Au Festival de Kahn, palme des reins à : « PS : la grande imposture »

Une fois encore, dans la scénographie proposée la réalité dépasse la fiction. Vous aimiez les séries made in USA et en redemandiez : vous voilà servis…

Personne ne blâmait la justice américaine que l’on voyait fonctionner depuis des années à travers la petite lucarne. Que du contraire, selon le sacro-saint audimat. D’ailleurs, n’avait-elle pas contraint l’homme le plus puissant du monde, le président Clinton, à mettre un genou à terre pour l’affaire Monica Lewinsky ? Or, voilà que d’un coup, elle ne sied plus. Et comme le soulignait avec pertinence Gilles Devers dans un papier récent [1], déjà lors de l’affaire Florence Cassez, la justice mexicaine était « injuste » ; dans celle de l’Arche de Zoé, la justice tchadienne était « nulle » ; et dans celle-ci elle serait « cruelle »… Il n’y aurait donc que la justice française qui soit idéale. Habitué à une justice à géométrie variable, le gratin politique qui se pense et se comporte dorénavant en « star » rejette violemment ce qu’il craint voir un jour fondre sur lui. Son immunité serait-elle à terme, menacée ? Certaines des affaires les plus glauques – et la liste est longue – pourraient-elles être enfin révélées ?

Peut-être faut-il rappeler que dès l’instant où d’aucuns ont la prétention de vouloir représenter le peuple aux plus hauts niveaux, ces choix les mèneront automatiquement à une vie privée réduite pour une vie publique aujourd’hui hyper-médiatisée, ce qui d’ailleurs leur convient souvent. Et où l’on ne peut à la fois vouloir bénéficier des avantages de la fonction et des feux de la rampe, sans en porter aussi les charges, les devoirs, les responsabilités et les désavantages éventuels en des moments plus difficiles. Comme dit l’adage, on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre…

Ensuite, l’on eût apprécié que cette « présomption d’innocence » que la plupart d’entre eux – mais particulièrement à « gôôôche » – n’a de cesse de revendiquer haut et fort ait été appliquée avec la rigueur réclamée lors du dossier Woerth-Bettencourt, ou dans celui d’Outreau, sous peine de devenir suspecte… Et de traduire le fait que si les mêmes évènements s’étaient produits en France, il y a fort à parier que l’affaire DSK, comme bien d’autres, eût été étouffée…

Puis, suite aux nombreuses déclarations du gotha politico-médiatique, comment croire ceux qui, la main sur le cœur et la larme à l’œil, nous assurent qu’ils connaissent leur « ami » depuis des lustres sans jamais s’être rendus compte des fêlures de l‘homme ? Drôles d’amitiés, s’il en est, puisque l’intéressé lui-même déclarait encore il y a peu au journal Libération que ses trois faiblesses étaient : le fric, les femmes et sa judéité. [2] Quelques rares humoristes comme Stéphane Guillon ou Laurent Gerra avaient osé soulever un coin du voile… et en 2007 le journaliste Jean Quatremer avait laissé entendre que DSK avait un handicap [3], et que l’encourager à se présenter pour de hautes fonctions était un pari risqué, voire irresponsable. Mais voilà précisément le nœud de l’intrigue : le PS français et ses caciques tellement avides du pouvoir, n’ont pas voulu voir ni entendre ce qui aurait pu faire obstacle à leur vedette, fut-elle fragile sur un point majeur. Personne n’avait lu ni entendu la moindre ligne du programme de ce grand absent de l’hexagone, qui en finale n’était qu’une construction médiatique du PS dont les incessants sondages assuraient la victoire sur tous ses rivaux – et où l’on peut comprendre l’imposture de « primaires » qui ne riment à rien puisque les dés étaient jetés ! Peu importe que l’individu soit fragile à un endroit de sa personne ; peu importe que cette fragilité s’exerce au détriment de plus faibles ; peu importe certains antécédents que nul de ces tellement proches ne pouvait ignorer : l’important étant de gagner ! La responsabilité de son entourage, de sa famille politique et de ses soi-disant « amis de longue date » est plus que lourde. Elle est écrasante, totale. Mais qui d’entre ceux-là sera prêt à le reconnaître ? Probablement aucun, dans cet univers nombriliste d’égocentriques prêts à tout pour sauver leur tête… et les privilèges auxquels ils ne renonceraient pour rien au monde… Ainsi, au-delà de ce que cet épisode nous enseignera encore si l’on veut bien y accorder le temps et les questions utiles pour appréhender la vérité, il eût vraiment fallu que les intimes et les vrais « amis » du sieur Strauss-Kahn l’encouragent à consulter et à se faire soigner… car loin des déclarations machistes et imbéciles de certain(e)s, et sous les apparences, quand l’on déclare à qui veut l’entendre « aimer les femmes », on ne les harcèle pas de manière aussi exécrable que celles de DSK… qui à vrai dire, doit les détester et leur en vouloir pour les maltraiter ainsi… Mais, c’est bien aux psys de traiter de cette part sombre de l’individu.

