Nuance et Amalgame

La nuance est avant tout l’inflexion logique, contextuelle, finalitaire voire téléologique de l’essence que l’on recherche dans le phénomène d’un fait, d’une situation pour son jugement objectif et équitable, alors que l’amalgame confond pernicieusement contingences et nécessités, brasse tout, préjuge de tout dans des associations mentales-herméneutiques dénaturantes souvent discriminatoires, toujours monstrueusement menteuses ou idéologiques. L’amalgame est un agent logique déviant du sens, trope de désignification de tout ce qu’il mélange. CLM

Dans l’analyse et le questionnement, tout le pari de la conscience-juge misant sur la vérité, c’est de parvenir à appréhender et discerner les nuances dans le jugement des faits et situations. Il s’agit d’éviter la mésalliance d’une obsession de vérifier ses préjugés et de découvrir en même temps la vérité. Sans les nuances, la saisie du monde est toujours un amalgame ou une confusion coulée dans le béton monstrueux des contrevérités et erreurs, toutes ces aberrations pires que les plus méchants mensonges car dans le mensonge on est trompé alors que l’absence de nuance dans le jugement, on se trompe soi-même, se gruge dans la plus cinglante autodéviance. Comprendre les nuances qui révèlent les subtilités et les spécificités en se débarrassant des préjugés et prêts-à-penser, sont le gage du jugement juste aboutissant à la vérité et à la justice.

Préjugés et erreurs sont, en effet, souvent conséquences d’un manque de nuances. L’histoire de la philosophie, nous rappelle ce tournant, ce moment de la méthode herméneutique que constitue la phénoménologie pour le jugement des faits et situations. Cela tient au souci de vérité husserlien visant à décanter la saisie des faits et situations en séparant conscience thétique et conscience réfléchie, intentionnalité vide et pleine. Néanmoins, dans la jungle sociale où la très minoritaire faune du pouvoir manipule les pulsions et instincts de la masse qu’elle pousse à des manières de meute de chacals, les incongruités rébarbatives des illogismes les plus loufoques et des logiques les plus monstrueuses posées en jugement collectif, ostracisent imparablement l’esprit libre et averti voulant parvenir à la vérité en prenant la posture du recul de phénoménologique pour appréhender le sens. Ainsi, ces deux choses essentielles et si pesantes de refus du préfabriqué idéologique et d’abord neutre dans tout jugement logique : sont trafiqués, dénaturés dès le constat et l’interprétation.

Ce qui nous fait souvent éluder les nuances dérangeantes, c’est la lâcheté et la promiscuité relationnelle nous poussant à ménager émotivités et susceptibilités et à atténuer la rigueur du jugement, voire à sacrifier la vérité. Le fait est clair, l’homme comme animal social et politique, pour conserver ses intérêts, se protéger lui et les siens, ment à lui-même ou se contente d’une vérité au rabais qui ne peut être que contrevérité. J’ai dit politique (c’est que, bien que cela existe dès la famille il y est privé et sans répercussion directe dans l’espace public) parce que la politique politicienne, est le domaine préférentiel, parce que public voir officiel, où l’on peut facilement vérifier la pusillanimité locutoire, le copinage et la promiscuité positionnelle des déclarations par complaisance grégaire. Complaisance qui va souvent avec la compromission langagière et la sujétion discursive au détriment de la vérité due aux citoyens. Dans les entourloupes de l’impureté satanique d’un système hypermatérialiste, qui lâche ses crapules zélées, ses chiens âpres à toutes les curées aux quatre coins du monde, l’esprit pur est souvent seul à se garder humain dans sa solitude. L’esseulement est alors la force des dignes qui refuse les amalgames.

Amalgames et jugements de masse…

L’amalgame, toujours mesquin et matois dans sa racine individuelle ou socioculturelle, part d’une logique trompeuse, toujours méchante et bornée avec des conséquences ultimes désastreuses. De fait, le racisme, l’ostracisme et toutes les discriminations non factuellement fondées sont des amalgames violents qui opèrent contre les altérités et donc, contre l’humanité. L’amalgame est essentiellement confusion, intrusion de composantes fictives artificiellement liées à un phénomène considéré, prêtées artificieusement à l’essence ainsi dénaturée des faits et situations dont il ose établir idées et perceptions factices en axiomes pervers et postulats inexorables.

En occident, le credo tout autant populacier qu’universitaire passe par la désinformation où la propagande équivaut à la liberté de la presse ; le libéralisme économique, assimilé à la liberté ; les élections cycliques, à la démocratie. Mélanger ainsi des notions sémantiquement proches pour se jouer des émotions et des limites intellectuelles collectives, c’est faire de l’amalgame. Amalgamer correspond à imprimer un sens faux, sur le plan idéel, à des notions ou des pratiques en leur annexant une justification morale factice ou un discrédit bernant via des données réprobatrices et accusatrices inexactes par un brassage explicatif, une mixture herméneutique à grands coups de pression sociale selon la diffusion massive du sens postiche voulu à travers les outils de communication sociale. Amalgamer, c’est créer à des individus, des institutions ou des faits, des connotations péjoratives voire incriminantes avec crasse rouerie et mesquinerie par l’agencement sordide de parties et de détails, d’insinuations et d’idées reçues, où un peu de vrai et un peu de faux subvertit, distord la signification et désubstantialise tout. C’est aussi dans certains cas, prendre le symbole pour le symbolisé inexistant afin de berner l’opinion publique.

