Il n’y a pas que les dictateurs arabes qui font dans leur culotte…

L’émission « Mots croisés » présentée par Yves Calvi, diffusée sur France 2 ce lundi 07 février et ayant pour thème « Les révolutions arabes et nous » nous a permis d’assister à un éloquent débat… Tout téléspectateur averti, n’aura pas manqué de noter la disposition des invités : il y avait – hasard ou nécessité – d’un côté de la table, le prince Moulay Hicham El Alaoui (cousin du roi du Maroc, Mohamed VI) et l’ancien ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine (PS), en face desquels se trouvaient Pierre Lellouche (UMP) secrétaire d’Etat au commerce extérieur ainsi que le philosophe Alain Finkielkraut. Entre les quatre et face à Y. Calvi, Mathieu Guidère, professeur de veille stratégique à Genève et « spécialiste » des groupes islamistes. On a les « spécialités » que l’on peut, dira d’ailleurs A. Finkielkraut sur le plateau…

L’animateur Yves Calvi pas toujours très adroit dans ses interventions – mais cela n’est pas nouveau – n’a pas tardé à lancer ce qui devint vite et presque exclusivement le cœur du débat, par cette lancinante question décidément obsédante pour certains : du risque de dérapage de l’insurrection égyptienne au profit des Frères musulmans ou autrement dit, d’un islamisme radical ou intégriste, menace suprême pour l’Occident…

Tout au long de l’émission, deux tendances se sont exprimées : l’une représentée par le prince Moulay Hicham et Hubert Védrine, face à l’autre représentée par Pierre Lellouche et Alain Finkielkraut. Et il y avait d’une part, la tentative de comprendre et d’expliquer de la manière la plus objective possible les évènements au regard de la situation stricte des faits ; et de l’autre, l’essai de lire sinon de travestir ce formidable élan des peuples tunisiens et égyptiens à se libérer de leur dictature, en menaces possibles voire probables pour l’Occident. Avec en toile de fond, comme de bien entendu, la menace absolue de la sécurité voire de l’existence même d’Israël…

Ainsi, l’on a pu assister à cette énième et pitoyable plainte d’un Finkielkraut geignard se posant comme à l’accoutumée dans son rôle préféré, celui de la victime « attaquée de toutes parts » (sic) pour ne pas avoir affirmé de manière claire et audible son soutien aux insurrections de deux peuples opprimés de longue date. Au point que par ses circonlocutions coutumières, le philosophe et sa gestuelle apprêtée s’est vu obligé de déclarer, à son corps défendant, combien il soutenait les mouvements populaires auxquels on assiste, mais… – parce qu’il y a dans le discours et surtout dans la tête de ceux-là toujours un « mais… » – pour bien vite ramener encore et toujours les choses à soi, et multiplier les jérémiades habituelles, quant à la lourde menace sur Israël, sur sa petite personne et blablabla… Que deux peuples aient ce courage inédit et historique qui fera assurément basculer l’équilibre du monde, au moins et sinon plus que lors de la chute du mur de Berlin, n’est qu’un épiphénomène au regard des attaques auxquelles ce philosophe-nombriliste – et tant d’autres de sa trempe – doit faire face, car là était l’important… Devoir admettre que ceux qu’ils ont dédaignés, méprisés pendant des décennies du haut de leurs certitudes, et à qui ils aimaient tant faire la leçon, leur en donne une, magistrale, leur est insupportable…

La France n’avait déjà pas brillé par les interventions imbéciles de sa pathétique ministre des Affaires étrangères, elle n’aura sauvé ni l’honneur ni la face, par celles de l’un de ses philosophes attitrés… Auquel je me permets de répondre : votre personne et votre égo, on s’en fout, et si le résultat des évènements actuels, renverse l’équilibre moribond, autrement appelé « la paix froide » entre Israël et l’Egypte : tant mieux ! Les Israéliens, si intelligents qu’ils se prétendent et se présentent, devaient savoir depuis toujours que cet équilibre n’en est pas un, ou du moins, qu’il est promis à être renversé, tôt ou tard parce que profondément injuste… tout comme l’Etat sioniste d‘ailleurs, quand viendra le temps où la Palestine historique redeviendra de par la force, la ténacité et la détermination de ses mouvements de résistance, ce qu’elle était avant l’occupation brutale qui l’a saccagée : un pays où tous ses habitants, quelle que soient leur origine et leur confession, pouvaient cohabiter, sans oppression, sans racisme et sans la violence meurtrière de l’un sur l’autre.

A l’insistance pour ne pas dire l’entêtement d’un Y. Calvi à vouloir absolument souligner le risque intégriste que représente le mouvement des Frères musulmans aux portes d’une Europe paniquée, repris en écho et amplifié par le duo Lellouche-Finkielkraut, répondait avec beaucoup d’intelligence et de maîtrise le duo Moulay Hicham-Védrine, revenant toujours sur l’essentiel des évènements, à savoir, la leçon de courage et d’exemplarité de populations ayant pourtant payé un lourd tribut dans ces soulèvements. L’ancien ministre a bien tenté d’expliquer qu’il fallait suivre avec attention le déroulement des faits pour essayer d’accompagner avec « intelligence » ces peuples dans ce que seraient leur demandes, rien n’y a fait, le sujet revenant à chaque coup sur les dangers de l’intégrisme qui nous guette très prochainement !

