Tout débat est utile. Reprenons celui de la bi-nationalité

Le 22 juin 2011, Claude Goasguen a remis un « projet de rapport » à la mission d’information sur le droit de la nationalité. Ses propositions au sujet de la renonciation à une deuxième nationalité ont fait scandale et ont été retirées. Il n’y aura pas de débat sur la bi-nationalité.

Le propos du blog www.transrealisme.org est d’inviter aux échanges de réflexions, sans tabous, afin de contribuer au développement du respect mutuel. Le fait même de s’interdire de débattre s’oppose à cet idéal. C’est non seulement une atteinte à la liberté d’expression, mais cela démontre, aussi, que le "politiquement correct" ambiant actuel est une forme de dictature qui, méprisant les avis contraires, traduit une forme d’oppression – qui est, toujours, source d’incompréhensions, de conflits, d’obscurantisme … Cela ne peut favoriser la lucidité de chacun et le respect mutuel.

Convaincre n’est pas vaincre.

L’amélioration des relations et comportements ne peut s’obtenir quand certains s’enferment dans leurs certitudes et cherchent à les imposer à ceux qui ne les partagent pas. Toute pensée peut s’améliorer par l’échange de réflexions sincères, libres et approfondies, mais ne saurait y parvenir par le refus idéologique, le rejet systématique, la condamnation prétentieuse, la volonté d’imposer, la déconsidération de ceux qui refusent de se plier à ce qu’on appelle, aujourd’hui, "le politiquement correct". Ce dernier, par son caractère péremptoire, ne saurait incarner, justement, une politique correcte.

C’est pourquoi je réintroduis le débat, et invite les adhérents du site à participer à la réflexion, en s’appliquant, et à argumenter sérieusement et, évidemment, à s’exprimer en des termes respectueux des avis contraires.

Le respect mutuel, pour se développer réellement, ne s’impose pas, par le seul dictat, mais doit s’imposer, grâce à la conviction de chacun de l’intérêt et de la pertinence de s’y adonner.

Je reprends donc le débat par cette question :
La bi-nationalité est-elle vraiment si « politiquement », « correcte », qu’il convient d’écarter tout débat qui la remettrait en cause ? Ne peut-on pas vivre et travailler dans un pays, sans en avoir la nationalité ? Pour quelles raisons, alors, désirer avoir une nationalité supplémentaire ?!

On peut, certes, changer de nationalité. Mais pourquoi vouloir en changer, si on tient à conserver celle de sa naissance ? La nationalité implique une appartenance pleine et entière. En avoir plusieurs n’a aucun sens.

Comment la justifier autrement que par des intérêts douteux ? Au-dessus d’une appartenance nationale, chacun en partage une autre, et une seule : celle d’être Humain. Le sentiment d’appartenance à l’Humanité devient, pour chaque individu, celui qu’il convient de développer, sans, pour autant, déconsidérer son identité nationale. La nationalité correspond à une identité particulière, qu’il serait culturellement inconvenant de dénaturer, au point d’en contracter d’autres, dont les valeurs peuvent être opposées.

Un résident étranger peut aimer la France, sans, pour autant, devenir français. Changer de nationalité implique, non seulement d’épouser les spécificités du pays de son choix, mais, aussi, de divorcer de sa prime appartenance. La bigamie, en matière de nationalité, n’est pas appropriée, car elle marque une adhésion à un état d’esprit bien particulier. Une nationalité implique une fidélité qui ne saurait se partager.

Un footballeur qui défend les couleurs de la France et qui a deux nationalités, est-ce si admirablement humain ? N’y a-t-il pas un sentiment de gêne, de tromperie, de faux semblant dans ses deux pays ? Même si on s’en accommode, parce que les uns veulent gagner sur le terrain, et d’autres gagner de l’argent, cela n’est ni honnête, ni vraiment honorifique.

Le "politiquement correct" dominant actuel, qui se traduit, notamment, par la reconnaissance intangible de double nationalité, ne correspond aucunement à une attitude digne, respectueuse et lucide. La lucidité, aujourd’hui, est de veiller à ce que chaque être humain se sente libre et respecté.

Or, le respect de ses origines n’implique pas de désirer en épouser d’autres, sauf si on se reconnait pas, ou plus, dans ces dernières. Il y a, alors, divorce ; mais, comme chacun sait, le divorce signifie séparation, qui, en l’occurrence, concerne la première nationalité. La liberté de vivre et de travailler où on veut, ne saurait pas, non plus, être contrariée par l’impossibilité de double nationalité.

La dignité d’un Homme consiste à ne pas renier ses origines, mais elle se manifeste aussi par son désir d’abandonner la nationalité du pays de sa naissance, si ce dernier ne correspond plus aux valeurs avec lesquelles il s’identifie. Dans ce cas, pourquoi vouloir conserver cette dernière ?

Lorsque tous les Hommes parviendront à se considérer terriens, avec tous les devoirs et droits que cela implique, le concept de nation disparaîtra ; mais cela ne les obligera aucunement à renier leurs origines et leurs diversités spécifiques.

Pierre Gouverneur
www.transrealisme.org


 
 
 
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