Faut-il douze autres travaux d’Hercule de la Grèce pour satisfaire les banksters de la finance ?

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs ».
Robespierre (Extrait de Lettre à la Convention nationale)

Depuis plus d’un an la Grèce est dans le collimateur du néo-libéralisme sauvage. On prétend à tort ou à raison que son entrée dans la zone euro ne lui a pas porté la chance. Qu’en est il exactement de cette dette toujours recommencée voire qui ne fait qu’augmenter alors que le gouvernement Papandreou a fait faire des efforts drastiques aux Grecs (ques) en vain car le « tonneau des Danaïdes » se vide immédiatement dans l’escarcelle des requins de la finance.

« Pour les Hellènes, le sommet européen n’est qu’une réunion de plus entre dirigeants européens. Et de dénoncer le plan de rigueur qui a été adopté il y a trois semaines A la veille du sommet de crise de la zone euro, la place Syntagma à Athènes, épicentre du pouvoir et des contestations en Grèce, est devenue une sorte de miroir de la mondialisation, où des Grecs « indignés » tentent le dialogue avec des touristes du monde entier. Depuis fin mai, des « indignés » campent sur cette place (de la Constitution en français), en face du Parlement, centre et symbole du pouvoir politique. « Je me bats pour mes droits, pour les droits de l’Homme », dit le jeune homme qui dénonce « les milliers » de gaz lacrymogènes lancés par la police grecque sur la place les 29 et 30 juin pour disperser les manifestants au moment du vote des lois d’austérité demandées par les créanciers du pays. L’aide internationale à son pays pour résorber la dette et les déficits, il l’analyse comme une dépossession coloniale du pays, car elle s’accompagne de conditions strictes comme un plan massif de privatisations. « Tout ce qu’ils veulent, c’est prendre ce qu’ils peuvent, le pétrole, les ressources minières. Ils ne veulent pas aider, ils veulent prendre, tous, les Européens, les Chinois, les Emiratis. Et le gouvernement vend la Grèce pour pas cher ». Mercredi, à la façon d’une potence sinistre, six noeuds coulants alignés en face du Parlement semblent menacer les députés de pendaison, quinze jours après les manifestations anti-austérité. En dessous, une affiche se moque du Premier ministre grec Georges Papandréou, « nommé employé de l’année » par le Fonds monétaire international.(1)

Comment est venue la crise de la zone euro ?

Il ne faut pas croire que l’euro est un long fleuve tranquille, on avait pensé que les petits pays (Irlande, Portugal, Grèce) étaient les plus vulnérables. Il n’en est rien, l’Espagne, l’Italie sont dans le collimateur et attendent leur tour Même la France avec un déficit abyssal risque d’être inquiétée. Dans cette détresse des peuples qui sont et seront toujours les variables d’ajustement, les banques n’ont jamais été aussi florissantes. Quand elles s’enrichissent elles distribuent à leurs actionnaires, quand elle sont en déficit, l’Etat les renfloue avec les argents des contribuables. Joseph Stieglitz prix Nobel d’économie à juste raison parle « de privatisation des profits et de mutualisation des pertes ».

