Yaneth Rivas prend d’assaut le quotidien

samedi 5 février 2011

Caracas est sa muse. Les rues sont le lieu où l’oeuvre prend vie. L’affiche est son outil pour communiquer. Collage et reconstructions d’images font partie du quotidien. L’artiste plastique Yaneth Rivas les offre à la vue des passants, dans un espace où l’oeuvre naît puis meurt.

Licenciée en Arts Plastiques de l’ Institut Universitaire d’Études Supérieures d’Arts Plastiques Armando Reverón, Rivas s’est liée aux arts depuis qu’elle est toute petite. De père photographe, elle n’oublie pas les collages qu’elle construisait en assemblant les photos qu’il n’arrivait pas à vendre.

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Photo Luis Bobadila/Ciudad CCS

En même temps que la plastique, Rivas, de 28 ans, a étudié la sociologie des masses, et de fait a étudié le journalisme à l’Université Centrale du Venezuela. “L’artiste doit être une personne attentive à son environnement et doit offrir un autre type de réponses à l’ordre social établi”, explique-t-elle.

Pourquoi les rues pour montrer votre art ?

—Je sens que ce sont des lieux où mon oeuvre a le plus de pertinence. Mon oeuvre appartient plus a l’espace de la rue qu’à celui de la galerie ou du musée.

Est-ce une forme de protestation ?

—Je crois que tous les mouvements de contre-culture se font absorber par le système capitaliste. C’est pourquoi je ne m’accroche pas à l’idée que mon oeuvre soit “contre-culturelle”. Le changement et la révolution sont dans la transformation de l’âme, de l’esprit, de la conscience.

D’où naît l’idée ?

—Je me suis rendu compte que le chemin pour pouvoir entrer dans les institutions où s’expose l’art classique était un peu tordu, même si je ne l’ai pas écarté totalement. Il y a peu j’ai réalisé une expo individuelle au Musée d’Art Contemporain : “Gloire, concurrence et méfiance” et j’en ai aussi réalisé une autre dans un arrêt d’autobus : “L’affiche de Caracas”, sur l’avenue Francisco Solano. Exposer mon travail dans ces deux endroits a un sens.

Comment définissez-vous votre oeuvre ?

—Il ne s’agit pas de mon intériorité ou de mon individualité comme artiste, ce sont des réflexions sur ce qui nous entoure, sur le désespoir quotidien qu’engendre la ville, sur l’impossiblité de réussir des choses, sur les impositions…

Pourquoi une de tes affiches dit-elle “Caracas te hait” ?

—j’ai travaillé sur cette icône de la modernité que sont les “Tours du Silencio”. Pour qu’une oeuvre d’art produise un impact, elle doit d’une certaine manière nouer une complicité avec les spectateurs. “Caracas te hait” est une affirmation, parce que je crois qu’il est très facile d’avoir ce sentiment de la ville. Je ne cherche pas à me plaindre parce que la ville est violente, c’est simplement mon quotidien, le lieu où je suis née et je peux sentir cette hostilité.

Pourquoi ne signez-vous pas votre oeuvre ?

—Ce qui est dans la rue appartient à tous. J’essaie de souligner que mon intention dans la plastique, n’est pas celle du graffiti - même si je le respecte et l’aime beaucoup - et qu’elle ne se base pas sur le besoin individuel de signer.

L’enfant qu’on voit sur plusieurs murs de la ville et qui porte l’expression “pourris-toi”, il est de vous ?

—Oui, je travaille les interventions comme des campagnes et en utilisant un peu les outils de la publicité. Cet enfant est une photo que j’ai prise il y a très longtemps à El Vigía. Son image était destinée à se perdre et j’ai décidé de la reproduire. Ce portrait a un pouvoir qui parle aux gens, car il se connecte avec eux de multiples manières, très différentes .

Vos interventions sont clandestines, arbitraires… Comment l’expliquez-vous ?

—Mon objectif final est de coller une afiche ou de peindre un mur mais si cela dépend d’une autorisation, je la demande et si non, je m’en passe.

—Parle-nous du collectif dont tu fais partie : l’Armée Communicationnelle de Libération.

—Il a été une plate-forme fantastique pour organiser le Festival d’Interventions Urbaines sur La Pastora. Je crois qu’il est important de gérer des espaces pour que d’autres personnes prennent l’initiative de partager leur art, que celui qui fait des graffitis, que celui qui peint ou que le muraliste puisse exercer une pratique socialiste de son travail, en apportant son effort et en offrant son talent à tous.

A quoi rêvez-vous ? Photo Luis Bobadila/Ciudad CCS —A beaucoup de choses, mais j’ai le rêve concret d’atteindre un État dans lequel existe la justice sociale. Je crois que le bonheur individuel part du fait de vivre dans un lieu où l’on sent qu’il y a une justice et où d’une certaine manière et même si c’est utopique, nous pouvons tous avoir les mêmes opportunités.

Peut-on atteindre ce rêve à travers l’art ?

—On peut exprimer des objections de conscience et lancer des appels mais c’est la force du peuple, la transformation de l’âme et de la conscience qui permettent d’atteindre ce rêve. Sans doute une image peut-elle faire penser à certaines situations ou à des problèmes. Il me semble pertinent de faire un art qui choque pour prendre d’assaut le quotidien, tel est l’art dans lequel je crois, celui qui est pour tous, qui permet que les gens s’arrêtent, regardent et réfléchissent.

Source : Ciudad Caracas
Traduction : Thierry Deronne, pour La revolución Vive

Klara Aguilar Vàsquez/Ciudad CCS

Photo Luis Bobadila/Ciudad CCS


 
 
 
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