A l’aube d’un nouveau monde

Testament d’un humain banal

Aurai-je bientôt écrit mes derniers mots ? Cette question est tenace. Avant que je parte, seront-ils tous en ordre ? Comme à la parade, pour un bel hommage à titre posthume ? J’aime l’humour de ma destinée et toute ma vanité.

Souvent je regarde le soleil comme si c’était la dernière fois, pas la première, je sais, et la seule chose qui me vient à l’esprit, non sans une larme à l’oeil, est :
- J’avais encore tant à écrire. Mais je sais que l’éternité n’y suffira pas.

Pensant au texte que j’aimerais bien qu’on lise au jour de mon dernier jour, mis en bière, une pression bien fraîche s’il vous plait !, j’essaie de croire que j’ai écrit ce qu’il faut comme il le fallait parce que tout était ainsi, que je n’y pouvais rien de plus.
- Et ainsi soit-il, clôt le prêtre que j’avais pourtant interdit. L’opinion des morts est bien légère aux vivants.

La musique ? C’est fait. Je l’entends déjà tandis que mon cercueil en bois exotique, leur dernière fantaisie, sort de l’église. Est-ce qu’ils capteront le message ? Pas le centième qui parle anglais. Faudrait peut-être que je leur traduise. Je note, traduire "Come what may" , "Quoiqu’il advienne", pour ceux qui ont loupé le train vers la tour de Babel.

D’ailleurs l’église ? Je n’en veux pas. Le mieux serait en plein air comme dans un grand pique-nique américain. Avec les saucisses ! Et pourquoi pas ? Et le marching-band, ho oui. J’aimerais qu’on danse à mes funérailles et qu’on célèbre la vie qui continue. Sans cureton, grenouilles de bénitiers, diacres et badauds qui nous font chier depuis des siècles et des siècles.

Alors pas d’église, pas de curé. Les fleurs ? Aucunes. Elles sont si belles dans leurs champs. Je n’ai jamais aimé tuer quoi que ce soit et ce n’est pas mort que je vais commencer. Vivantes elles s’agitent au gré du vent sans jamais chercher à lui résister. Elles s’ouvrent au soleil et dorment quand la lune prend son quart. J’ai trop de respect pour qu’elles finissent fanées autour de ma tombe où je ne serai pas, dans des vases que des imbéciles voleront. Donc pas de fleurs coupées et surtout pas en plastique, il leur faudrait 1000 ans pour se dégrader.

Je veux un enterrement simple.

D’ailleurs cela m’amène à mon cercueil. Mon dernier lit. Je n’en veux pas non plus. Qu’on brûle mon corps et que mes cendres soient dispersées dans la Mediterranée et que mon urne serve de maison aux poissons. Je ne veux pas de lieux où l’on pourra se recueillir. Et puis, ça fera faire de sacrés économies.

Je récapitule : pas de messe, pas d’église, pas de curé, pas de cercueil, pas de fleurs. Juste un dernier texte et mes chansons préférées.

Mais qui l’écrira ? Parce que je vais l’écouter.


 
 
 
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