Tout démarre pour la Grèce le 5 novembre 2009, le nouveau premier ministre Georges Papandréou, élu le 4 octobre 2009, annonce que le déficit public atteindra 12,7% du PIB en 2009, et non 3,7% comme le précédent gouvernement l’avait annoncé le 17 février, et la dette 113,4%. 14 décembre : le gouvernement grec annonce un plan d’austérité pour faire passer le déficit sous la barre des 3% du PIB en 2013. 29 janvier 2010 : L’Espagne présente à son tour un plan d’austérité afin d’économiser 50 milliards d’euros d’ici à 2013. 28 avril : l’agence de notation Standard and Poor’s dégrade la note de la dette espagnole. 10 mai:Les pays de la zone euro s’accordent sur un plan d’aide aux pays en difficulté de 500 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 250 milliards du FMI. 14 mai : le Portugal annonce un plan d’austérité afin de réduire son déficit qui représentait 9,4% du PIB en 2009 ».(2)
« 22 novembre : l’Irlande demande une aide financière internationale. Un plan conjoint de l’Union européenne et du FMI s’élevant à 85 milliards d’euros lui est accordé le 28 novembre. 4 mai 2011:le FMI et la Banque centrale européenne débloquent une aide de 78 milliards d’euros en faveur du Portugal. 13 juin 2011 : l’agence de notation Standard and Poor’s abaisse la note de la dette grecque de trois crans, à « CCC », soit deux points seulement au-dessus de l’insolvabilité. 15 juillet : Pour rassurer les marchés, le Parlement italien adopte un plan d’austérité de 48 milliards d’euros. La dette du pays s’élève à 120% du PIB. »(2)

Les agences de notation seules coupables ?

Qui décide de la santé financière d’un pays ? Au-delà des instances politiques de chaque pays, les agences de notation prennent de plus en plus d’importance car le marché suit leur « recommandation » Les pays membres de l’Union européenne voudraient durcir la réglementation des agences d’évaluation financière, dont ils sont aussi les clients. Pour Stephan Kaufmann, l’idée d’Angela Merkel de faire concurrence aux agences américaines n’a pas d’avenir, estime un éditorialiste allemand. Aujourd’hui, la solidité d’un Etat dépend de l’estimation qu’en font les marchés financiers, c’est-à-dire de leur avis sur la situation dudit pays. Ces estimations servent aux investisseurs qui s’en remettent au jugement des agences de notation, dont le travail est d’évaluer la solvabilité des Etats. »(3)

Ces agences font l’objet d’attaque en règle rappelant que dans l’ancienne Grèce, on mettait à mort le messager qui amenait des mauvaises nouvelles... En Grèce, Georges Papaconstantinou a lancé une violente diatribe contre Moody’s, l’agence de notation américaine coupable d’avoir brutalement rétrogradé la Grèce [le 29 mars, Standard & Poor’s (S&P) a fait de même]. Dans un texte de deux pages le ministre a qualifié la décision d’« injuste » et d’« in¬compréhensible ». Si une chose au moins fait l’unanimité, c’est la nécessité de réduire la dépendance à l’égard des notations, qui est souvent imposée par la réglementation financière un peu partout dans le monde. »(4)
Même son de cloche au Portugal Antonio Costa le directeur du principal journal économique du pays étrille les agences de notation et demande qu’elles passent en jugement. Pour lui, les Etats, les banques et les entreprises ont besoin des agences de notation, des entités fondamentales pour évaluer le risque d’un pays et d’une économie comme pour garantir l’existence d’investisseurs prêts à placer leur argent. Mais ils n’ont pas besoin des agences telles qu’elles existent aujourd’hui, sans régulation ni limites.

Moody’s a décidé lundi dernier [4 juillet] d’annoncer au monde un abaissement brutal de quatre points de la note souveraine du Portugal, l’envoyant « à la poubelle » [dans la catégorie des placements spéculatifs], quelques jours seulement après l’annonce par le gouvernement de l’adoption des premières mesures d’un plan d’austérité implacable négocié avec les instances internationales, dont un prélèvement exceptionnel de la moitié de la prime de fin d’année [soit la moitié d’un salaire mensuel]. La décision de cette agence est indécente, immorale, vraiment criminelle. »(5)

L’Allemagne coupable de trop bien réussir en …solitaire

« A tort ou à raison, on accuse l’Allemagne de jouer en solitaire, et de ne pas être solidaire. Qu’en est il exactement ? Jacqueline Hénard économiste s’en explique : depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la politique étrangère allemande était fondée sur deux piliers : la relation transatlantique et la construction européenne. Sur le plan intérieur, le pays a fait des choix courageux, en accord avec ses forces et avec sa structure. Il a mis en oeuvre des réformes structurelles et en veut aux autres de ne pas avoir choisi le même chemin. Aujourd’hui, l’Allemagne n’a pas d’alternative à ces positions de l’après-guerre, mais se comporte d’une façon qui met en difficulté les Européens. Elle est devenue autiste ». (6)