Nous constatons aussi des amalgames idéologiques dans le traitement des relations entre les genres : dépendance affective, harcèlement (trop souvent respectivement confondus à l’affection intense et à la tentative tenace de séduction sans violence) évoqués à tout bout de champ, pour dénigrer le masculin et fragiliser le mâle toujours plus ou moins soupçonné de pulsion immodérée, de prédisposition à l’agression, toutes les conneries immondes d’une société utilisant les faibles d’esprit, montant femmes contre hommes, substituant une structurocratie tyrannique aux autocraties despotiques du passé et à leurs répressions immédiates, pour briser la force brute qu’est le mâle à l’heure des « démocraties » et de « l’État de droit ».

Un autre amalgame courant, devenu proverbe inavoué dans les sociétés occidentales, est que les pauvres sont des parasites, des assistés, liaison idiote chez la masse mais crassement idéologique chez les « élites », quand on sait que l’abomination, est la pauvreté dans le monde et dans des pays qui pillent la planète, provoquent de la rareté artificielle, entretiennent une poignée de vrais parasites crapuleux et riches qui se servent des structures de l’État pour régner en chiant sur le reste de l’humanité dans une société aliénée bêtement vouée à eux, prête à leur verser des taxes spéciales, à éponger leur gaspillage bancaire provocateur de crises économiques mondiales...

Encore un autre amalgame, raciste, celui-là, la croyance chez plusieurs petits leucodermes que le mélanoderme est souvent un voleur ! Ineptie à dormir debout. Si les noirs savaient tellement voler, ils ne seraient pas si pauvres se faisant souvent traiter en parias (sauf les cooptés par souci de visibilité multiethnique du système en pays d’immigration) pour une subsistance difficile même parmi les moins doués des blancs. Sans entrer dans la stupide guerre de « race » menée tantôt ouvertement tantôt subrepticement par les minables petits et grands racistes avoués ou inavoués au pouvoir, guerre honteuse pour l’humanité, et que nos abhorrons de tout notre être, disons simplement que l’histoire effective, celle qu’on élude et qui n’est guère massivement diffusée, mais dont les faits et conséquences sont palpables et bien présents, raconte totalement le contraire. De quelle couleur sont les moralistes colons, saints et religieux, qui ont volé des pays à leurs ressortissants en Amérique, en Afrique et sur tous les continents, et qui, non contents d’avoir pris terres et ressources à leurs possédants partout dans le monde, ont transformé (par l’esclavage, ce pillage de la vie d’un individu, cette prédation de l’Étant Humain) l’homme de ces pays en chose productrice, mis à mort avec les pires injures, s’il refusait son statut de chose au service du maître ? Prédation de pays, déprédation de terres, vol de vie, sans égard pour quiconque ou quoi que ce soit, voilà que de nos jours, on crache les pires insultes aux écrasés avec l’aval des plus flagorneurs d’entre eux, achetés, utilisés, forgés contre les leurs. L’on comprend aujourd’hui que certains moins que rien qui gouvernent les états jouent à l’arrogance et à la « noblesse bourgeoise » supérieure pour se laisser croire et faire croire qu’il sont d’origine pure, rudes travailleurs qui ont réussi, tandis que les pauvres sont de sales paresseux profiteurs venant le plus souvent de ces races inférieures qui peuplent le sud…

L’amalgame est donc le fait des prédateurs et des ignares manipulés de leur idéologie. Le recul qu’exigent les nuances, est de loin trop difficile pour ceux que la mollesse quotidienne, et l’ignorance et la pulsion de haine, tiennent, hélas, collés à la réalité sociale et à l’immédiat.

L’imposture d’une société - véritable cercle vicieux, circularité de la pérennité du mal infligé par les plus forts qui ont pillé, massacré et sont donc riches et armés - semble interminable dans un monde où la logique tronquée, mensongère des amalgames, sévit et tue le sens en se jouant des hommes ainsi faits choses d’autres hommes privilégiés, constituant l’infime minorité prédatrice, le quarteron obscur de monstres au pouvoir, cachés derrière les structures, monstres implacables et impitoyablement exterminateurs des multitudes majoritaires.

D’aucuns me diront, si tant est sombre et ténébreuse la condition sociale des hommes, pourquoi écrire, s’engager ? À cela, je réponds ceci : sachant que, fors les choses divines et métaphysiques, il y a toujours des alternatives mélioratives aux conditions sociales des peuples et des hommes car ces conditions sont humainement créées et maintenues sans aucun Deus ex machina transcendant, c’est-à-dire forgées dans le ludique des structures, fomentées par quelques-uns utilisant tous. Il faut donc scruter dans l’histoire et les choix de société, les causes des terribles malaises affectant la vie sociale de l’espèce tout en partageant et mettant en commun les réflexions pouvant faire éclairage sur les points d’ombre de l’ordre du mal qui est l’ordre du monde.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


 
 
 
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