POEME A QUATRE MAINS,

J’ai vu les plus belles histoires d’amour
voler en éclat,
Des enfants le ventre gonflé et les yeux
couverts de mouches,
Des amours mentir et des espoirs
détruits par l’indifférence.

J’ai vu des femmes pleurer des maris
massacrés à des guerres toujours inutiles,
et garder un sourire figé, courageux. Avancer.
Je t’ai vu t’éloigner de mes bras.

J’ai vu des filles Touareg données
à un mari, vieux, si vieux,
se couvrir de rides dès 20 ans un bébé
accroché à un sein déjà lourd.
Et tant d’occidentales à mi-parcours de leurs vies
avec si peu de rides et tant de tristesse au fond des yeux.

Je vois des hommes prier Dieu et
ordonner des massacres,
Ou sont les doux ?
ceux qui prient pour les arrogants,
les brutes, les jouisseurs et tout ceux-là.

J’ai vu des forêts en proie aux flammes
et ne laisser qu’un paysage noir, désolé,
agité seulement de quelques fumerolles,
comme d’ultimes appels au secours d’un monde
qui se consumme inexorablement.

J’ai vu des familles consommer, saturées
du clinquant d’une société
qui n’a rien à leur offrir, rien.
Broyées dans un rouage économique mené
par un système cynique et manipulateur.
Miroir aux alouettes.

Je sais qu’aimer donne le sourire et
la liberté mais tant de désolation également.
Bonheurs et destructions ne touchent-ils pas
de façons égales ?
Allez ! Toutes les vies se valent.

Cette jeune Touareg sans connaissance et
livrée ainsi dans sa pureté rejoint
l’âme de toute femme meurtrie.
Ces enfants mal nourris aux yeux immenses
martyrisés interrogent le monde.

D’aucun me diront, mais voyons, cela
n’a rien à voir.
Certains souffrent plus que d’autres.
Comment oses-tu ?
Je leur répondrai que toute souffrance
mérite d’être considérée.

Nul nécessité d’être choqué car
le poète ressent toute joie
et toute souffrance également.
Il ne quantifie rien, ne classe jamais,
Il laisse juste les mots venir,
Il ne sait d’où.
Il crie même si peu l’entendent.

Et il écrit dans une fébrilité
presque jouissive,
Il prend le monde dans
ses doigts qui filent sur le clavier,
offre son regard aux autres sans se soucier
de convenance, de décence ou autre.
Qu’importe !
Il n’ordonne les mots que pour mieux
les partager,
tout le reste n’est pas d’importance.

Qui parle en lui ?
L’insondable de son inconscient,
Son âme qui ose se mettre à nu,
Son coeur qui porte une sensibilité
à fleur de peau,
Ses sens aux aguets,
Il lui faut tant de courage pour laisser
les mots le submerger et les coucher là
sur cette page vierge. Tant d’abondon.

Pourquoi vouloir ordonner toute pensée
selon des règles, des lois et de la logique ?
Horreur !
Bien-être pernicieux des certitudes,
Le poète n’en a cure de tout cela.
Il joue entre équilibre et fil du rasoir,
voilà son exaltation essentielle.

Mon ami poète m’a dit dernièrement,
« Tu vois, je n’écris plus mais je crie toujours »

Je lui réponds,
« Ecris, Rudy, le monde a besoin des cris du poète,
ne les étouffe pas.
Nous en crevons de toute cette mise au pas ambiante ! »

…..

« Le monde n’a pas besoin du cri des poètes
Libre Plume,

Le cœur s’émeut d’un mot, d’une image.
Le cœur oublie, dès la table mise...
La bouche emplie, les oreilles se ferment
L’importune vision retourne en son néant.
Qui prendrait le temps de bénir l’agneau
dont la côtelette orne notre sébile
Qui veut se fondre en l’autre afin de le faire vivre ?

Un jour, un jour peut être, un jour sûrement
dès le premier sang rendu à Dieu,
lorsque le plaisir signifiera merci
dès toute indifférence à jamais bannie,
Alors peut-être, alors sûrement,
Lorsque les mots empliront de leurs sens
le cœur, le corps et l’âme.
Lorsque nous serons tous prêts et prêtes
Lorsque nous aurons rendu grâce.

Alors, alors peut-être, alors sûrement
si les mots ne veulent plus rien dire
si leurs sens seuls s’expriment encore
si ce qui se doit s’entendre, se comprend vraiment
Il n’y aura plus l’apparence, mais l’intérieur, seulement.
Les mots d’amour se murmureront d’un regard.
Les cris de haine resteront enfouis loin de l’oreille.
Je recevrai cette main, sans peur
J’écouterai le son de son nom, comme une fleur
J’accueillerai la douce clarté de son regard
éternel amoureux d’un monde énamouré...
Alors peut-être, alors sûrement,
nous nous réciterons des mots d’enfants.
Rudy »


 
 
 
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