Jacqueline Hénard va plus loin , elle accuse l’Allemagne de ne penser en priorité qu’au peuple allemand ….Elle est aussi coupable de ne pas entrainer avec elle la France pour être le moteur de l’Europe : « L’Allemagne ne pense pas son avenir en fonction de l’Europe. Le pays a changé à beaucoup d’égards. Il est plus vieux qu’il y a vingt ans. Les écarts de revenus ont augmenté et une partie de la population allemande est réellement pauvre. Beaucoup de gens ont fait des efforts pour que la machine économique allemande reste en mouvement. Et aujourd’hui, ils soutiennent cette autonomisation de la politique étrangère allemande, ou du moins une position souvent très populiste, véhiculée aussi par une partie de la presse tabloïd, notamment le Bild, selon laquelle les Grecs vivent à nos dépens, au soleil... L’Allemagne n’a aucune vision du couple franco-allemand comme concepteur de l’avenir de l’Europe. L’Allemagne n’est pas en crise. Le pays est fort économiquement. Il a changé sociologiquement, et avance, même sans leadership. De son côté, la France a une peur bleue de voir sa note dégradée par les agences de notation. Et elle n’a pas d’alternative. Elle a besoin de la crédibilité allemande, pour se sortir d’une situation économique structurellement mauvaise ».(6)

La contagion : Portugal, Espagne, Italie... ?

Pour Stefano Lepri : « La crainte d’une contagion de la crise liée à la dette italienne inquiète les responsables européens. L’avenir de l’Europe est en jeu. La crise de l’euro s’accentue. Alors que l’UE devait impérativement boucler un nouveau plan de sauvetage le 21 juillet, l’Italie, troisième économie de la zone euro, est la cible des marchés financiers. Malgré un PIB qui progresse, la croissance italienne demeure anémique et la dette atteint des records (1 900 milliards d’euros, soit 120% de son PIB). (...) Ce chaos a été déclenché par l’impression que le gouvernement italien n’était pas en mesure de réagir efficacement aux événements et que l’instabilité politique pouvait durer même après son éventuelle chute. (....) Stefano Lepri ajoute que l’Italie est « too big to fall » en Europe, il en appelle à la solidarité. Ecoutons le : « De même, le fait que l’Italie puisse être touchée a modifié tous les scénarios de la crise de l’euro. La Grèce, l’Irlande et le Portugal ne représentent à eux trois que 6% du produit intérieur brut de la zone euro, mais, avec l’Italie et l’Espagne, on atteint un tiers du PIB. C’est bel et bien l’avenir de l’Europe qui se joue actuellement. L’Italie n’est pas encore sortie de l’impasse, elle a besoin de solutions solides et de calme. Au-delà des solutions techniques - et notamment du renforcement du Fonds européen de stabilité financière, entravé depuis des mois par l’Allemagne alors qu’il est lui-même dirigé par un Allemand -, il est nécessaire de faire preuve de solidarité. Les interdépendances dans la zone euro ne sont plus à prouver ».(7)

Et l’Algérie dans tout çà ?

L’économiste Abderahmane Mebtoul analyse la situation délicate de l’Algérie : « Pour l’Algérie, écrit-il, le déficit budgétaire uniquement pour lannée 2011, est de 4 693 milliards de dinars algériens soit 62 milliards de dollars selon les données du ministre des Finances en date du 7 juin 2011, l’économie algérienne étant mono exportatrice et le prix des hydrocarbures est dépendant de l’extérieur. Il est étonnant que les responsables algériens l’Algérie dont le déficit budgétaire uniquement pour lannée 2011 dépasse 62 milliards de dollars, rappelons les effets de la crise de 1986 avec les onde de choc en 1994 (cessation paiement), la chute de près de moitié (45%) des recettes en devises entre 2008/2009 n’accordent pas une attention à ce processus stratégique des turbulences de l’économie mondiale ».

