La boîte à rejet,

Chomdu,
Chomdur,
Dur à cuire.
Refuser, agir, se battre.
Tout obstacle se surmonte.

Et puis, le temps fait son effet,
Ecroulement d’une vie.
Poissé dans la peur et le néant.

Chomage,
Brûlure,
Marque au fer rouge,
Tatouage cuisant.
Licencié,
Mot impossible à raturer.

Exister aujourd’hui,
Limogé demain.
Se trouver éliminé, dépossédé.
Comme un mouvement
qui aspire impitoyablement.

Les solitudes des chômeurs s’attirent.
L’autre devient miroir de misère,
Soutien et destruction.
Impossible de se retrancher de cette réalité.

Trop jeune,
Trop vieux,
Trop cher,
Sous-qualifié,
Sur-qualifié.

Et puis, au bout de quelques mois,
Inexorablement, tout projet s’efface,
Avenir en berne,
Une vie de bas-côté,

Exclusion,
Pire encore ...

Auto-exclusion,
Auto-censure,
S’exiler de ses ambitions.
Se bannir de sa propre vie.
Se dépouiller de toute fierté.
Se déposséder de son orgueil.
S’imposer un silence coupable.

Ecarté d’un monde qui brille,
Toujours à côté,
Suspendu de ses propres idéaux
Qui deviennent un luxe.

Et cette machine, outil de la désespérance.
Bonne conscience de l’Etat,
Celle qui tient le gagne-pain de chacun entre ses mains.
Même son nom fait « flic »,
Franchir la porte dans un pleur caché.

Regards fuyants,
perdus,
désespérés,
crâneurs,
agressifs,
méprisants,
durs,
honteux,
indifférents,
généreux,
encourageants,
larmoyants.

Fuir ceux qui vous engluent,
De leurs fausses manières d’écouter,
De donner une importance perdue
au fossé des illusions que sont vos compétences.

Veuillez vous présenter,
Vous serez radié,
Il est interdit de travailler plus de... moins de...
Veuillez renouveler votre appel notre serveur est saturé,
Vous êtes : chômeur longue durée ? Tapez 1,
Prenez un numéro d’appel.

Chaque matin, la boîte aux lettres
grimace aux enveloppes
du Non, des Nous regrettons.
Boîte à rejet.
Aux oubliettes le temps des cartes postales.

Quand retrouver du travail ne rend pas
les lendemains plus confiants.
Car, enfin, rien n’est oublié, jamais.
Prouver,
Prouver toujours plus.

Chomdu,
Machine à isoler,
Erigée en système,
Dans une société du
« Consomme, fais-toi plaisir »

Froide, tellement froide pourtant.


 
 
 
Forum lié à cet article

5 commentaires
  • La boîte à rejet, 31 août 2011 11:52, par Camille Loty MALEBRANCHE

    Intéressant, Libre Plume. Vous nous décrivez l’ostracisme et l’excommunication sociale. Ce qu’il faut savoir, c’est que malgré son injustice, l’exclusion est dans certain cas, signe de pureté de l’exclu, signe de sa supériorité ; lui qui refuse de participer aux saletés du système en cours, ce, sans robinsonnade ; lui qui veut rester fidèle à son humanité quand tous sont réifiés ou se réifient croyant trouver un autre trésor que leur être !

  • La boîte à rejet, 1er septembre 2011 12:28, par Libre Plume

    @ CLM
    Merci de votre commentaire.
    "excommunication sociale", oui, je prends, c’est cela. Car après tout, excommunication est bien un outil de domination de l’homme sur l’homme. On rejette car l’excommunié ne correspond plus à la norme.

    Je ne suis pas sure d’adhérer au reste, peut-être parceque l’association des mots me, disons, choque (?) : pureté, exclu, signe de supériorité, refus du monde.
    Je ne vois pas les choses, la vie en termes verticaux, les plus et les moins, je vois les choses en terme d’horizontalité. Est-ce que c’est clair ce que je dis ? pas sur.
    Je dirais que je me méfie de ces mots, ceux qui placent certains hommes un peu comme des élus ou des êtres exceptionnels à part, comme dans un pré carré.
    L’humanité, la foi, selon chacun, ça s’ancre les mains dans le cambouis je dirais.
    Mais peut-être n’ai-je pas bien compris ce que vous vouliez dire après tout.

