Anorexie

Elle a quarante ans aujourd’hui,
et tant d’années d’errance.
Corps filiforme,
Tout s’est inscrit dans ce corps décharné,

Quel passé lui a volé sa vie,
Quelle est cette douleur qu’elle s’oblige à porter.
Est-ce un secret de famille jamais divulgué.
Peut-être une histoire qu’elle a construite
dans la dévastation de ses pensées malades.

Tant de mystères autour de ce corps
qui ne la porte plus.
Jamais femme ne pourra éclore.
Il faudrait ce petit quelque chose,
Celui qui détourne les yeux d’un homme au coin d’une rue.

Oh, ce mal-être,
Comme une origine qui échoue à percer le jour,
Comme mille vies qui envahissent son âme,
sans qu’elle ne parvienne à choisir, jamais.

Tout cela l’emporte dans une folie,
De celle que personne ne peut comprendre.
Alors, ne lui reste que ce contôle
qu’elle exerce sur ce corps qu’elle hait.
C’est décidé, il ne sera que chair et os.
Qu’il en soit ainsi.

Elle n’existe ni par la terre, la roche, l’air ou même l’eau.
Elle survit dans un corps qu’elle exige vide.
Il doit plier à l’exigence de son regard
qui n’accepte que l’extrême.
Peau diaphrane, os saillants, grands yeux qui
envahissent un visage creusé.

Corps martyrisé.
Jamais, jamais elle ne l’aimera.

Elle s’emporte en passion, déraison,
Violence et douceur.
Instinct et intellect s’affrontent,
se séduisent à tour de rôle,
pour mieux se déchirer ensuite,
Et la laisser là, épuisée,
Seule, toujours seule.

...

Parfois, le calme revenait,
Elle nous laissait alors l’approcher,
L’aimer. Mal. Anorexie.
Nous guettions le moindre sourire,
le moindre léger bonheur dans ses yeux.

Si seulement.
Que fallait-il faire ?
Que fallait-il faire ...

Cimetière de campagne
Entouré de champs paradés de couleurs,
Des jaunes, des verts, des rouges coquelicots,
Fleurs de printemps mauves, bleues pervenche,
toute la palette de la beauté d’un pays où il fait bon vivre.

Abondance de ce pays superbe.
Surplombant une vallée magnifique,
Douceur, générosité de vivre.

C’était trop pour elle.
Son coeur s’est arrêté, anéanti.

Sur la pierre tombale épurée,
un prénom, un nom, deux dates.
Une croix,

Simplicité. Eternité.

Le vide ne pouvait la sauver.
Seule la terre sait accueillir celui qui
a terminé sa route.

Tant de sérénité.


 
 
 
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