Ainsi, ce qui fit l’immense joie et l’enthousiasme des peuples de l’Europe de l’Ouest lors de la chute du mur de Berlin symbolisant l’effondrement de l’empire soviétique et la libération des peuples qui en avaient tant souffert pendant des décennies, ne trouve dans le renversement de deux dictatures dont les victimes sont elles aussi innombrables, qu’un faible appui voire même une prudente retenue auprès de certains, la plupart d’entre eux n’ayant comme seul souci que la pérennité de l’Etat mort-né israélien… Sans doute est-il insupportable pour ceux-là de voir que tant d’efforts, tant d’argent, tant de mensonges et tant d’impostures ne parviennent pas à empêcher l’émergence de la vérité. Dans l’arrogance qui les étreint, ceux-là non plus, n’ont encore rien compris – ni appris – des changements de leur époque…

Enfin, un mot à ceux qui cherchent ici-et-là les explications à ces insurrections, multipliant les papiers et les hypothèses pour tenter d’en approcher les causes et les raisons : qu’ils aient la modestie de regarder ce qui se déroule sous leurs yeux et arrêtent de se penser comme « spécialistes » de la politique internationale. Que n’a-t-on déjà lu comme conjectures à propos des évènements de ces deux derniers mois en Tunisie et en Egypte. Jusqu’à des pseudo « analyses » qui tourmentent leurs auteurs (d’après leurs dires !) des jours durant, pour nous indiquer que « les Etats-Unis auraient repris la main dans la région » ! La belle affaire. Ces éclairés qui veulent nous inonder de leur lumière n’ont-ils pas encore vu que non seulement les Etats-Unis n’ont aucune main à y reprendre puisque la région leur est totalement aliénée, et qu’en plus de la main ils y sont des deux pieds depuis longtemps !? Que ce soit au Liban, en Irak, en Egypte, en Arabie saoudite, en Palestine, en Afghanistan, en Jordanie, au Maroc, au Koweït, et j’en passe… Dès lors, cessez donc vos articles indigents et besogneux et ouvrez les yeux avec si possible, un regard neuf… Pour une fois, reconnaissez simplement les choses telles qu’elles sont : deux peuples ont eu le courage de se soulever face au pouvoir établi et au système policier qui les maintenaient sous contrôle absolu. Deux populations écrasées, asservies par nos alliances malsaines avec des dictatures se sont affranchies de leurs peurs, première étape pour oser redresser la tête. Rien que cela mérite notre soutien, notre approbation et nos encouragements. Rien que cela vaut que l’on soit à leurs côtés, eux qui plus que jamais, auront besoin de notre relais pour ne pas travestir et/ou récupérer leur mouvement mais au contraire, pour en relayer la vraie nature, la vraie substance à travers la lecture et les témoignages que nous pourrons en donner de la manière la plus fidèle qui soit, sans préjugés, ni arrière-pensées, ni vaines hypothèses…

Retenons de cette soirée, les interventions du prince Moulay Hicham, relayées et appuyées par Hubert Védrine un peu hésitant encore parce que sans doute lui-même pris de court par l’énormité de ces évènements dont personne à ce jour ne peut prédire les futures retombées au niveau de l’équilibre du monde… sauf à dire que quoiqu’il advienne, les choses dans cette région vont assurément changer, malgré les mille défis à relever, que cela nous plaise ou non, avec notre appui ou non, et celui des Etats-Unis ou non… mais dans un autre équilibre pour l’entité sioniste, assurément !

Et où l’on peut comprendre, que depuis quelques semaines, il n’y a pas que les dictateurs arabes qui font dans leur culotte ! C’est tout l’Occident qui a des crampes au ventre. Et l’Etat-major sioniste, si fier de son opération « Plomb durci » doit se demander si elle ne se transformera pas en « coulée de bronze » ! Oh,… voilà qui n’est pas politiquement correct, me direz-vous. Certes, mais pour l’heur, la rue arabe s’en fout. Politiquement correct ou non, elle nous donne une leçon magistrale, renvoyant les discours pincés de nos chancelleries et les pratiques de nos dirigeants complaisants, par-dessus bord. Et peut-être cette rue arabe tellement brimée, tellement méprisée, tellement raillée va-t-elle amener l’Occident a enfin revoir sa copie !

Daniel Vanhove –
Observateur civil
Auteur 11.02.11


 
P.S.

Illustration : Dilem

 
 
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1 commentaire
  • Bonjour,

    Il n’ y a pas que Lellouche, Finkielkraut et autres Adler ou le vieux A. Memmi pour "faire dans leur culotte" (voir ou revoir sur http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr...
    la prestation pitoyable de ce dernier). Mais rien d’étonnant qu’ils aient une peur panique de la démocratie dans le monde arabe. Ils sont en cela dans leur rôle, celui des sayanim, tel que raconté par Jacob Cohen dans son roman intitulé "Le printemps des sayanim".

    Ce qui est plus étonnant - mais l’est-ce vraiment ?- c’est que ces sayanim ont formé une légion de supplétifs - ou harkis - bien de chez-moi, comme Abdelwahab Meddeb, Hakim El Karoui, voire même l’excellente ecrivaine Héla Béji, et bien d’autres, pour les relayer et agiter le spectre d’un régime à l’iranienne aussi bien en Tunisie qu’en Egypte et, en passant, avancer la diabolique cause du sionisme. Avec ces supplétifs, l’on est dans un processus de "compradorisation" de la révolution. Mais, comme vous le dites à juste titre, "...cette rue arabe tellement brimée, tellement méprisée, tellement raillée va-t-elle amener l’Occident a enfin revoir sa copie !" et, par là même, mettre à nu le dessein sioniste.

 
 
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