    Je comprends votre dernière phrase ainsi : l’homme se réifie dans cette société de consommation et d’argent facile, s’affirme "je" et oublie que le vrai trésor (la vraie vie) est dans la connaissance de l’autre (pour les croyants Dieu) ? et là, j’adhère.

    Bon, j’arrête car on va encore dire que je prêche ... bien, mais bon... sourire.

    • La boîte à rejet, 1er septembre 2011 15:49, par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

      Chère Libre Plume,

      Je suis pour les rapports sociaux horizontaux. Je suis, sur le plan social, le démocrate achevé qui croit que la chefferie ne doit être que rassembleuse, donc contre les structures étatiques d’asservissement, servant de kunée aux pervers dominateurs et aux agressions prédatrices de quelques-uns.

      Néanmoins, sur le plan métaphysique, il y a ceux qui ne voient que la poussière et sont poussière ; il y a aussi ceux qui se reconnaissent Esprit-Hypostase au-delà des misères charnelles, et sont de fait, Esprit. Le Christ n’a-t-il pas dit que "ce qui est né de chair est chair et ce qui est de l’Esprit est Esprit". Ce n’est ni mépris ni manichéisme que de saisir le sens spirituel-transcendant de l’aventure humaine.

      • La boîte à rejet, 4 septembre 2011 20:45, par Libre Plume

        @ CLM
        Rien à faire, j’ai beau tourner tout cela dans tous les sens (pfff... ma tête !), je n’arrive pas à adhérer à ce que vous écrivez.
        Même sur un plan métaphysique, Je pense bien simplement que nous sommes tous les pieds dans la poussière, tous, et croire ne nous met pas à part dans notre relation aux autres, notre considération aux autres
        On se reconnait croyant et on regrette juste que l’autre en face ne comprenne pas.
        Peut-être y-a-til dans votre pensée une idée de prédestination. Bon, alors là, je n’y crois pas du tout. C’est une invention des hommes ça.
        Qu’est-ce que l’Esprit sans la Chair ?

        PS : comment on en est arrivé là ? ce texte parle de chômage ! sourire...

  • La boîte à rejet, 5 septembre 2011 05:05, par Camille Loty MALEBRANCHE

    Le consensus est une idée sociopolitique qui n’a guère existence en spiritualité. La destinée, l’état de créature, la rédemption ne sont pas des débats, pas moins que la nature. Ils sont tout simplement. Je ne crois pas à l’horizontalité en spiritualité. C’est le champ des élus et des damnés ; l’espace de ceux qui croient et des dubitatifs. Cela n’a rien de manichéen. La loi du salut est ainsi. L’intuition spirituelle, le destin supérieur de l’homme ne touchent malheureusement pas la plupart des esprits trop égarés en ce monde pour se rappeler leur vocation transcendante, supramondaine. La foi rédemptrice est hélas, une denrée rarissime.

    Comme le dit le Christ : Vaste est le chemin de perdition et innombrables sont ceux qui s’y engagent, mais étroite est la route du salut et très peu, les esprits qui la trouvent.

    Cela dit, à chacun ses convictions, car ici, il est vraiment question de conviction, il n’y a pas d’argument démonstratif, c’est, comme on le sait, le champ de l’épreuve intérieure et non de la preuve objective. Je n’ai donc, nulle prétention de rallier quiconque à cette vision des choses.
    Mais il est quelque chose de fascinant dans tout cela, rien de temporel ne garantit la vie éternelle : ni la naissance, ni l’ethnie, ni l’hiératisme... L’homme est nu, à lui de savoir s’enrichir de l’impondérable richesse de la foi et de la spiritualité. À lui de se garder des illusions de ce monde. Naturellement, pour un matérialiste, c’est notre point de vue qui est dans l’illusion, voilà pourquoi, ce n’est point matière à débat.

 
 
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