe continueront donc de s’y opposer farouchement par la lutte Ansanm Ansanm.

Pour L’UGTG Pôle Emploi
Tony DAGNET


 
 
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Protocole d’accord

Le protocole d’accord du 9 février 2002 signé au terme de 3 mois de grève

 
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