Le Tour de France et son petit Peuple

Ouvert à cent quatre-vingt pays répartis sur deux continents, avec en prime, un ou deux Australiens venus tenter leur chance…

Né du sol, de la terre et de l’histoire d’un pays, la France...

Le Tour c’est une boucle, La Grande Boucle qui ne finit jamais là où elle a commencé.

Mer, montagne, plaine, vallées, cols, montées, descentes… en grappe indissociable, ou bien solitaire après une échappée d’un peloton trop attentiste, la ruche travailleuse aux couleurs des maillots des sponsors - et pas toujours pour un salaire en or -, les petits souliers, comme ailleurs... les petites mains, veille au grain, protège et couve leurs leaders pour lesquels tous pédalent…

Et six heures de selle plus tard, écarlates, les jambes aussi lourdes qu’une responsabilité quand elle est collective, c’est le témoignage d’un Tour de France véritable tour de force qui nous est apporté là, dans des interviews données à bout de souffle, le visage grimaçant de fatigue et de douleur.

Car le Tour n’épargne personne, même les plus talentueux.

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Entre deux crises de dopage, le Tour demeure infatigable ; depuis sa première épreuve en 1903, 350 000 km ont été parcourus, soit approximativement la distance terre-lune, 2 000 étapes et prologues.

Le Tour c’est aussi le Carnaval avec sa Caravane aux mille objets dérivés et publicitaires ; caravane privée de chameaux et de dromadaires avec pour seul désert le sable d’un bord de mer, le long d’un littoral hilare à corps et à cris, qui précédera dans le bruit et la fureur le passage de 180 cyclistes casqués partis à l’assaut du granite, du marbre, du goudron, sous la pluie, le soleil, le vent…

Une seconde d’inattention, une mauvaise trajectoire, et c’est la chute…

Coppi, Bobet, Anquetil, Eddy Merckx, Indurain, Armstrong…

Pédalez ! Pédalez ! Il en restera toujours quelque chose !

Et trois semaines plus tard : les Champs Elysées et une légende.

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Bien que mondial, avec le Tour, le local reprend tous ses droits, du continent au village, du champion australien à l’enfant du pays, de la région, du département, du canton, de la ville, du village que le Tour ne manquera pas de traverser… mieux encore… une étape peut-être !

Fabrique médiatique par excellence - 200 journalistes, hélicoptères, motos et caméras, retransmis dans plus de 180 pays (la communauté onusienne)…

Le Tour de France c’est 100 millions d’Euros de chiffre d’affaires.

Machine commerciale - mais pas plus que les autres épreuves sportives -, on oublie trop souvent que cette entreprise privée est sans doute la plus nationale qui soit.

Car, c’est dans les années 60, que la Télévision viendra prêter main forte au Tour pour une mise en image de tout un territoire et de tout un public alors encore invisible : tables, chaises, tentes, camping-car, sous un parasol ou sous un parapluie, c’est tout un peuple que la Télévision qui fera du Tour de France la 3e manifestation sportive la plus regardée au monde, nous proposera comme spectacle…

Sans aucun doute la meilleure des vitrines et la plus exhaustive brochure touristique jamais conçue cette représentation d’un enthousiasme frénétique car, le moment venu on pourra même courir aux côtés des cyclistes ! Faire un bout de route avec eux, les encourager, hurler qu’ils ne doivent pas relâcher leur effort.

Et même si sept à quinze millions de Français mobilisés autour de cet événement ne font pas une nation, pour un peu, on en viendrait presque à penser que c’est toute la France qui s’est réunie là, toutes nationalités confondues, au bord des routes ou devant son écran de télévision ; tout un Peuple aux côtés d’un Tour de France réconciliateur et consolateur.

Irremplaçables ils sont ! car, qui peut nier le fait que sans eux, sans ce petit Peuple du Tour de France, le Tour ne serait plus vraiment Le Tour…

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A-t-on déjà vu des armées battre le fer, vaincre, envahir et occuper et dominer de populations entières à bicyclette ?

Certes non !

Mais alors… pacifique cet adulte qui court et hurle, aux côtés d’un cycliste en sueur qui rêve d’une victoire et sans doute aussi de repos, un « Allez ! Allez ! » altruiste et compassionnel ?

Fort possible.

Car, le vélo et sa plus grande fête et son plus grand hommage qu’est le Tour de France, semble adoucir mœurs et tempéraments, et place un large sourire sur le visage d’un public qui nous réconcilie avec tous les publics et tous les enthousiasmes ; sourire et joie pour une célébration du courage, de l’effort et de l’intelligence avec laquelle aucune autre manifestation sportive de masse ne peut rivaliser.


 
 
 
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