Antenor Firmin, Frantz Fanon, deux caribéens remarquables

Antenor Firmin (1850-1911) avocat, journaliste et homme politique haïtien est nommé diplomate à Paris en 1883. Il est accueilli par la société d’anthropologie de Paris et participe activement à ses travaux.

Mais il constate bien vite que les savants renommés qui animent cette société utilisent leur notoriété scientifique pour conforter au mépris de toute démarche rationnelle la principale base idéologique du colonialisme : l’inégalité des races. Il va donc réagir en haïtien, citoyen de ce qui est encore à l’époque la seule République noire au monde et entreprend de démontrer dans un ouvrage solide et documenté l’égalité des races humaines.

Son livre parait en 1885 deux ans avant le Congrès de Berlin qui va donner lieu au découpage du continent africain entre les colonisateurs européens. Sa compréhension du rôle central de l’idéologie raciste dans le colonialisme éclate dans le chapitre XVI comme en témoigne l’extrait qui suit .

Relire ANTENOR FIRMIN en cette année où se commémore le soixantième anniversaire de la mort de FRANTZ FANON, où le néocolonialisme martyrise encore et toujours Haïti, et où l’étranglement de la République Cubaine par les Etats-Unis se poursuit avec une volonté de mise à mort qui n’a jamais faibli, permet de saisir l’immense apport des peuples caribéens à la cause du progrès général de l’humanité.

On relira avec un frisson d’effroi la phrase de SPENCER [1] qui souligne que la principale opposition philosophique et politique à ce progrès général vient de ceux qui se considèrent soit comme des peuples élus soit comme des peuples dépositaires d’une destinée manifeste.

A Port au prince comme à Guantanamo et à Gaza cette phrase résonne, aujourd’hui encore, de façon sinistre.


Notes

[1] « Si l’on dit qu’à la manière des Hébreux qui se croyaient autorisés à s’emparer des terres que Dieu leur avait promises, et dans certains cas, à en exterminer les habitants, nous aussi, pour répondre à "l’intention manifeste de la Providence", nous dépossédons les races inférieures, toutes les fois que nous avons besoin de leurs territoires, on peut répondre que, du moins, nous ne massacrons que ceux qu’il est nécessaire de massacrer et laissons vivre ceux qui se soumettent. » (Herbert Spencer, Les bases de la morale évolutionniste, p. 206.)


 
P.S.

 
 
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