« Il y a lieu d’être attentif, poursuite le professeur Mebtoul au fait et que 98% de nos exportations sont libellés en dollars et 60% de nos importations en euros. Par ailleurs, selon le Ministre algérien des finances 80% des 157 milliards de dollars sont déposés à l’étranger soit 125,6 milliards de dollars, en majorité en bons du trésor dont 45% aux USA, 45% en euros, le reste en yens et livres sterlings et toute dépréciation combinée à l’inflation mondiale donnerait un rendement négatif. Aussi, je suis sceptique pour les 80% des réserves de change algériennes placées à l’étranger quant aux déclarations du gouverneur de la Banque d’Algérie, lequel affirme que le rendement de ces réserves est de l’ordre de plus de 4%, ramenant presque 5 milliards de dollars d’intérêts par an. Avec le taux d’inflation et le faible taux d’intérêt de la FED mais également de la banque centrale européenne le rendement est bien en deçà. »(8)

Le professeur Mabtoul n’insiste pas assez sur le fait que les Algériens ne créent pas de richesse, ils se contentent de distribuer la rente pour acheter la paix social, dans l’attente d’un cataclysme qui sera concomitant de l’arrêt des exportations pétrolières vers dans moins d’une génération.

En définitive, s’agissant du calvaire grec qui s’apparente aux douze travaux d’Hercule,on apprend que les principaux termes de l’accord du sommet européen du 21 juillet sont les suivants : après les prêts d’un montant total de 110 milliards d’euros sur trois ans octroyés en mai 2010 à la Grèce par la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI), une nouvelle aide va lui être accordée. La zone euro compte porter de 7 ans et demi à 15 ans au minimum, la durée de ses prêts aux pays en difficulté tels que la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Parallèlement, le taux d’intérêt qui leur est demandé en échange de l’aide sera réduit de 4,5% à 3,5%, ce qui diminuera la charge de leur dette. Ces solutions impliquent que les créanciers renoncent à une partie des sommes qui leur sont dues. Ce qui réduira la dette globale du pays. C’est pourquoi les agences de notation devraient considérer qu’il s’agit d’un défaut de paiement sélectif, ou partiel, de la Grèce. La Facilité européenne de stabilité financière (Fesf), ce Fonds de secours de la zone euro mis en place en 2010 et qui a déjà servi à prêter de l’argent à l’Irlande et au Portugal, va voir son champ d’action élargi(9). Rendez-vous est pris : au prochain pays, au prochain plan de secours inutile aux prochaines détresses des peuples et au prochain hold, up des banques et de leurs actionnaires. Jusqu’à quand les banksters de la finance continuerons à voler les peuples de leurs forces de travail ?

Professeur Chems Edddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz


 
P.S.

1.A Athènes, un miroir de la mondialisation place AFP - Monde21/7/11

2.http://www.la-croix.com/Actualite/S....

3.Stephan Kaufmann : Une agence de notation européenne ? Aucun intérêt ! Frankfurter Rundschau 30.06.2011

4.Richard Milne, David Oakley : Face aux agences de notation, les Etats se rebiffent Financial Times 07.04.2011

5.Antonio Costa Moody’s nous pousse à la faillite Diário Económico 08.07.2011

6.Jacqueline Hénard : Angela Merkel, EurActiv.fr 21/07/2011

7.Stefano Lepri Si l’Italie chute, l’euro et l’Europe aussi La Stampa 21.07.2011 |

8.http://www.alterinfo.net/Que-devien...

9. L’essentiel du nouveau plan de sauvetage de la Grèce L’Expansion.com 21/07/2011

 
 
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