Egypte : la contestation continue et se radicalise

120 partis et organisations politiques qui soutiennent le mouvement de contestation populaire viennent d’appeler à une nouvelle grande manifestation le mardi 12 ainsi qu’à la désobéissance civile dans tout le pays.

L’occupation de la place Tahrir entre aujourd’hui dans sa septième journée. Le mouvement de contestation commencé le 28 juin dernier fut géographiquement étendu et massivement suivi suite à l’appel à la grande manifestation millionnaire du 8 juillet. Les égyptiens sont descendus dans les rues et les places dans 12 gouvernorats du delta et de la vallée, d’Alexandrie à Assouan, et de Suez à Charm El Cheikh où le président déchu H. Mobarak jouit toujours d’un traitement particulier dans l’ hôpital public de la ville qui fut transformé en une clinique privée au service d’un seul malade.

Les frères musulmans, d’abord hostiles à ces manifestations et diabolisant les forces démocratiques qui en ont pris l’initiative, s’y sont ralliés à la dernière minute après l’abandon de la réclamation de la constitution d’abord par l’ensemble des organisateurs. Cette concession faites aux frères musulmans est une grosse erreur selon le journal britannique The Indépendant et risque de marginaliser davantage les partis et diverses coalitions de jeunes libéraux ou de gauche. En effet, les frères musulmans se sont joints à cette manifestation lorsqu’ils ont constaté l’importance de la mobilisation et le ralliement massif de la classe ouvrière. Cependant, ils ont déclaré qu’ils ne soutenaient pas l’occupation des places et qu’ils se retiraient dès 17 h le vendredi. Mais voyant que le mouvement s’amplifiait, que la pression populaire a porté ses fruits en amenant le premier ministre à promettre dans son discours du 9 juillet de satisfaire certaines revendications du peuple, ils ont commencé à tergiverser de nouveau, avec des déclarations aussi contradictoires les unes que les autres et un pied dedans et un pied dehors. Ce discours a d’ailleurs été rejeté par tous les manifestants, les forces politiques et les coalitions de la jeunesse, car il ne répondait nullement à leurs attentes en ne leur offrant que des promesses ou des mesures sans spécifier les mécanismes de leur mise en œuvre ni le calendrier approprié.

A l’heure actuelle, le nombre des occupants des espaces publics dans toutes les grandes villes d’Egypte augmente toutes les heures, notamment au Caire, Alexandrie et Suez. Dans cette dernière, les manifestants ont barré la route menant au port de Ain Sokhna et au gouvernorat de la Mer Rouge. Rejetant le discours du premier ministre qui ne fait que reproduire la langue de bois de ses prédécesseurs de l’ancien régime, ils ont lancé un ultimatum au SCFA menaçant de fermer le Canal de Suez à la navigation internationale si leurs revendications ne sont pas satisfaites en 48 heures. (Al Badil électronique)

Le communiqué ci-dessous qui fut distribué aux manifestants le révèle la dynamique de la révolution égyptienne et la radicalisation des revendications.

Galila el Kadi

Paris, 10 juillet 2011

Communiqué du comité d’occupation du 8 juillet de la Place Tahrir

Convaincus de la nécessité de la complémentarité des forces du peuple égyptien afin de réaliser les objectifs et les demandes réclamées par le peuple et pour lesquels sont tombés des milliers de martyrs lors de sa glorieuse révolution, Nous, les Egyptiens patriotes indépendants, nous sommes réunis le 8 juillet 2011.

En vue de ce que le peuple tout entier constate de lenteur et de complicité en ce qui concerne l’accès à ses demandes et à ses droits spoliés, bien que six mois se soient déjà écoulés, nous considérons que le salut de l’Egypte et l’accomplissement de nos revendications exige que nous lancions un appel à tous les courants des forces révolutionnaires politiques afin de réunir la nation et de former un conseil transitoire dirigé par le Président de la haute Cour constitutionnelle ou qui assure son intérim, qui réunirait des représentants de toutes les composantes de la Nation et qui comprendrait à part égale : un tiers pour les courants religieux (33 membres) représentant Al-Azhar, les Frères musulmans, les Soufis, les Salafistes et l’Eglise, un tiers pour les courants de la jeunesse révolutionnaire et un tiers pour les mouvements, les courants et les partis politiques révolutionnaires.

- Ce Conseil sera considéré comme un Conseil légitime constitutionnel pour diriger l’Egypte sous la présidence du Président de la haute Cour constitutionnelle avec l’adhésion du Ministre de la défense, ou de qui assure son intérim, de manière que ce Conseil soit composé de 101 membres.

- Les membres du Conseil n’auront pas le droit d’être candidats à quelques élections qu’elles soient locales, législatives ou présidentielles au cours d’une seule législature.

- Au cours de sa première réunion (pour laquelle nous proposons la date du 23 juillet, anniversaire de la Révolution de l’armée et du peuple), le conseil élit un conseil restreint pour représenter l’Egypte à l’intérieur et à l’extérieur et nomme un premier ministre et un conseil des ministres. Il revient au Conseil de nommer ou de destituer les ministres à la majorité des voix du Conseil.

- Le comité d’occupation du 8 juillet de la Place Tahrir demeure en réunion permanente jusqu’à la formation du Conseil transitoire, sa prise de pouvoir et la fin de l’occupation de la Place.

Vive la révolution égyptienne Vive l’Egypte libre

Communiqué diffusé le 9 Juillet aux adhérents de MARED (Mysryoun against religious discrimination), traduit de l’arabe par Asmahan el Batrawi


 
 
 
Forum lié à cet article

 
 
Les derniers articles
 
Thèmes