Une certaine idée de la Justice !

Par Annie Arroyo [1]

La France, chacun le sait, est LE pays de LA Révolution, LA Patrie des Droits de l’Homme, ce qui explique qu’elle n’a de leçon à recevoir de personne et justifie qu’elle en donne à tout le monde.
Sans parler de son légendaire savoir-faire en matière de sécurité du bon peuple, que son gouvernement met généreusement à disposition de quelque dirigeant qui le lui demande, du moins si ce dirigeant a des arguments financiers !

C’est dans cette optique que notre brillante ministre des Affaires étrangères a proposé les services de nos forces d’intervention et de sécurité au président tunisien, chez qui elle a eu la brillante idée de passer ses vacances de Noël, avec son papa, sa maman et son chéri. Le premier ministre, François Fillon, avait, lui, préféré l’Egypte. Il faut dire que ni l’un ni l’autre n’ont eu de chance : les deux présidents ont été peu après virés par leurs concitoyens et reconnus comme dictateurs par la communauté européenne, qui n’avait jusqu’alors rien trouvé à redire à leurs pratiques…

Voilà MAM dans la tourmente ! Les députés de gauche (et même quelques-uns de l’UMP !) réclament sa démission et les jeunes de Segi veulent qu’elle déménage de Saint Jean de Luz !!

Il faut avouer qu’elle a eu des prises de position très contradictoires concernant l’application de la justice chez les autres ! Ainsi, le 5 janvier, en réponse à une demande de soutien en faveur de Salah Hamouri, Franco-palestinien coupable d’avoir milité pour la paix et incarcéré depuis 6 ans en Israël, elle a vertueusement déclaré : « Il n’appartient pas aux autorités françaises d’intervenir ou même de commenter les procédures judiciaires d’un Etat souverain ». Pas d’ingérence, respect des institutions des pays amis. Mais voilà qu’un mois plus tard, elle clame, au sujet de Florence Cassez incarcérée au Mexique : « C’est un déni de justice qui aura des conséquences sur les relations entre la France et le Mexique ». Avant d’en rajouter une couche en proclamant que « nous respectons l’indépendance de la justice au Mexique comme partout », mais que « la mobilisation de la France en faveur de Florence Cassez se fonde justement sur les valeurs de justice et d’attachement à l’Etat de droit que nous avons en partage ». Soutenue en cela par un Nicolas Sarkozy chevaleresque qui jure qu’on ne laissera pas la malheureuse passer soixante ans en prison !
Les Mexicains leur ont répondu : « De quoi je me mêle ? » (bon, je schématise !).

Pourquoi Florence Cassez et pas Salah Hamouri ? L’une est au Mexique, l’autre en Israel… Cela aurait-il un rapport ?

Que l’on prenne fait et cause pour Florence Cassez est une chose. Que l’on s’en serve pour se faire valoir à un an des présidentielles en est une autre. Surtout quand on agit avec une maladresse politique telle que la malheureuse a sans doute perdu toute possibilité de transfèrement avant un sacré bout de temps, car le gouvernement mexicain ne peut se permettre de perdre la face ! Bravo à la diplomatie française qui n’a pas compris que parfois la négociation vaut mieux que la confrontation directe. Mais s’est-on vraiment préoccupé des intérêts de la jeune femme ?

Et depuis quand un déni de justice pose-t-il problème au gouvernement français ? Pourquoi ces mêmes gouvernants ne s’interrogent-ils pas sur le déni de justice que représente l’acceptation automatique des MAE ? Pourquoi ne bronchent-ils pas quand ces MAE concernent des citoyens français ? A moins qu’une Aurore Martin, accusée d’avoir des opinions politiques, soit moins défendable qu’une Florence Cassez, accusée d’enlèvements crapuleux ?
Les citoyens français détenus à l’étranger doivent être remis à la France pour une question d’humanité, c’est la position officielle de ce gouvernement. J’applaudis des deux mains ! Ça a marché pour Bertrand Cantat (et je m’en suis sincèrement réjouie à l’époque), il faudrait que ça marche pour les autres.

Pourquoi n’en parle-t-on pas pour tous les Basques auxquels on impose la nationalité française et qui, comme Unai Parot, détenu depuis plus de 20 ans, croupissent dans les prisons espagnoles ?

Ah ! que la politique est difficile à comprendre !


Notes

[1] Présidente de France-Cuba Pays Basque- Bas Adour (Kubako Etxea).


 
 
 
Forum lié à cet article

2 commentaires
  • Une certaine idée de la Justice ! 18 février 2011 19:19, par njama

    Question à l’auteure de l’article :
    Pensez-vous un seul instant que la France (politique) supporterait un seul instant une ingérence étrangère dans ses affaires de justice ?
    Pas difficile de deviner que non ! (hélas ou non est une autre question), elle le prendrait comme un camouflet.
    Madoff à 72 ans est condamné à 150 ans de prison à l’âge ! A quoi ça rime ...
    Droit anglo-saxon ...
    Ce cher NS (le cher est pour le respect républicain, et NS ne veut pas dire Notre Seigneur) croit pouvoir régler ce genre d’incohérences juridiques par une expectoration rhétoricienne devant des médias, un effet de manche d’avocat !
    Bien mal lui en pris. Je déplore comme vous le sort de Florence Cassez, l’absurdité de sa peine de 60 ans. Mais je "comprends" la réaction du Gouvernement mexicain ...
    Incohérence du monde politique, je suis d’accord.
    Ah ! que la politique est difficile à comprendre !

    À la demande de l’Italie, Cesare Battisti est toutefois arrêté. Il passe cinq mois de prison à Fresnes mais la justice française rejette officiellement la demande d’extradition en mai 1991 ...
    Le 10 février 2004, l’écrivain est de nouveau arrêté à Paris et incarcéré à la prison de la Santé ... Le 30 juin, les magistrats français rendent un jugement favorable à son extradition vers l’Italie. Jacques Chirac, président de la République, et Dominique Perben, Ministre de la Justice du gouvernement Raffarin de l’époque, déclarent qu’ils ne s’opposeront pas à cette décision.
    Le 21 août 2004, Cesare Battisti se soustrait à son contrôle judiciaire et s’enfuit.
    ...
    Le 18 novembre 2009, la justice brésilienne rend son verdict, estimant que l’ex-activiste doit être extradé.
    Le 31 décembre 2010, dernier jour de son mandat avant de passer le relais à Dilma Rousseff, le président Lula annonce officiellement qu’il refuse l’extradition de Cesare Battisti.
    http://www.republique-des-lettres.fr/11338-cesare-battisti.php

    Prisonnier de droit commun, prisonnier politique ...
    Prisonnier, deux poids, deux mesures ... tout est question de circonstances semble-til !

  • Une certaine idée de la Justice ! 20 février 2011 14:04, par kakine

    précision pour la bonne compréhension du texte : le sigle MAE désigne "mandat d’arrêt Européen". Il ouvre la porte à bien des injustices.

 
 
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