Aliénation et Autodéfaitisme

Il faut qu’une repensée de la pensée collective de même qu’une repensée de la praxis soit mise en œuvre pour tout faire autrement à l’échelle des sociétés humaines plus ou moins asservies par des minorités prédatrices dans le mode économique et politique contemporain. Rester soi tout en collaborant avec l’autre pour le nouveau qui humanise, voilà la voie des libérations non captables par les forces abortives des révoltes populaires.

L’aliénation, je l’ai déjà maintes fois expliqué, est une impropriété du langage lorsque pensée en simple parce que toujours appariée et ludique entre l’aliénateur et l’aliéné. D’où l’entraliénation qui s’ensuit est toujours un rapport macabre du prédateur et de la proie, une fascination pathologique du défait ou de l’esclave pour son bourreau auquel s’identifie sa face. Et, du côté du bourreau et du prétendu maître, la triste et valétudinaire posture de frilosité et de fragilité d’une soi disant puissance malade de sa précarité et qui veut, par tous les moyens, montrer sa force, prouver sa grandeur par l’écrasement d’autrui. Car la véritable grandeur élève ou à tout le moins travaille à élever tous. La véritable grandeur aime à régner parmi les grands et les souverains et s’offusque de devoir patauger dans la méchanceté contre autrui pour dominer à ses dépens. Seuls les aliénés faibles, pour soulager leur complexe d’infériorité ontologique, cherchent à aliéner pour asservir. L’aliénation est la complicité obscène des tarés caressant la puanteur de leurs plaies ontologiques réciproques. C’est toujours de l’entraliénation.

Toute la force du système étatico-social et de ses profiteurs, est de vider l’homme de toute sa substance souveraine, de le priver d’humanité c’est à dire de ses possibles par la pleine conscience de sa nature pour qu’il soit réifiable, utilisable, esclavagisable.

Que serait le prêtre si le croyant se sachant temple lui-même, se mettait à servir Dieu par lui-même en son for intérieur et sans intermédiaire hiératique ? Que deviendrait l’institution médicale si le patient découvrait que le médecin n’est là que pour l’aider ponctuellement mais que c’est à lui qu’il incombe de se soigner mentalement et comportalement ? Que serait le système scolaire si l’homme se reconnaissait centre potentiel de la connaissance et partait à la conquête de soi et du développement intellectuel personnel ? Qu’adviendrait-il de l’État si le peuple se prenant en main et assumant le pouvoir qu’il a, forçait les leaders à n’être que des mobilisateurs ponctuels sans décision prise avant le choix collectif dûment débattu et redébattu par et dans les communautés à qui il faudrait toujours vraiment rendre compte en toute proximité sans les structures de duplicité faisant écran entre dirigeants et dirigés !??

La défaite n’est jamais au départ, un fait extérieur venant de l’agresseur qui n’en est que le catalyseur. Pour une société, la défaite commence par une mentalité de soumission au mal par absence d’estime de soi ou ignorance des stratégies de défense, qui enfante la dissémination des forces et se conclut dans la dispersion des intelligences empêchant l’action constructive de l’autoréalisation collective. Ce n’est jamais que de l’autodéfaitisme.

Les victimes, je cite l’immense majorité des hommes, vivent au monde en reproduisant les même travers auto-asservissants du taureau qui, par inaptitude servile et inintelligence, par pure sottise et ignorance de sa puissance, se laisse mener par le petit garçon qui le conduit à l’abattoir, un peu comme ces dizaines de boucs imbéciles qui fuient devant une seule ou deux lionnes offrant en pâture les moins rapides d’entre eux alors que vingt boucs brandissant leurs cornes en chargeant auraient bien pu faire fuir d’effroi les prédatrices chasseresses.

Mais l’intersubjectivité de la concertation résistante et contre-offensive manque cruellement aux victimes consentantes figées dans leur subjectivité isolée, coupables aliénées collaborant à sa propre mise à mort ! Thanatos larvé des consciences perdues à elles-mêmes en plein déni de leurs possibles.

La faiblesse, hélas, semble inscrite dans le mental des vaincus auto-désigné comme autopunition autodestructrice de défaitisme imbu intrinsèque. Comme une génétique de la prédation acceptée. Les hommes préfèrent souvent se soumettre, se prostituer plutôt que de se battre et d’exorciser leurs bourreaux auxquels, ils prêtent bêtement en aliénés, une essence supérieure de légitimité dans leur domination scandaleuse et criminelle du monde.

En vérité l’homme n’est soumis que de ses propres déficiences à comprendre et à prendre conscience de ses pouvoirs, ses possibles et des stratégies à sa portée pour briser les pouvoirs l’écrasant et faire échecs aux chefs faisant cruellement le chef au détriment de la phratrie.

Hélas ! Une fascination auto-amenuisante des masses pour les mécanismes matériels et institutionnels des structures du pouvoir social et leurs détenteurs, soumet par anticipation la cohue collective éberluée et désemparée qui essentialise ces quelques détenteurs desdites institutions d’assujettissement de tous, cohue qui acquiesce voire acclame ces maîtres de structure et leur sert littéralement de choses par sa propre volition débilitée, aliénée comme par une sorte d’ « aboulie » idéologique, frappée de « forclusion » mentale et comportementale !

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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