Le pouvoir corrompt, dit-on. Bien plus que beaucoup ne l’imaginent. Et les sunlights braqués en permanence sur les têtes finissent par griller les cervelles. Ce besoin compulsif d’être reconnu et flatté devient plus fort que tout. Pour lequel certains tueraient père et mère. Ce pouvoir est tellement grisant qu’il donne aux individus qui y accèdent le sentiment d’impunité absolue. Ces gens-là sont pour la plupart, des prédateurs. Que bien peu de choses arrêtent. Et à leurs yeux, que vaut une soubrette ? Il n’est qu’à écouter comment ils en parlent : un petit coup de reins ou une petite pipe n’est quand même pas « mort d’homme », n’est-ce pas ? C’est affligeant ! Et ces mêmes hypocrites viendront ensuite déplorer que dans le pays une femme meurt de violences conjugales tous les trois jours, et qu’il s’y commet 75.000 viols par an [4]… Tout se tient dans la vie, et il serait temps qu’ils s’en aperçoivent ! Sans parler de ceux que leurs fantasmes aveuglent et qui se réfugient derrière une énième « théorie du complot ». C’est tellement commode…

Ainsi donc, après une nuit dans une suite luxueuse, pourquoi se priver du plaisir que l’on pourrait « prendre » avec une boniche, jeune et noire de surcroît ? D’ailleurs, n’est-ce pas inclus dans le prix de la suite ? Ces malades de pouvoir, qui ont dans ces moments le don curieux de se serrer les coudes, se sont hissés dans un tel univers, qu’ils en perdent tout sens commun des réalités. Leur arrogance est sans borne. Et en tant que patron du FMI, le fonctionnaire le plus payé au monde (495.000 US$ nets annuels !) censé s’occuper des pays pauvres – cherchez l’erreur ! – pourquoi s’embarrasser de principes, dès lors que pour ces gens-là, tout est dû : aussi bien les lieux de vie les plus prestigieux, les bagnoles rutilantes, les costards griffés, les tables les plus prisées, les services des uns, le silence et l’appui des autres… qu’une femme que l’on prend telle une chose. Faut-il rappeler que le FMI versera 250.000 US$ à l’intéressé, en guise de dédommagement pour sa démission ? L’on me rétorquera que c’est contractuel. Bien sûr… mais n’eût-il pas fallu un minimum de retenue en attendant la sentence finale de la justice américaine, avant d’annoncer pareil versement ? Et s’il est reconnu coupable, cet argent est-il mérité, et pourquoi n’irait-il pas de plein droit à la victime ?... Qui a pu croire un instant dans ce mauvais casting, que la goôôche-caviar était morte ? C’est loin d’être le cas, mais à terme, c’est tout ce qu’elle mérite !

Et venons-en au mensonge. Qui en général ne les étouffe pas. Dans le cas présent, la version des faits évolue non en fonction de la vérité, mais de la stratégie qui permettra d’adoucir la sentence du tribunal. Le « présumé innocent » a d’abord choisi de se déclarer non-coupable. Ben oui, faut pas rêver, ces gens-là ont rarement le courage d’avouer leurs méfaits ! Mais comme la première juge ne l’a pas libéré sous caution, on apprend que le « story telling » où l’intéressé niait les faits et où ses avocats indiquaient avoir un alibi en béton est soudain modifié. Désormais, la jeune femme harcelée par un DSK concédant qu’il l’a séduite, aurait dit « oui, ouii… » Voyez la duperie. Voyez l’arnaque qui tente de masquer le délit en retournant la situation sur le dos de la vraie victime : c’est désormais elle qui en redemandait, et donc elle qui ment ! Ah, il est courageux le candidat socialiste, le pressenti aux ors de l’Elysée. Et elles sont belles les valeurs du favori idolâtré de cette gôôôche-caviar, qui sera passé des meilleures tables de New-York à la gamelle du prisonnier. Que ces quelques nuits en cellule où il aura eu le loisir de méditer sur l’égalité de traitement entre les individus et sur sa petitesse soit la première leçon d’une longue série...

Par ailleurs, il en faudra du courage à la jeune Nafissatou Diallo, après en avoir eu pour témoigner de son outrage. Tout sera fait pour la contraindre, pour la broyer, pour qu’elle revienne sur ses déclarations, ou pour qu’elle les modifie. Rien ne lui sera épargné, ni à elle ni à ses proches. Après l’humiliation qu’elle aura ressenti et devra porter pour le reste de sa vie, celle qu’une collègue a découvert prostrée et abattue au fond d’un couloir, aura une vie d’enfer, à fuir et se cacher pour échapper au harcèlement de hyènes qui avec leur fric, ont cette capacité à tout flétrir et tout abîmer. Puisqu’ils n’ont le respect de rien, ni de personne. Et que le dossier se soldera sans doute par un gros chèque dont certains baveront que c’était le but recherché…

En conclusion : au summum de leur narcissisme, et dans l’obsession de reconnaissance qu’ont certains de se faire dorénavant désigner par leur acronyme comme s’il s’agissait-là de la consécration ultime – DSK, BHL, PPDA, FOG, etc… – j’aurais un dernier mot : les toilettes publiques aussi sont désignées par les lettres WC…

Daniel Vanhove

Observateur civil
Auteur
23.05.11


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