Je m’en vais plein de paradoxes

Savoir que tu es en train de mourir est terrifiant. Ne plus réfléchir qu’en semaines, avant de le faire par jour, est un cauchemar. J’ai peur. Sans aucun doute. Et j’aimerais que cela cesse le plus vite possible. Puisque mes deux jambes sont déjà dans la tombe, autant y aller en entier. Bien sûr, j’aurais préféré un accident ! Subit. Pas d’anticipation, tu ne l’aurais jamais cru. La mort lente te laisse du temps. Ce qui n’est pas pour me déplaire. Je ne fais plus partie du monde, enfermé dans mon atelier où je me noie dans mes mots.

Mais il y a toujours la face et le pile. Car ma longue agonie me permet de me poser les vraies questions.

Les souvenirs affluent, bizarrement pleins de beauté. Ils m’arrachent des sourires. Triste comme je le suis l’entreprise est colossale. Tous les morts que j’aimais reviennent à moi. Sous d’autres formes et dans mes rêves. Cette nuit deux m’ont pris la main, l’autre sur mon bras. Je suis encore bouleversé par le réel de la sensation. C’était doux et je n’osais plus bouger pour ne pas rompre le contact comme un amant s’ankylose pour ne pas réveiller sa belle. Lui et elle dormaient près de moi. Je me suis forcé à me réveiller et il m’a fallu un long moment pour me rendre compte que j’étais bien tout seul dans mon atelier.

Petit à petit je dépose tous mes masques. Je veux mon essentiel et voir toute la beauté de mes actes en ce monde où j’ai laissé ma trace, une empreinte même dans le sable, je m’en fous. J’apprends à abandonner. Dans un état d’esprit épouvantable, certes, j’ai des visions de ma belle vie et je remercie mon dieu intime pour tout ce que nous nous sommes donnés. Qu’est-ce qu’on a rigolé ! Et nourris tant de familles, lancés des carrières, montrés la voie que l’on re-cherchait nous-mêmes, de l’écoute de soi. Du don sans attente. Du temps du grand pardon que m’a accordé la mort. De l’amour inconditionnel pour être clair. J’aurais aimé être un chien.

Toi qui me lis, chacun de mes mots peut-être le dernier. C’est ça qui m’emmerde ! J’ai tant à dire maintenant que plus rien ne me retient. Je suis libre mais je n’ai plus de forces. Je les ai perdues dans un laborieux combat entre qui je croyais être et qui je suis vraiment. Je ne le sais pas encore. Mais une autre vie m’attend où je me laisserai un peu plus glisser dans le sens du courant. Promis ! A l’écoute des signes. Fini de nager à contre-sens ! De vouloir tout contrôler.

« Envole-moi » a écrit JJG. Cabrel « Je t’ai aimé, je t’aime et je t’aimerai ». « Je sais que j’ai aimé » chante ma déesse Mylène. « Il est libre Chris » me murmure sans arrêt Hervé Cristiani.

Conclusion ? Mourir lentement est un cadeau. A condition de dépasser l’instinct de conservation afin de consacrer tout le temps qu’il me reste à me pardonner mes offenses comme je pardonne à ceux qui m’ont offensé.

Ainsi soit-il.


 
 
 
Forum lié à cet article

4 commentaires
  • Je m’en vais plein de paradoxes 20 août 2011 17:26, par Libre Plume

    Beau, très beau.
    Merci.

  • Je m’en vais plein de paradoxes 21 août 2011 00:07, par Gayle

    yes, I feel your words and send support and love love love as you fight so diligently...

  • Je m’en vais plein de paradoxes 21 août 2011 05:12, par Richard coeur de lion

    Je constates qu’au travers ta poésie, tu as livré une rude guerre à ta maladie et maintenant tu apprivoises doucement ta propre mort. Ne soit pas trop dure envers toi-même. On peut être aveugler tant par le bonheur que par le malheur. Ne te casse surtout pas la tête avec les paradoxes du monde (très simple dans ses conneries) et de la vie (complexe dans les relations humaines et sa biologie) mais vit intensément dans l’amour et la sérénité ce qu’il te reste à vivre et lorsque la lumière apparaîtra au bout du tunnel, tu discerneras que c’est une personne qui t’attend depuis très longtemps et qu’IL t’aime inconditionnellement ;-) Tu ne soihaiteras plus alors être un chien mais tu aimeras bien en avoir un pour t’accompagner sur l’Arc-en-ciel ;-) Lumière (amour et pardon), chien (fidèle amitié) et arc-en-ciel (nouvelle alliance), 3 symboles pour te partager une simple chose, l’amour c’est éternel et on y aspire tous jusqu’au dernier soupire.

    Bonne route ma belle poussière d’ange !
    Un pèlerin qui vit dans la foi, l’espérance et l’amour en toute lucidité et sans fanatisme ;-)

  • Je m’en vais plein de paradoxes 21 août 2011 12:46, par Christian Pélier

     ;-)
    Une facette que tu aimes chez moi, je le sais.

 
 
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